167 Int. L'église de la Sainte-Famille. Jour.
Le fauteuil de Marty est rangé au fond. La plu-part des fidèles pleurent.
Mrs Bowie joue de l'harmonium. Le cercueil de Brady est posé sur des tréteaux au centre. Bien s˚r, il est fermé. Il y a des monceaux de fleurs.
Jane (voix off) : ... mais quand il y avait un truc aussi désagréable à
faire que d'accompagner Marty à l'enterrement de son meilleur copain...
168 Int. Oncle Al, Marty, Tammy et Mrs Sturmfuller sur un banc.
De gauche à droite, on a : oncle Al, Marty, Tammy, Mrs Sturmfuller.
Oncle Al sort discrètement de sa poche-revolver une petite fiole en argent sur laquelle est gravée en caractères gothiques l'inscription TORD-BOYAUX.
Il dévisse le bouchon et s'accorde un petit gorgeon. Il s'arrête et jette un coup d'oeil à Marty qui a l'air en état de choc.
Jane (voix off) : ... ils étaient bien contents que ce soit lui qui s'en charge. quant au genre de réconfort qu'oncle Al a été capable de lui apporter...
Oncle Al tend la fiole à Marty. Ce dernier lui jette un long regard interrogateur, puis boit. Marty regarde Tammy qui a un air franchement épouvantable. Sa mère regarde ailleurs. Marty lui flanque un coup de coude.
Elle tourne la tête vers lui. Il lui tend la fiole. Les yeux de Tammy s'écarquillent.
Jane (voix off) : ... je pense à présent qu'il vaut mieux que cela soit resté entre eux deux...
Après un bref instant de réflexion, Tammy prend la fiole et boit une grande gorgée. Elle repasse la fiole à Marty qui la redonne aussitôt à oncle Al, alors que Tammy manque de s'étrangler. Mrs Sturmfuller la regarde... puis regarde Marty et oncle Al. Tout en cachant la fiole dans une main, ce dernier lui lance un sourire de sympathie, d'un air de dire : "N'est-ce pas épouvantable ?" Mrs Sturmfuller regarde à nouveau l'autel d'un air absent.
Jane (voix off fin) : ... ou entre eux trois.
Oncle Al fourre la fiole dans sa poche; au même moment, l'harmonium cesse de jouer.
169 Int. La chaire avec le père Lowe.
Lowe : Mrs et Mr Kincaid ont souhaité qu'il n'y ait pas de service religieux cet après-midi. Par contre, une messe de requiem en souvenir de Brady Kincaid sera célébrée dimanche prochain. Ils m'ont demandé de prononcer, si je m'en sentais capable, quelques paroles de consolation.
Il regarde les fidèles.
170 Int. Les paroissiens.
Ils regardent Lowe dans l'espoir qu'il les aidera à comprendre l'horrible chose qui vient de se passer.
171 Int. Lowe au-dessus du cercueil.
Lowe : Si jamais je peux vous offrir quelques paroles de consolation, ce seront celles-ci : le visage de la bête féroce finit toujours par se dévoiler ; le temps de la bête féroce finit toujours par passer.
Il fait un effort terrible sur lui-même pour poursuivre.
Lowe : Si parfois, faibles petites créatures plongées dans les ténèbres, nous nous sentons seuls et effrayés, alors il est temps de nous tourner vers notre prochain pour trouver espoir et réconfort. Vers nos voisins.
Vers notre communauté. Vers notre amour du prochain. Moi seul, je ne suis point à même de soulager la douleur de Herb et Naomi Kincaid, ni de soulager la vôtre, ni de soulager la mienne. Mais s'il y a une chose que je crois, c'est ceci : nous pouvons nous réconforter les uns les autres.
Ensemble, nous pouvons apaiser nos ‚mes. Ensemble, nous pouvons continuer.
172 Int. Les paroissiens. Plan général avec Marty et Tammy.
Les enfants pleurent. Marty prend Tammy par les épaules et elle pose sa tête sur son épaule.
173 Int. Le père Lowe.
Lowe : La Bible nous enseigne à ne point redouter la terreur qui rôde la nuit ou celle qui prend son essor à midi, et pourtant, nous la redoutons...
Nous la redoutons. Parce que nous sommes ignorants et que nous nous sentons très faibles. Mais nous ne devons pas rester seuls. Nous ne devons pas nous permettre de rester seuls, car la porte menant à l'enfer de la terreur est large. Tournons-nous vers notre prochain. Unissez-vous dans votre tristesse et tentez de vous rappeler que le visage de la bête féroce finit toujours par se dévoiler. (Une pause.) Le temps de la bête féroce finit toujours par passer. (Une pause.) Prions ensemble.
174 Ext. Le cortège funèbre avec Marty. Jour.
Marty et Tammy, l'air malheureux, se regardent. Tammy se met à pleurer...
certainement à cause de son père autant que de Brady... et ils s'embrassent.
175 Ext. Oncle Al. Gros plan.
Il regarde les gosses avec une sympathie et un amour profonds.
176 Ext. Une route de campagne. Après-midi.
La voiture de sport d'oncle Al passe dans le champ. Il ramène Marty chez lui.
177 Int. La voiture avec Oncle Al et Marty. Après-midi.
Oncle Al : «a va, Marty ?
Marty : Ouais.
Oncle Al : Il y a un dicton... "Tout vaut mieux qu'une flèche dans l'oeil."
Tu le connais ?
Marty : Non.
Oncle Al : Remarque, j'suis pas s˚r que ça soit ça. Doux Jésus ! Ils feraient mieux de choper le type.
Marty : Oncle Al, et si c'était pas un type ?
Oncle Al : Hein ?
Marty : Et si c'était un monstre ?
Oncle Al (il rit) : Doux Jésus, Marty ! laisse tomber !
178 Ext. La voiture d'Oncle Al dans la grand-rue. Après-midi.
Elle passe en vitesse de croisière devant le pub d'Owen. Il y a des voitures garées devant, mais aussi beaucoup de camionnettes.
179 Int. La voiture avec Marty et Oncle Al.
Marty : qu'est-ce qui se passe chez Owen, oncle Al ?
Oncle Al : Une bande de rigolos qui se prennent pour Clint Eastwood...
Marty, on ne t'a jamais dit que les monstres n'existent que dans les B.D.
et au ciné ?
180 Ext. La maison des Coslaw. Fin d'après-midi.
La voiture d'oncle Al bifurque dans l'allée et se gare.
181 Int. La voiture avec Marty et Oncle Al. Fin d'après-midi.
Marty : Tammy a dit qu'elle avait entendu des bruits dans la serre. Des grognements comme ceux d'un gros animal. Son père a été tué cette nuit-là.
Oncle Al le regarde un instant avec un air dubitatif, comme s'il le croyait presque. Puis il secoue la tête.
Oncle Al : Marty, sors ça de ta cervelle. Les psychopathes sont plus actifs lors de la pleine lune, et c'type est un psychopathe. Tu verras qu'ça sera quelqu'un comme toi et moi. (Silence.) Façon de parler. Allez, à la maison, maintenant.
Il ouvre sa portière et sort de la voiture.
182 Int. Marty. Plan plus rapproché.
Il aimerait bien croire oncle Al... mais n'y arrive pas.
183 Int. Le pub d'Owen. Fin d'après-midi.
Andy Fairton : Bon, chacun sait dans quel groupe il est et le terrain qu'il doit couvrir ?
Porter Zinneman : Je veux, oui !
Elmer Zinneman : Porter, ferme-la !
Les hommes portent tous des vêtements de chasse : chemises à carreaux rouges et noirs, casquettes orange, etc. Ils ont tous des fusils. Parmi eux, il y a également quelques femmes, l'air dur et déterminé. Presque tous ceux que nous avons rencontrés jusque-là sont présents. Lowe aussi, l'air profondément tourmenté.
Andy Fairton est debout sur le bar. Ces hommes sont ses volontaires. C'est lui qui a tout organisé. Andy irradie une assurance d'entraîneur de foot, macho en diable. Il a galvanisé la foule. Chacun est persuadé qu'il part réduire le meurtrier en bouillie.
Andy : Les groupes un à quatre fouilleront les bois au nord de chez Sturmfuller. Les groupes cinq et six, l'ouest de Carson Creek.
La porte du bar s'ouvre; Haller et Pete entrent. Joe Haller a le moral à
zéro. Il demeure abattu depuis le meurtre de Brady. Je crois qu'il a eu une sorte de crise spirituelle, et même si notre objectif n'est pas de l'analyser, après tout, nous sommes dans un film d'horreur et non dans un film de John Cassavetes, il est évident que son autorité s'est considérablement affaiblie.
Andy (il continue) : Lever de la lune à vingt heures cinquante-deux.
quelques rires nerveux accueillent cette déclaration. Pendant ce temps, Haller et Pete se frayent un chemin vers l'avant de la salle. Ils s'arrêtent près de Herb Kincaid qui présente un visage lugubre.
Andy (il continue) : Si ce salopard sort cette nuit pour se balader sous la lune, nous l'aurons.
184 Int. Les volontaires avec Elmer et Porter.
Porter (enjoué) : Je veux, oui !
Elmer : Porter, ferme-la !
185 Int. Andy Fairton.
Andy : Souvenez-vous bien d'une chose : c'est le psychopathe qu'il s'agit de descendre et pas l'un de nous. Alors ouvrez grand les yeux avant de...
186 Int. La foule avec Haller.
Haller : Je vous ordonne de tous rentrer chez vous !
Un murmure de mécontentement accueille cette déclaration. Haller fait quelques pas en avant et se tourne face à la foule.
Haller : Je ne me souviens pas avoir engagé un seul d'entre vous !
187 Int. Andy Fairton.
Exact, Joe... la seule personne que tu aies engagée est ce gros tas de merde qui se trouve à côté de toi. Et vous n'avez rien foutu pour résoudre ces cas.
Il y a un murmure d'approbation.
188 Int. Plan légèrement plus large avec Andy et Haller.
Andy bondit du bar et se plante face à Haller. En arrière-plan, on voit Herb Kincaid (au fait, Kincaid devrait porter un brassard noir... il est arrivé directement de l'enterrement de son fils).
Haller (sans grande conviction) : On le chopera.
Andy : Tu n'es même pas fichu de choper un rhume.
Haller le dévisage un instant, puis se tourne pour observer la foule. Ils ont l'air de gens prêts au lynchage. Leurs visages expriment un mélange de honte et de détermination farouche. Haller parle avec une sorte de désespoir sur un ton de plus en plus faible.
Haller
En termes de loi, il y a un nom pour ce que, vous autres, vous projetez.
Cela s'appelle la justice privée, et entre la justice privée et le lynchage, il n'y a qu'un pas. Je ne suis pas J. Edgar Hoover (1), mais à
Tarker's Mills, la loi, c'est moi, et je vous ordonne de rentrer chez vous.
Mal à l'aise, ils piétinent sur place; beaucoup baissent les yeux. Haller a touché une corde sensible.
Andy : Ne vous laissez pas effrayer par c'type ! qu'est-ce qu'il a fait depuis que l'affaire a commencé à part se tourner les pouces ?
«a n'a pas d'effet. La plupart d'entre eux ont l'air dégo˚té aussi bien par le discours d'Andy que par ce qu'ils ont envie de faire.
Andy (plus fort) : Il n'a même pas relevé une seule empreinte digitale !
Owen Knopfler : Ah ! ferme ta gueule, Andy !
Andy : Ne me dis pas de...
Herb Kincaid s'avance.
Herb : Ouais, bien dit. Ferme ta gueule !
Andy, surpris et désorienté, se tait. Herb se tourne vers Joe Haller et le regarde avec un air menaçant. Haller a du mal à soutenir son regard.
Herb (posément) : J'arrive de l'enterrement de mon fils.
ANDY
Andy Fairton est à nouveau gonflé à bloc. Il lance un grand sourire vénéneux a Haller qui est effondré, puis il suit Herb Kincaid, imité par les autres.
Haller : Herb... je sais a quel point tu es ému... tu es bouleversé par la douleur... mais...
Herb (posément) : Il a été réduit en morceaux.
Silence absolu chez Owen à présent. Tous observent la scène, fascinés.
Haller : Oui. Oui, mais...
Herb (encore calme) : …mu, tu dis. Bouleversé par la douleur, tu dis.
Commissaire Haller, tu ne sais pas ce que signifient ces mots. Mon fils a été réduit en morceaux. En morceaux !
Herb se tourne vers les autres. Des larmes ruissellent sur son visage.
Herb : Mon fils a été réduit en morceaux ! (Il se tourne vers Haller.) Tu viens ici parler à ces hommes de justice privée. Tu oses faire ça !
Commissaire Haller, pourquoi tu ne vas pas à Harmony Hill déterrer ce qui reste de Brady et lui expliquer ce qu'est la justice privée ? Voudrais-tu faire ça ?
Haller ne répond pas. Il contemple la pointe de ses bottes.
Herb : Non. Bien s˚r que non ! (Aux autres :) Vous, les gars, restez ici, si vous voulez. Je ne demanderai à personne d'agir contre sa conscience.
quant à moi... je vais de ce pas m'occuper d'une petite affaire de justice privée.
189 Ext. Le pub d'Owen. Crépuscule.
Les volontaires sortent en masse du pub et montent dans des breaks et des camionnettes. Les moteurs rugissent. Les véhicules commencent à démarrer en marche arrière, alors que le pub continue à se vider. On entend même des cris d'excitation. Ils sont en route ; le sang bout dans les veines.
190 Int. Le pub d'Owen. Crépuscule.
Lester Lowe, l'air plus chaviré que jamais, se fraye un chemin jusqu'à la porte. La caméra le suit. Il empoigne Billy McClaren.
Lowe : Billy... Billy, c'est une mauvaise idée. Joe peut...
Billy (sans regarder Lowe) : Joe a eu sa chance, mon père. Laissez-moi tranquille !
Il sort en jouant des coudes. Lowe jette des regards affolés dans tous les sens ; son visage exprime son incrédulité. Puis il attrape Porter Zinneman ; Porter le repousse ; il essaye de retenir quelques hommes avec un désespoir croissant. Tous le repoussent.
Haller se fraye un chemin jusqu'à Lowe à travers la foule qui va s'éclaircissant et l'attire à l'écart.
Haller : Laissez-les ! Mais...
Lowe : Mais...
Haller : C'est là l'esprit de communauté dont vous parliez. Magnifique, n'est-ce pas ? Ils tueront peut-être un auto-stoppeur ou un autre innocent, et Andy est capable d'exposer la tête dans sa vitrine et de la mettre en tombola. Au bénéfice de l'ambulance, naturellement.
Haller éclate de rire.
Lowe : Mais on ne peut pas faire quelque chose ?
Owen Knopfler passe à côté d'eux en courant. Il porte un fusil en bandoulière. Et dans sa main gauche, le PACIFICATEUR.
Haller : Bien s˚r que si. On peut prier le Seigneur pour qu'ils reviennent tous vivants.
191 Ext. Devant le pub d'Owen. Crépuscule.
Voitures et camionnettes continuent à démarrer. Il demeure encore une grande vieille Ford dont la partie arrière est en bois. Andy Fairton piaffe d'impatience à côté de la portière du conducteur.
Billy McClaren et Bobby Robertson sont avec lui ainsi qu'une grande femme plantureuse, nommée Maggie Andrews.
Owen sort du pub et s'approche de la Ford.
Andy : Bon Dieu, c'est pas trop tôt ! Ils auront cloué sa peau à la porte d'une grange avant qu'on ait décollé d'ici.
Ils s'empilent dans le véhicule. Andy prend le volant. Il fait rugir le moteur et sort en marche arrière dans la grand-rue.
192 Ext. La grand-rue sous un nouvel angle.
On voit un cortège de voitures et de camionnettes se diriger vers la sortie de la ville.
193 Ext. Le père Lester Lowe.
Il reste planté sur le trottoir et observe le cortège qui quitte la ville.
Certains klaxonnent, d'autres poussent des hourras. Son visage émacié est sombre et préoccupé.
194 Ext. Pleine lune. Gros plan. Nuit.
195 Ext. Elmer et Porter Zinneman. Nuit.
Elmer est à plat ventre, le corps à moitié coincé sous une barrière de fils de fer barbelés. Son fond de pantalon est tout déchiré. Les deux frères se trouvent à la lisière d'une zone boisée. Une nappe de brouillard rampe au pied des arbres.
Elmer : Aide-moi, Porter, bordel de Dieu !
Porter empoigne Elmer par le bras droit et tire. On entend un bruit de tissu qui se déchire. Elmer hurle.
Elmer : Tire pas ! Tu veux m'arracher la fesse droite ou quoi ?
Porter : Figure-toi, Elmer, qu'y en a pas mal qui aimeraient te lever la peau des fesses depuis...
Elmer : Tu vas m' décrocher, oui, au lieu de faire le malin !
Porter entreprend de retirer les barbelés du pantalon d'Elmer.
196 Ext. Dans les bois. Plan large. O'Banion et Virgil Cutts. Nuit.
O'Banion a un air plutôt comique dans son costume de chasse... il ressemble au prêtre dans L'Exorciste lors du safari.
Son : Un hurlement assez fort.
Virgil : Nom de Dieu, c'était tout près. Oh ! pardonnez-moi, mon rév'rat.
O'Banion : Allons-y. Et prudence !
Ils s'avancent à pas lents. O'Banion progresse légèrement en tête.
Panoramique sur le révérend qui s'engage dans des broussailles montant à
hauteur de genoux.
Son : claquement grinçant de métal, suivi d'un bruit de chair écrasée.
O'Banion se met à hurler et à se débattre.
Virgil : Rév'rat ! C'est quoi ?
O'Banion (hurlant) : Mon pied ! Mon piiied !
Virgil fonce vers lui et regarde dans les buissons.
197 Ext. Le pied d'Obanion. Virgil en amorce.
Un piège de taille moyenne, assez grand pour espérer raisonnablement attraper un chat sauvage ou un coyote, dirons-nous, a cloué ses dents rouillées dans la cheville du révérend.
198 Ext. O'Banion et Virgil.
O'Banion (hurlant) : Enlève-moi ça ! Enlève-moi ça !
Virgil (tout en émoi) : Ouais... O.K. !...
Il s'agenouille.
199 Ext. Virgil.
Il ouvre le piège par petites tractions.
200 Ext. O'Banion.
Il se détend peu à peu.
Son : le hurlement du loup plus proche.
201 Ext. Virgil.
Surpris et effrayé par ce hurlement, il l‚che le piège qui, à nouveau, se referme d'un coup sec sur la cheville déchirée d'O'Banion.
202 Ext. Le révérend O'Banion.
Il hurle.
203 Ext. La lune. Gros plan.
Elle se cache derrière un nuage.
204 Ext. Le groupe D'Andy Fairton.
Andy, Billy McClaren, Bobby Robertson, Owen Knopfler et Maggie Andrews ont été rejoints par deux autres hommes : Mr Aspinall et Edgar Rounds.
Pressés les uns contre les autres, ils écoutent le hurlement qui s'affaiblit. A leurs expressions de malaise, on se rend compte que cette virée nocturne n'a plus rien de drôle.
Ils se trouvent à côté d'un ravin. Le fond est masqué par le brouillard.
Seuls, quelques buissons émergent de la nappe. Des bois s'étendent sur l'autre versant.
Andy (avec un geste de la main) : «a venait d'en face.
Bobby Robertson : A mon humble avis, ça peut venir de n'importe o˘.
Andy : Nous allons progresser en tirailleurs. Si ce salaud essaye de s'approcher de nous, on l'entendra.
Bobby : J'ne...
Maggie : J'crois que Bobby Robertson est en train de faire de la limonade dans son froc. Y aurait pas aussi des glaçons dans ta limonade, Bobby ?
Andy Fairton et Edgar Rounds éclatent de rire ; Aspinall et Billy McClaren esquissent un sourire.
Owen (posément) : Fous-lui la paix, Maggie. Moi aussi, j'ai la trouille.
Bobby (vaillant) : Moi, j' n'ai pas la trouille ! Allons-y !
Andy : D'accord. Placez-vous à deux mètres les uns des autres à partir de moi.
205 Ext. Le groupe D'Andy. Contre-plongée du fond du ravin.
De droite à gauche, nous avons : Owen Knopfler (le fusil toujours en bandoulière; il tient à la main la batte de base-ball PACIFICATEUR), Bobby Robertson, Aspinall, Andy Fairton, Billy McClaren, Edgar Rounds et Maggie Andrews.
Ils descendent lentement vers la caméra, sur le qui-vive, prêts à tout...
du moins, c'est ce qu'ils s'imaginent.
Aspinall : C'est sous le brouillard. Juste au milieu de nous.
Le grognement s'arrête. Il s'ensuit un temps de silence.
Nouveau grognement... et chair que l'on déchiquette.
206 Ext. Le groupe d'Andy vu de biais.
Ils parviennent au fond du ravin et en entreprennent la traversée. Le brouillard s'élève à hauteur de taille ou de poitrine. Ils avancent avec difficulté. A présent, ils ont franchi environ la moitié du ravin.
Son : un hurlement continu, bas et proche. Ils se figent tous, effrayés.
Billy Mcclaren : «a vient d'o˘ ? De l'autre côté ?
Bobby : Non, c'est derrière nous. Je vous l'avais bien dit qu'on n' pouvait pas se fier...
Aspinall : «a ne vient ni d'un côté, ni de l'autre.
Andy : qu'est-ce que vous...
Aspinall regarde autour de lui, les yeux exorbités par la peur.
207 Ext. Edgar Rounds. Plan rapproché.
C'est lui qui hurle, et s'il nous rappelle O'Banion, tant mieux, parce que Rounds a été également pris dans un piège. Il essaye de courir, trébuche et tombe dans la nappe de brouillard. Il continue de hurler. On voit un bref instant son dos, puis il disparaît.
Son : craquements d'os et m‚chouillements.
Rounds hurle. Son bras réapparaît comme celui d'un homme qui se noie. Puis il redisparaît. Rounds n'est plus.
208 Ext. Formation en tirailleurs.
Plongés dans le brouillard jusqu'à hauteur de poitrine, ils ne bougent plus. Dans leurs rangs, l'absence d'Edgar est très voyante.
209 Ext. Bobby Robertson. Gros plan.
Bobby (gémissant) : J'ose plus bouger. Bon Dieu, j'ose plus bouger !
210 Ext. La formation en tirailleurs dans le ravin. Nouvel angle.
Le brouillard qui tourbillonne dissimule tout ce qui se trouve dessous.
211 Ext. Aspinall. Gros plan.
Aspinall : J'crois qu'on ferait mieux de doucement, Tout... chemin, Andy.
Tout...
Le grognement sourd se transforme en grondement.
Et de dessous le brouillard, rauque, bestiale, mais reconnaissable, nous parvient une vois moqueuse qui imite Aspinall : Le loup-garou (off) : Tout doucement ! Tout doucement ! Tout doucement !
Son : Plof !
Un bras velu émerge du brouillard et tire brutalement Aspinall.
212 Ext. Le groupe D'Andy
Ils sont saisis de panique et se taillent : Maggie, Billy et Andy d'un côté, Bobby et Owen de l'autre.
213 Ext. Owen. Le loup-garou en amorce.
La caméra le suit à folle allure à travers la nappe de brouillard, comme un avion qui raserait le sommet d'un nuage.
Le loup-garou (rieur) : Tout doucement ! Tout doucement ! Tout doucement !
214 Ext. Owen Knopfler.
Il est pris, comme un. nageur malchanceux attaqué par un requin. Il se retourne d'un bloc et lève son PACIFICATEUR à bout de bras.
Owen : Allez, viens ! Viens danser le rock and roll avec moi !
215 Ext. La nappe de brouillard. Owen en amorce.
Durant un instant, on ne voit rien... et puis le loup-garou émerge du brouillard, ses yeux verts étincelants, le museau et le pelage tout englués de sang.
Le loup-garou : Tooout doucement !
216 Ext. Maggie et Andy.
Maggie (hurlant à pleins poumons) : Regarde ! Bon Dieu, Andy, regarde c'monstre !
Andy : J'veux pas le voir.
Il prend ses jambes à son cou, cependant que Maggie, hypnotisée, fixe : 217 Ext. Owen et le loup-garou.
Le loup-garou s'approche d'Owen qui lui flan-que un sévère coup de batte.
Le loup-garou lui rend la pareille. Owen plonge et le frappe. Le loup-garou rugit de colère.
Owen : Viens donc ! Ah ! Tu veux danser le bop ! Eh bien, j'vais le danser avec toi, enculé ! Allez, viens !
Le loup-garou disparaît sous la nappe de brouillard. Indécis, Owen commence à reculer, tenant toujours la batte à la main. Puis Owen est brutalement entraîné sous le brouillard. Il hurle. Le PACIFICATEUR émerge de la nappe pour redis-paraître aussitôt. BONG ! Le loup-garou rugit de douleur. FLOP !
Owen hurle de toutes ses forces.
Owen (off) : Approche, espèce de salopard !
On voit réapparaître le PACIFICATEUR, tenu par des mains couvertes de sang ; ce dernier dégouline le long de la batte qui redisparaît sous le brouillard. BLONG ! Le loup-garou rugit à nouveau. Owen pousse un hurlement qui ressemble à une sorte de gargouillis ; puis, aux curieux craquements qu'on entend, on comprend que le loup-garou enfonce ses crocs dans la batte.
218 Ext. Le ravin.
La camera suit en plongée le loup-garou qui s'enfuit le long du ravin.
Arrêt. Fond sonore, d'abord faible, puis de plus en plus fort : accompagnés par un harmonium, des fidèles chantent "Déposons nos gerbes".
Le loup-garou (voix harmonieuse et chantante) : Déposons nos gerbes...
déposons nos gerbes... nous venons dans l'allégresse...
La voix du loup-garou s'éteint, remplacée par des voix humaines qui chantent le même cantique.
Fondu enchaîné sur :
219 Int. L'église de la Sainte-Famille. La chaire en amorce. Matin.
C'est une reprise presque exacte du plan 167. La plupart des fidèles pleurent. Mrs Bowie est à l'harmonium. Le fauteuil de Marty est rangé au fond de l'église. On voit oncle Al, Marty, Tammy et Mrs Sturmfuller, exactement là o˘ ils se trouvaient pour l'enterrement de Brady Kincaid. En fait, on se croirait revenu à ce jour-là. Seulement, il y a une différence : le cercueil de Brady n'est plus là ; il repose sous deux mètres de terre. Le cantique se termine.
220 Int. Le père Lowe en chaire.
Lowe : Mrs et Mr Kincaid ont souhaité qu'il n'y ait pas de messe cet après-midi. Ils m'ont demandé de trouver quelques paroles de réconfort pour vous tous ici présents.
221 Int. Les fidèles avec Herb Kincaid.
Il est assis sur le premier banc. Son chagrin est tel qu'on le croirait mort.
Herb : Il n'y a pas de réconfort possible, mon père. Seulement la justice privée.
222 Int. Lowe en chaire.
Il a perdu le fil. Il commence à suer. On dirait un acteur qui essaye de se souvenir de son texte.
Lowe : Heu... s'il y a une parole qui peut vous réconforter, je pense que c'est... voilà : on finit toujours par découvrir le visage de la Bête ; le moment...
Il regarde vers le bas, les yeux exorbités par la peur.
223 Int. Les cercueils avec le dos de Lowe en amorce.
Mais oui, vous avez bien vu : les cercueils... au pluriel. A la place de celui de Brady, il y en a six maintenant, couverts de fleurs.
224 Int. Lowe en chaire.
Il est salement effrayé; la sueur ruisselle de son front.
Lowe : Le temps... le temps de la Bête finit toujours par passer. Il y a des réponses... des moyens... des moyens de... de tenir tête à l'ennemi si... si nous nous épaulons les uns les autres...
Herb (off, d'une voix bestiale) : Père...
Lowe baisse les yeux vers :
225 Int. La première rangée de fidèles avec Herb Lowe en amorce.
Herb regarde quelque chose qu'il tient dans ses mains. Puis il lève la tête : son visage est devenu bestial. Ses yeux sont verts. Devant nous, il continue à se transformer... en loup-garou.
Herb (grognant) : Il lui a arraché le coeur.
Et pas de problème, c'est bien un coeur sanglant qu'il tient dans ses mains, ou plus exactement dans ce qui est en train de devenir des pattes.
226 Int. Lester Lowe en chaire.
Terrorisé, il recule en titubant.
Lowe (cri strident) : Non !
227 Int. Les fidèles. Lowe en amorce.
Par la gr‚ce de l'harmonium, Mrs Bowie dépose quelques nouvelles gerbes et les fidèles se mettent à entonner :
Les fidèles : Semons le matin - Semons les graines de l'amour - Semons à
midi et dans la rosée de la soirée...
La caméra panoramique sur leurs visages et s'arrête sur Joe Haller.
Incroyable : le visage de Joe est en train de se boursoufler. Il lève les yeux de son recueil de cantiques : ils sont verts. Ses pupilles ne sont plus que deux fentes. Il a un large sourire qui découvre des dents énormes.
Tout le monde se transforme dans l'église. Nous voyons entre autres : Pete Sylvester qui est diacre s'élancer le long de l'aile en se transformant et en grognant. Il attrape Andy Fairton et tous deux se battent comme des chiens.
Une jeune femme soulève le drap qui recouvre le visage du bébé qu'elle tient dans ses bras : le bébé a une tête de petit loup-garou. Déjà, la main de la jeune femme aussi se couvre de poils, ses ongles s'allongent...
Tammy Sturmfuller est en train de muter ; Peltzer, le droguiste, est en train de muter ; les frères Zinneman mutent.
A l'harmonium, Mrs Bowie est maintenant un loup-garou vêtu d'une robe de soie en lambeaux ; elle a toujours son chapeau à voilette et elle tabasse les touches avec ses pattes griffues. Elle obtient à peu de chose près ce qu'obtient Jerry Lee Lewis quand il s'est enfilé une douzaine de cachets de Benzédrine. Et voici que l'air change et que des bribes de "Déposons les gerbes" naît le refrain de la bière Rheingold.
Les fidèles (choeur de grognements) : Ma bière, c'est Rheingold, la bière forte... quand vous achetez de la bière, pensez : Heingold...
228 Int. Lowe.
Le père Lowe recule en titubant; il laisse tomber son recueil de cantiques.
Le bonhomme est terrifié.
Lowe : Non ! Non ! Non !
229 Int. Les fidèles. Lowe en amorce.
Certains sont en train de déchirer les pages de leurs recueils. Un type, Billy McClaren peut-être, jette le sien à travers un faux vitrail. Certains des loups-garous, car il n'y a plus que des loups-garous, se battent ou font l'amour dans les ailes. Les autres avancent et reculent en cadence avec des sourires féroces et en scandant :
Les fidèles (rugissant) : Ni amère, ni douce, c'est le plaisir de la fraîcheur...
230 Int. Lowe.
Il regarde vers :
231 Int. Mrs Bowie (loup-garou) à l'harmonium.
Elle lui sourit férocement tout en frappant comme une folle sur les touches de l'harmonium. Du sang commence à bouillonner entre les touches.
Mrs Bowie et tous les autres : Pourquoi ne pas go˚ter, pourquoi ne pas acheter...
Lowe (priant) : Seigneur, faites que ça s'arrête. Faites que ça s'arrête, je vous en supplie !
232 Int. Tous les fidèles.
L'église est un immense foutoir dans lequel les loups-garous titubent, se battent, chantent. On se croirait un soir de nouvel an en enfer.
Les fidèles (puissant final) : ... la bière Rheingooooold !
Soudain, une patte griffue passe à travers le couvercle d'un cercueil. Et Andy Fairton, qui est aussi loup-garou que les autres, l'arrache d'un seul coup de dent.
233 Int. Le père Lowe en chaire.
Il en a trop vu. Il se dirige vivement vers une petite porte, l'ouvre... et un loup-garou qui n'est autre que Brady Kincaid à moitié déchiqueté, mais vivant quand même (un loup-garou zombi, si vous voyez ce que je veux dire, George Romero adorerait ça, je suis s˚r) bondit et agrippe Lowe.
Brady enfouit son museau dans le cou de Lowe.
234 Int. Lester Lowe. Très gros plan.
Il s'assied brusquement dans son lit et hurle. De la sueur ruisselle sur son visage. Il nous fixe un moment, les pupilles dilatées, le regard fou...
puis il referme ses paupières. A cet instant, son visage exprime un intense soulagement.
235 Ext. La grand-rue. Jour.
Une antique conduite intérieure descend lentement la rue. Sur le siège avant : Anne et Tammy Sturmfuller. La voiture est bourrée d'affaires et elle tire une remorque pourrie qui déborde elle aussi.
236 Ext. Haller et Pete.
Haller (sur un ton indifférent) : Anne Sturmfuller et sa petite fille.
Pete : Ouais... mais qu'est-ce qu'elles fichent ?
Haller : Je coiffe ma casquette de Sherlock Holmes et je déduis immédiatement qu'elles s'en vont.
237 Ext. La voiture des Sturmfuller. Les flics en amorce.
Elles quittent la ville. Bon, ça nous le savons, mais ce qui nous frappe le plus, c'est à quel point le coin est désert. On dirait une ville fantôme.
238 Ext. Joe Haller et Pete Sylvester sur le trottoir.
Haller : Elles ne sont pas les premières. Plein de gens ont quitté la ville. Si on veut une bière, va falloir la boire chez soi.
Du menton, il indique :
239 Ext. Le pub d'Owen. Plan large. Pete et Haller en amorce. Jour.
Un écriteau "Fermé" pend a la porte. Au-dessus de cette dernière, il y a une grande tenture noire.
240 Ext. Pete et Haller.
Pete : Joe, qu'est-ce t'as qui va pas ? J' t'ai jamais vu comme ça.
Haller (pensif) : J'ai plus de tripes.
Pete (en sursautant) : Merde alors !
Haller : C'est depuis le petit Kincaid. J'étais là à le regarder, et d'un seul coup, j'ai senti qu'elles partaient. C'n'est pas pire que de pisser dans ses brailles. «a ne t'est jamais arrivé, un jour o˘ t'as vraiment eu peur ?
Pete, gêné, ne répond pas.
Haller : C'est bizarre. Tu as des tripes, en tout cas, t'en as au moins autant que ton voisin, et d'un seul coup, pouf. Plus rien.
Pete le regarde avec un air atterré.
Pete : «a va s'arranger, Joe. Tu vas voir. Ce... ce sentiment que tu as...
ça va passer.
Joe : Tu crois ?
Sur ce, il s'éloigne en direction de la mairie (un grand calicot rappelle aux habitants : AIDEZ L'AMBULANCE !), tandis que Pete le regarde avec un air profondément troublé.
241 Ext. Un champ de foire. Jour.
Il est désert. Pas un chat, pas un bruit dans les allées.
Lent panoramique jusqu'à un panneau qui indique : Gala de la foire de Tarker's Mills le premier octobre ! Feu d'artifice à la tombée de la nuit.
Sur chaque dollar, dix cents iront à l'ambulance !
Un panneau assez gai, n'est-ce pas ? Sauf qu'une bande de papier collée en travers précise : Feu d'artifice annulé.
Marty (off) : C'est pas juste !
242 Int. Le break des Coslaw. Jour.
Il est garé de l'autre côté de la rue, juste en face du panneau.
Jane (voix off) : Monde entier, prends garde ! Le Grand Marty se voit refuser une chose qu'il désirait beaucoup !
Chacun occupe sa place habituelle dans la voiture et chacun lèche un cône.
Après une petite sortie, ils vont rentrer chez eux.
Nan Coslaw : Arrête, Jane.
Jane : Enfin, je n'vois pas pourquoi tout le monde baisse les bras et se met à chialer chaque fois qu'il...
Bob : Ta mère t'a dit d'arrêter.
Ils ne s'étaient garés là qu'une seconde pour lire le panneau. Bob redémarre et ils partent en direction de leur maison.
243 Int. Marty et Jane sur le siège arrière.
Jane tire la langue à Marty ; il détourne les yeux.
244 Ext. Le garage des Coslaw vu de biais. Jour.
La voiture de sport d'oncle Al est parquée dans l'allée. A l'intérieur du garage, on entend le clang ! d'une clé à molette qui tombe sur le ciment.
245 Int. Le garage. Jour.
Oncle Al et Marty travaillent sur le moteur de la Silver Bullet. Oncle Al s'occupe aussi d'un pack de bière. Ils sont tous les deux assis par terre.
Pendant qu'ils parlent, oncle Al dévisse les derniers boulons du carburateur et le retire.
Marty : «a n'lui a pas suffi à ce monstre de tuer tous ces gens... de tuer Brady. Par-dessus le marché, il fait annuler la fête.
Oncle Al : Et le feu d'artifice. Passe-moi cette boîte, Marty.
Marty lui tend la boîte. Elle est en carton, de taille moyenne et porte l'inscription Speed Shop.
Marty : Ouais, ouais, le feu d'artifice. Jane croit que c'est la seule chose que j'aime. Mais c'n'est pas vrai. C'est simplement un... un...
Oncle Al : C'est simplement le symbole visible de tout ce qui va mal dans l'ombre, dans cette ville. Pas mal, hein ? J'ai lu Sherwood Anderson au collège, moi. J'suis capable de débiter de cette merde à longueur de journée.
Marty : Eh ben, moi... ça me plaît que tu saches aussi bien dire les choses, oncle Al.
Oncle Al : J'te filerai le numéro de téléphone de mes ex-femmes, mon cher garçon. Elles seront très intéressées d'apprendre ça.
Marty : Ne m'appelle pas ton cher garçon.
Oncle Al : Et pourtant, c'est ce que tu es... mon cher garçon.
Il donne un baiser à Marty et lui sourit. Marty lui rend son sourire.
Oncle Al : Regarde-moi ça !
Il sort de la boîte un carburateur neuf, chromé, rutilant.
Oncle Al (il jubile) : Ce truc va transformer ton fauteuil roulant en un putain de F-14, Marty.
Il regarde autour de lui avec un air coupable.
Oncle Al : Ta mère n'est pas dans le coin, hein ?
Marty : Elle est dans le jardin avec p'pa. Ils allument le barbecue. Et comme d'habitude, Jane tourne autour comme le roi Etron autour du mont de la Merde.
Oncle Al : Hum, hum ! Sauf que dans son cas, il faudrait dire la reine Etron. Passe-moi la clé anglaise.
Marty la lui donne. Oncle Al met le carburateur neuf en place et commence à
le boulonner.
Oncle Al : Le type a donc tué ton meilleur copain ; il a fait partir ta petite amie de la ville et il te prive de la deuxième grande fête de l'année. Est-ce que j'ai bien tout compris ?
Marty (sinistre) : Tu as tout compris, oncle Al.
Oncle Al : Ouais, Winesburg-en-Ohio (1) n'a jamais été comme ça... Mais je t'ai apporté quelque chose qui te rendra le sourire.
Marty : quoi ?
Oncle Al : Attends, mon cher garçon. Attends un peu. Tiens, passe-moi les pinces.
(1) Titre d'un roman de Sherwood Anderson.
246 Ext. Oncle Al au coin de la maison des Coslaw. Jour.
Il regarde furtivement ce qui se passe derrière la maison.
247 Ext. Le jardin. Oncle Al en amorce. Jour.
Bob et Nan s'activent autour du barbecue. Jane s'amuse avec une raquette et un volant de badminton.
248 Ext. La route devant chez les Coslaw avec Marty. Jour.
Marty est assis dans la Silver Bullet. Oncle Al arrive en courant.
Oncle Al : Tout va bien, mon garçon. Fonce !
Marty appuie sur le démarreur. Le moteur se met en marche du premier coup, mais son bruit est complètement différent. Avant, le fauteuil roulant ronronnait comme un petit chat. A présent, il ronfle comme un bolide qui attend que le feu passe au vert.
Marty est stupéfait.
Oncle Al : Allez, accélère !
Marty accélère. Le moteur rugit.
Oncle Al : Bon Dieu, pas trop fort !
Marty (abasourdi) : Ouaou !
Oncle Al : T'as un permis de pilote, Marty ?
Marty : Il m'en faut un ?
Oncle Al : On ne va pas tarder à le savoir. Fais un petit aller retour sur la route. Et sois prudent.
Marty embraye et démarre.
249 Ext. Marty dans la Silver Bullet. Jour.
La caméra le suit le long de la route. Au début, il roule lentement, mais il ne tarde pas à donner des gaz. «a avance vraiment ; cinquante, peut-être même soixante à l'heure. Le vent fait voleter ses cheveux. Il a un grand sourire. Pas de doute, ça lui plaît.
250 Ext. Oncle Al observant la scène.
Il boit une gorgée de bière. Lui aussi, il sourit. Il est heureux pour Marty.
251 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il ralentit, tourne, recule, se remet en piste. Vroom ! Vroom !
252 Ext. Le moteur de la Silver Bullet. Gros plan.
Il a pas mal changé. On dirait plutôt un moteur de moto maintenant, mais ce qui tire l'oeil c'est surtout l'étincelant carburateur chromé.
Son : Vraoooom !
253 Ext. Marty. Gros plan.
Il a un immense sourire. Il regarde :
254 Ext. La maison des Coslaw. En amorce le dos de Marty.
La maison est environ à cinq cents mètres.
255 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il donne un coup d'accélérateur et l‚che l'embrayage. La Silver Bullet démarre telle une flèche. L'avant est relevé comme celui d'une moto qui fait de la roue arrière. Marty a l'air d'un astronaute qui vient de décoller. Il sourit aux anges.
256 Ext. La Silver Bullet. Plan moyen.
Elle file sur la route à quatre-vingts ou peut-être plus ; le pot d'échappement laisse une traînée de fumée bleue. Marty est collé contre le dos du fauteuil. Il rit comme un fou.
257 Ext. Oncle Al qui regarde entre ses doigts.
Oncle Al (pour lui-même) : C'est pas possible, ce gamin va se tuer. J'me demande si je n'ai pas fait une connerie. (Il écarte sa main et crie :) Vas-y mou, Marty !
258 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il freine un bon coup.
Son : crissements de pneus.
259 Ext. Marty et Oncle Al.
La Silver Bullet s'arrête avec un tête-à-queue et dans un grand bruit de freins à côté d'oncle Al. Marty donne un ultime coup d'accélérateur et coupe le moteur.
Oncle Al : J'ai eu une attaque cardiaque, Marty. Je meurs. J'espère que tu es heureux, parce que tu es race à un moribond.
Marty : Il va vraiment vite. Merci, Oncle Al.
Oncle Al : Il va vite, c'est exact... et si ta mère le découvre, je vais me retrouver soprano dans le choeur des petits chanteurs de Vienne.
Marty : J'te vendrai pas.
Oncle Al : J'le sais bien. Mais je veux que ça reste un secret entre nous.
Tu le comprends, non ?
Marty : Bien s˚r.
Oncle Al : Bien.
260 Ext. Ciel nocturne avec la lune.
Les dernières lueurs du jour s'éteignent.
261 Ext. Le jardin des Coslaw. Nuit.
Le barbecue est terminé. Bob et Jane rangent les fauteuils pliants sous la véranda. Au premier plan, nous avons Marty, Nan et oncle Al.
Oncle Al : Nan, c'était une soirée... c'était une soirée superbe.
Il lui donne un baiser très affectueux; elle lui sourit.
Nan : Moi aussi, j'ai trouvé... j'ai trouvé... Je voudrais que ça soit tout le temps comme ça.
Oncle Al : Accompagne-moi jusqu'à ma voiture, Marty. Je n'ai pas envie d'être attaqué.
Marty : D'accord.
Oncle Al et lui s'engagent dans l'allée qui contourne la maison. Nan les suit du regard. On la sent préoccupée et pleine d'amour à la fois.
262 Ext. L'allée des Coslaw avec Marty et Oncle Al. Nuit.
Oncle Al : Bon, je t'ai dit que j'avais quelque chose pour toi si j'me souviens bien.
Marty : Ouais, c'est quoi ?
Al soulève le coffre de sa voiture et en tire un sac en papier. Il le dépose sur les genoux de Marty. Ce dernier ouvre le sac, mais il fait trop sombre, il ne peut voir ce qu'il y a à l'intérieur. Alors il plonge la main dedans et en sort une poignée de pièces de feu d'artifice : des soleils, des chandelles, des fontaines, des bombes, etc.
Pendant qu'il fait l'inventaire de ses cadeaux, une expression extasiée s'inscrit sur son visage.
Oncle Al : Marty, tu vas avoir droit à un petit 4 Juillet en plein mois d'octobre. T‚che de ne pas te faire sauter la tête. (Silence.) Et souviens-toi que ce n'est pas a cause du feu d'artifice en soi. C'est parce qu'il n'y a pas de raison qu'un conard mette des b‚tons dans les roues des types sympas, si tu vois ce que j'veux dire.
Marty (plein de respect) : Je crois que j'vois. Merci, oncle Al.. merci !
Oncle Al : Pour l'amour de Dieu, reste près de la maison... Il y a un fou qui tue des gens dans le coin. Il faut que je sois cinglé pour faire ça, tu t'en rends compte ?
Marty : Oui. C'est fabuleux !
Oncle Al : Tu sais, Marty, l'une des raisons pour lesquelles je t'aime autant, c'est que tu es au moins aussi barjot que moi. Je t'en supplie, ne lance aucune de celles qui explosent ce soir, d'accord ? Juste celles qui font de belles couleurs. Tu sauras faire la différence ?
Marty : Ouais... bien s˚r.
Oncle Al : Celle-ci, en tout cas, ne la tire pas.
Il lui montre une fusée courte avec des pales tronquées. Une grosse amorce dépasse derrière la tête.
Marty : qu'est-ce que c'est ?
Oncle Al : Une fusée traceuse. «a te plaira.
Marty : Merci mille fois, oncle Al !
Oncle Al : Y a mille fois pas de quoi, Marty. Cache-moi ce sac dans les arbustes.
Marty se dirige vers le côté du garage o˘ il y a une haie d'arbustes et y dissimule le sac. Oncle Al monte dans sa voiture et met le moteur en marche.
Marty revient.
Oncle Al (tout sourire) : Amuse-toi bien, mon cher garçon. Et gare aux loups-garous !
Il démarre. Marty, assis dans son fauteuil roulant, le salue de la main.
263 Ext. Arrière de la maison des Coslaw. Nuit.
Une descente de gouttière passe le long d'une des fenêtres du premier étage. La fenêtre s'ouvre et Marty se penche. Il agrippe la gouttière et commence à se laisser glisser à terre. Exploit auquel le spectateur devrait croire sans trop de mal, puisqu'il a déjà vu que Marty avait beau-coup de force dans les bras.
Ses jambes pendent mollement dans le vide, mais il se débrouille très bien.
Une fois au sol, elles se replient sous le poids de son corps et à l'aide de ses bras, il se traîne jusqu'à la véranda arrière.
Marty franchit la balustrade. Là, sous un panneau, se trouve la Silver Bullet. Marty le fait coulisser et monte dans son fauteuil. Il fait avancer les roues à la main et descend la rampe en silence. Arrivé au pied de la rampe, il regarde :
264 Ext. Une fenêtre du premier. Marty en amorce.
Une lumière est toujours allumée.
265 Ext. Marty dans la Bullet.
Marty (à voix très basse) : Merde !
Il réfléchit un instant, puis, à la main, dirige son fauteuil vers : 266 Ext. L'allée située entre la maison et le garage.
Marty longe lentement l'allée. On entend de sourds grognements en raison du grand effort qu'il déploie. En effet, pour ne pas faire de bruit, il continue à faire avancer son fauteuil à la main, ce qui n'est pas facile.
Il s'arrête près des arbustes, prend son sac, le pose sur ses genoux et repart.
267 Ext. L'allée dallée des Coslaw depuis la route.
L'allée est légèrement en pente et Marty atteint sans difficulté la , route. Il tourne à droite et roule lentement sur le bas-côté, toujours à
l'aide de ses mains. On aperçoit encore la lumière au premier. Marty se retourne pour voir si elle est toujours allumée, puis se remet en route. Ce n'est pas ça qui l'empêchera d'aller s'amuser.
268 Ext. Marty.
Il décide qu'à présent il est assez loin pour ne pas se faire remarquer. Il appuie sur le démarreur. Le moteur ren‚cle, toussote, s'arrête. Marty fronce les sourcils et tire sur un c‚ble : un starter rudimentaire, je suppose. Il appuie à nouveau sur le démarreur. Le moteur crachouille, mais ne se met pas en marche.
Marty enfonce à nouveau le c‚ble, l'air préoccupé, et essaye à nouveau de démarrer. Cette fois, après avoir toussoté à plusieurs reprises, le moteur se met en marche.
Marty (à voix basse) : Parfait !
Il embraye et démarre.
269 Ext. La route avec Marty. Plan très large. Nuit.
On aperçoit un minuscule garçon dans un minuscule fauteuil roulant argenté
sur un long ruban noir et vide sous l'immense vo˚te étoilée.
Son lointain : le moteur de la Bullet.
270 Ext. Une bifurcation. Nuit.
Son : bruit d'eau qui court.
L'endroit est plein de boue. On aperçoit à l'arrière-plan un bosquet au milieu duquel sont éparpillées des tables de pique-nique. Au tout premier plan, un panneau sur lequel on lit de haut en bas : Aire de repos; cascade de l'Auger ; Commune de Tarker's Mills.
Son : la Silver Bullet qui approche.
Marty bifurque dans l'aire et roule jusqu'à son extrémité. Il s'arrête près d'une table de pique-nique, dépose son sac dessus et prend tout son temps pour choisir la première fusée : il ressemble à un amateur de bon vin devant un assortiment de bouteilles rares. Finalement, il choisit une chandelle, prend des allumettes dans la poche de sa veste de pyjama et allume la fusée.
quand elle commence à siffler, Marty la jette en l'air de toutes ses forces.
Marty (à voix basse) : Et une pour les mecs sympas !
271 Ext. La chandelle.
Elle décrit un arc au-dessus de la chute d'eau.
272 Ext. La chandelle vue du bas de la pente.
La caméra suit la chandelle : elle retombe sur les rochers qui entourent le bassin de la cascade.
Son : grognement.
273 Ext. Le ruisseau avec le loup-garou
Il était en train de se rafraîchir au ruisseau. Il a l'air à présent plus qu'à moitié humain... naturellement, on devrait pouvoir le reconnaître, mais son visage est plongé dans l'ombre.
Il tourne le dos au ruisseau et se dresse sur ses pattes arrière.
274 Ext. La chandelle sur les rochers.
Elle finit de se consumer. Une main-patte la saisit et la l‚che brusquement.
Son : un grognement de douleur et de colère.
275 Ext. Marty dans l'aire de repos.
Il s'apprêtait à déclencher une des fontaines. Il s'arrête un instant et regarde en direction du vallon, car il a entendu un bruit... mais étouffé
par la chute d'eau. Puis il allume la mèche, fiche la tige dans le sol et recule la Bullet d'un ou deux mètres.
Un tourbillon de lumières jaillit de la fontaine.
Marty (ravi) : Sensas !
276 Ext. Le versant du petit vallon. Plan général.
La cascade se trouve en arrière-plan.
Le loup-garou escalade la pente rocheuse.
277 Ext. La fontaine. Gros plan.
Elle s'éteint.
278 Ext. Marty.
Il roule jusqu'à la table de pique-nique et prend un soleil. Il le plante dans le sol et l'allume. Le soleil s'envole dans le ciel.
279 Ext. Le soleil.
Il éclate en étincelles multicolores.
280 Ext. Le loup-garou presque au sommet de la pente. Plan général.
Il grogne... et menace du poing la gerbe de lumières qui s'éteint dans le ciel.
281 Ext. Marty.
Il tient une nouvelle fontaine dans une main et ses allumettes dans l'autre. Il regarde vers le petit vallon et la cascade.
Marty : Y a quelqu'un ?
282 Ext. Le loup-garou presque au sommet de la pente.
Il se fige et gronde sourdement.
283 Ext. Marty.
Avec un petit haussement d'épaules, il allume la fusée et la plante dans le sol comme précédemment.
284 Ext. Le fond du bosquet au sommet de la pente.
Des mains armées de griffes prennent appui au sommet.
285 Ext. La fontaine. Gros plan.
Des tourbillons d'étincelles jaillissent de la fusée, puis s'éteignent peu à peu.
286 Ext. Marty.
Il se demande quelle fusée lancer quand il perçoit un bruit net : un craquement de branche.
287 Ext. Le bosquet avec le loup-garou.
Il heurte une branche basse. Au lieu de l'écarter ou de passer dessous, il se contente de l'arracher de l'arbre. Bien que la branche soit assez grosse, il le fait aussi facilement qu'un homme affamé arrachant le pilon d'une dinde de NoÎl. Il jette la branche sur le côté et, dos vo˚té, avance sur deux pattes.
288 Ext. Marty.
Marty (terrorisé) : qui est là ?
289 Ext. Le bosquet au fond de l'aire de repos. Marty en amorce.
Le bosquet forme une étendue peuplée d'ombres impénétrables.
290 Ext. Marty.
Il appuie sur le démarreur. Le moteur tousse, hoquette. Pas moyen de le faire démarrer, n'empêche. Marty tire sur le starter en jetant des regards terrifiés tantôt au bosquet, tantôt a son tableau de bord rudimentaire.
291 Ext. Le bosquet. Marty en amorce.
Voilà le loup-garou qui arrive, sort de l'ombre, s'approche.
292 Ext. Marty.
Il s'énerve sur le démarreur... mais le moteur gargouille, sans plus. Il ne démarre toujours pas.
293 Ext. Pieds couverts de poils et munis de griffes.
294 Ext. Marty.
Il cesse de s'acharner sur le démarreur. Il regarde la table de pique-nique o˘ se trouvent ses pièces de feu d'artifice. Puis il attrape la fusée traceuse. Il reprend la boîte d'allumettes dans sa poche, mais il la l‚che.
Il la cherche à t‚tons et la trouve enfin sur ses genoux.
295 Ext. Le loup-garou. Marty en amorce.
On ne peut apercevoir son visage dans l'obscurité, mais il est plus près...
très près.
296 Ext. Marty.
Il essaye de tenir la fusée traceuse et de craquer une allumette en même temps. Pour y parvenir, il lui faudrait au moins trois mains. Il coince le tube de la fusée entre ses dents et essaye à nouveau de craquer une allumette.
297 Ext. La boîte d'allumettes et les mains de Marty.
Il craque l'allumette... trop brusquement ! L'extrémité se casse.
Marty (off gémissant) : Oh ! par pitié !
298 Ext. Les griffes du loup-garou qui s'ouvrent et se referment.
299 Ext. Marty.
Il est en proie à une panique totale.
300 Ext. La boîte d'allumettes et les mains de Marty. Gros plan.
Il sort une nouvelle allumette et la craque. Cette fois, elle s'enflamme.
301 Ext. Le loup-garou.
Il fait un bond en arrière... on n'aperçoit toujours pas son visage, si ce n'est une vague forme.
Note : Je continue à insister sur le fait que sa face est plongée dans l'obscurité, car nous ne sommes pas en période de pleine lune. Je pars en effet de l'hypothèse que ce genre d'individu n'acquiert que progressivement les caractéristiques du loup-garou (denture, poils, etc.). La mutation débute aux alentours du deuxième quartier. Il s'agit là d'un processus semblable à la marée montante. Par conséquent, si l'on voyait d'ores et déjà clairement l'assaillant de Marty, à mon avis, on le reconnaîtrait.
302 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il retire la fusée de sa bouche et approche l'allumette de la mèche. Une gerbe d'étincelles en jaillit.
303 Ext. Marty et le loup-garou. Plan plus large.
Le loup-garou se trouve à moins de six mètres. La fusée s'embrase et s'échappe de la main de Marty, telle une comète, semant une trace rose-orangé derrière elle. Le missile vole droit vers la tête du loup-garou.
304 Ext. Le loup-garou.
La fusée traceuse le heurte en plein visage, des flammes crépitent soudain dans ses poils. Il hurle et s'enfuit à l'aveuglette.
305 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il appuie à nouveau sur le démarreur. Le moteur a des ratés.
306 Ext. Le moteur de la Silver Bullet.
Le moteur tousse et démarre. Une grande flamme bleue jaillit de son pot d'échappement spécial... et le fauteuil se met en marche.
307 Ext. Le loup-garou.
Il s'éloigne en titubant et en poussant des rugissements déchirants. Le tube de la fusée s'est fiché dans son visage, son oeil gauche pour être précis, comme la flèche d'un Indien.
Dans sa fuite, le loup-garou écrase des branches.
308 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il fait demi-tour. Haletant et pleurant de peur, il se dirige vers la route.
309 Ext. Le loup-garou dans le bosquet.
Tout en courant au hasard entre les arbres, il arrache le tube de son visage avec un cri de bête et le jette par terre.
310 Ext. La fusée traceuse. Gros plan.
Elle se consume au sol. L'extrémité est engluée de sang.
311 Ext. La route avec Marty.
La Bullet marche à bonne allure. Marty est hors d'haleine, encore profondément effrayé.
312 Ext. Les bois avec le loup-garou.
Il titube en se tenant le visage ; un flot de sang s'écoule entre ses doigts.
Le loup-garou (hargneux) : Salaud de Marty ! Salaud de Marty ! J'vais te massacrer ! Et tout doucement !
313 Ext. L'allée des Coslaw avec Marty. Nuit.
Il longe l'allée jusque derrière la maison. Peut-être a-t-il assez d'élan pour couper le moteur et avancer en roue libre.
314 Int. La chambre de Marty. Nuit.
Son lit se trouve à côté de la fenêtre. On voit deux mains se poser sur le rebord et Marty se hisser à l'intérieur. Il s'écroule sur son lit et y demeure allongé, épuisé, tremblant, à bout.
315 Ext. La maison des Coslaw à l'aube.
Son : sonnerie de téléphone (assourdie).
316 Int. Le living des Coslaw avec Marty. Aube.
Assis dans son fauteuil roulant "maison", il presse le combiné contre son oreille, alors que le téléphone continue à sonner.
Son : un clic quand on décroche.
Oncle Al (off, voix p‚teuse) : Allô !... quoi ?
Marty : C'est un loup-garou ! Je l'ai vu ! La nuit dernière...
317 Int. La chambre d'Oncle Al. Aube.
Un endroit qui casse rien... un décor digne d'un alcoolique de l'époque coloniale. Sur un côté du lit se trouve une jeune femme quasiment nue.
Oncle Al est assis de l'autre côté, en slip, le combiné collé à l'oreille.
Le sol est jonché de bouteilles et de cendriers qui débordent, et oncle Al a une bonne vieille gueule de bois.
Oncle Al : Tu l'as rêvé, Marty.
Marty (off) : Non ! J' suis sorti cette nuit... et...
Oncle Al : Les loups-garous, ça n'existe pas. S'il te plaît, mon garçon, aie un peu pitié de moi.
Il raccroche et s'affale sur son lit.
La fille (voix p‚teuse) : qui ch'était ?
Oncle Al : Un obsédé sexuel. Rendors-toi !
318 Ext. La véranda arrière des Coslaw avec Marty. Jour.
Il est assis dans la Silver Bullet et regarde le jardin. Jane sort.
Jane : Marty ? «a va ? T'es resté là toute la matinée.
Marty : O˘ est m'man ?
Jane : Partie faire des courses. Pourquoi ?
Marty : Janey, il faut que j' te parle.
Jane (méfiante) : De quoi ?
Marty la regarde avec un air grave.
Marty : J'ai besoin que tu m'aides. Oncle Al ne veut pas me croire et si toi, tu n'veux pas m'aider, je... je...
L'émotion l'étrangle. Il est au bord des larmes.
Jane (inquiète) : Marty, qu'est-ce qui se passe ?
319 Ext. La grand-rue. Plan général avec Jane. Jour.
Jane pousse un caddie plein de bouteilles de bière et de soda. Sur le côté
est accroché un écriteau indiquant : COLLECTE DE BOUTEILLES ET DE BîTES DE
CONSERVE EN FAVEUR DU SERVICE M…DICAL, accompagné du dessin d'une ambulance.
Jane (voix off) : Il m'a raconté une histoire à dormir debout... pourtant, je l'ai cru en grande partie. Et une chose était absolument certaine : Marty, quant à lui, y croyait totalement.
Elle entre dans un jardin et pousse son caddie sur l'allée dallée jusqu'au bas du perron. Elle monte les marches et sonne.
320 Ext. La véranda avec Jane. Plan plus rapproché.
Un petit panneau de la partie supérieure de la porte coulisse et un visage craintif, celui de Mrs Thayer, apparaît. Puis on entend des cliquetis de verrous et des grincements de serrures (au moins trois). La dame ne prend pas de risques.
Mrs Thayer : qu'est-ce que tu veux, Jane ?
Jane (poliment) : Je ramasse les bouteilles consignées et les boîtes de conserve pour la campagne au profit du service médical, m'dame Thayer...
est-ce que vous n'en auriez pas par hasard ?
Son mari s'approche de la porte d'entrée.
Mr Thayer : qui est-ce ?
Mrs Thayer : Jane Coslaw.
321 Ext. Jane. Gros plan.
On ne voit pratiquement que ses yeux, vifs, scrutateurs.
Jane : Salut, Mr Thayer.
322 Int. Lon Thayer. Trés gros plan. Jour.
On ne voit pratiquement que ses yeux marron.
Thayer : Bonjour, Jane.
323 Ext. La véranda avec Jane et Mrs Thayer. Jour.
Mrs Thayer : Amène ton caddie derrière la maison, Jane... on va voir ce qu'il y a dans le garage.
Jane : Merci.
Elle commence à redescendre les marches et
Fondu enchaîné sur :
324 Ext. Jane dans la grand-rue. Jour.
Tarker's Mills a l'air étonnamment désert. Jane pousse son caddie qui est de plus en plus plein.
Jane (voix off) : Oncle Al ne l'avait pas cru, lui, mais cet été-là, il avait trente-cinq ans et moi quatorze... A quatorze ans, on peut encore croire à l'incroyable, même si déjà ce don a commencé à se rouiller, à
amorcer un arrêt grinçant.
Elle passe devant le presbytère de la Sainte-Famille. Lester Lowe est en train de bêcher le jardin situé devant, torse nu, tournant le dos à Jane et aux spectateurs ; sa chemise noire à col rond est posée sans façon sur un arbuste.
Jane (à voix forte) : Salut, mon père !
Lowe (sans se retourner) : Tu es bien matinale, Jane Coslaw !
Jane : Dans une heure ou deux, je vous amène un monstre chargé de bouteilles.
LOWE (toujours en bêchant) : Fantastique, Jane... Je t'attendrai.
325 Ext. Jane plus loin dans la grand-rue. Jour.
Elle s'arrête devant le snack de Robertson, laisse son caddie à la porte et entre. La caméra panoramique jusqu'à la fenêtre. On voit Jane expliquer les raisons de sa collecte à Bobby, alors que les quelques hommes installés au comptoir l'écoutent.
326 Int. Jane très gros plan. Jour.
Pratiquement que ses yeux écarquillés.
327 Int. Bobby Robertson. Trés gros plan.
Pratiquement que ses yeux.
328 Int. Chez Robertson avec Jane.
Elle balaye du regard les hommes installés au bar tout en repartant.
329 Int. Les hommes. Jane en amorce.
Nous en connaissons déjà certains : Peltier, Virgil Cutts. D'autres sont nouveaux. La caméra panoramique sur leurs visages et s'arrête en gros plan sur leurs yeux.
330 Ext. Devant chez Robertson avec Jane. Jour.
Elle reprend son caddie et continue dans la grand-rue. Elle entre dans le salon de coiffure.
Jane (voix off) : Marty avait vu o˘ la fusée traceuse s'était fichée, et ce jour-là, je n'étais pas simplement sortie pour collecter des bouteilles et des boîtes de conserve. Je recherchais un homme, ou une femme, borgne.
331 Int. La boutique du coiffeur. Jour.
Au moment o˘ Jane entre, Billy McClaren est en train de rafraîchir la barbe d'un client. Un autre est renversé contre le dossier d'un fauteuil, le visage enveloppé dans une serviette chaude. Deux ou trois autres clients attendent la béatification de la tondeuse en lisant des journaux. Aucun, naturellement, n'est borgne. Jane les observe tous très attentivement.
Billy : Je sais ce que tu veux, Jane, mais tu n'as pas de chance. Le petit Tobby Whittislaw est passé hier et je lui ai tout donné.
Jane : Oh !... bon !
Mais ses yeux demeurent fixés sur la serviette qui masque le visage du client assis dans l'autre fauteuil. Elle s'avance vers lui.
332 Int. Jane et l'homme à la serviette. Plan plus rapproché.
Jane : C'est vous, Mr Fairton ?
Andy Fairton (d'une voix étouffée) : Non... c'est Ronald McDonald. J' suis venu me faire raser et prendre un hamburger.
Les hommes éclatent de rire. Jane sourit poliment et écarte la serviette chaude des yeux du client. De ses deux yeux.
Jane (doucement) : Vous avez des bouteilles, Mr Fairton ?
Andy : Non !
Jane (tout aussi douce) : Ah !... tant pis !
Elle remet la serviette en place et la caméra la suit, cependant qu'elle se dirige vers la porte.
Jane : Salut, Mr McClaren.
Billy (amusé) : Salut, Jane.
Andy (d'une voix étouffée) : Jésus!
Jane sort.
333 Ext. Jane devant le presbytère. Jour.
Elle pousse le caddie jusqu'à la grille, l'ouvre et s'avance sur l'allée dallée jusqu'au pied du perron. Elle le laisse là et gravit les quelques marches.
334 Ext. Jane sur le perron.
La contre-porte est fermée, la porte en bois intérieure ouverte.
335 Int. Le vestibule du presbytère. Jane en amorce. Jour.
Il est obscur et vide. Des bruits dans la cuisine. Des bruits de repas, on dirait, mais allez savoir...
336 Ext. Jane sur le perron. Jour.
Elle frappe à la contre-porte.
Jane : Mon père ? Je suis venue vous apporter mes bouteilles et mes boîtes.
337 Int. La cuisine. Jour.
Lowe est debout devant la porte du réfrigérateur. Il a une épaule d'agneau dans les mains. Une épaule d'agneau crue qu'il déchiquette à belles dents.
Le sang du morceau de viande lui barbouille le visage et les bras. Il est aussi humain que vous et moi (façon de parler, comme dirait Oncle Al), mais lorsque Jane l'interpelle, il relève brusquement la tête et son oeil s'allume... son oeil. L'autre est caché par un pansement.
Jane (off) : Mon père ?
Lowe : Va décharger ton caddie dans le garage, Jane ! Et après, tu m'apporteras ton bordereau.
338 Ext. Jane sur le perron. Jour.
Jane : D'accord !
Elle redescend les marches.
339 Ext. Jane. Plan plus large.
Elle contourne le presbytère en poussant son caddie.
340. Int. La cuisine avec Lowe. Jour.
Il va à la fenêtre qui est au-dessus de l'évier. Il tient toujours le morceau de viande dégoulinant de sang. Il regarde dehors.
341 Ext. Jane. Lowe en amorce. Jour.
Elle s'approche d'un hangar qui sert en même temps de garage.
342 Int. La cuisine avec Lowe. Jour.
Tout en regardant Jane, il ronge avec voracité son quartier de viande.
343 Ext. Jane devant le hangar. Jour.
Elle ouvre la porte et pousse lentement son caddie à l'intérieur.
344 Int. Jane dans le hangar. Jour.
C'est vraiment un coin qui vous file la chair de poule. Il y a des tas de bouteilles et de boîtes empilées n'importe comment. Un vrai bric-à-brac. Il est évident que l'endroit effraye Jane. Elle se met à décharger son caddie le plus rapidement possible, tout en marmonnant des chiffres.
Son : un tout petit cri perçant.
Jane baisse les yeux.
345 Int. Le hangar le dos de Jane en amorce.
Une souris de belle taille sort d'un tas de bouteilles et file entre les jambes de Jane.
346 Int. Jane.
Elle pousse un cri et recule brusquement contre le mur. Si brusquement qu'elle provoque la chute d'un objet qui était posé sur une haute étagère.
En tombant, l'objet en question brise plusieurs bouteilles. Jane pousse un nouveau cri, pas trop fort, puis se penche lentement et ramasse l'objet.
Jane ne sait peut-être pas exactement de quoi il s'agit, mais nous si : c'est la relique toute déchiquetée, toute tachée de sang du PACIFICATEUR
d'Owen Knopfler.
Jane l'examine, à la fois stupéfaite et effrayée.
347 Ext. La porte de derrière du presbytère. Jour.
Jane s'en approche, une feuille de papier à la main : son bordereau. Elle frappe, attend. Pas de réponse. Elle frappe à nouveau, attend. Toujours pas de réponse. Elle essaye d'ouvrir la porte. Elle s'ouvre.
Jane : Père Lowe ?
Silence. Après un moment de débat intérieur, elle entre dans la cuisine.
348 Int. Jane dans la cuisine du presbytère. Jour.
Elle regarde autour d'elle. Personne. Mais il y a une grosse tache de sang sur la table ; Lowe a d˚ y déposer un instant son croquant déjeuner. Jane fait lentement le tour de la pièce et va jusqu'à la porte du vestibule. Il est très sombre.
Jane : Père Lowe ? Je vous apporte mon bordereau.
Elle s'avance dans le vestibule. Une main tombe sur son épaule.
Lowe (off) : C'est très bien, Jane !
Elle sursaute, et nous en faisons autant. Elle se retourne et regarde : 349 Int. Le père Lowe. Très gros plan.
Ses yeux sont cadrés très serré... ou plutôt son oeil. Car le gauche est caché par un bandeau noir.
Lowe (avec un grand sourire) : C'est très bien, Jane... C'est très, très bien.
Il tend la main et Jane y dépose son bordereau comme en rêve. Elle ne parvient pas à détacher son regard de ce bandeau noir qui raconte toute la vérité.
350 Int. Le vestibule avec Jane et Lowe.
Lowe (l'air inquiet) : Mais Jane, tu trembles !
Jane : Je n'me sens pas bien. Je crois que j'ai pris trop de soleil.
Lowe : Tu veux te reposer un instant au salon ? Tu pourrais t'allonger sur le divan. Ou bien si tu préfères, j'ai des sodas au frais...
Jane : NON ! (Plus bas :) C'est-à-dire, il faut que je rentre aider ma mère à préparer le repas.
Lowe : Je vais t'emmener en voiture.
Jane : Non... Elle... elle m'a donné rendez-vous au supermarché. «a ira.
351 Int. Lowe. Gros plan.
que sait-il ? qu'a-t-il deviné ? C'est difficile à dire juste d'après son visage. En tout cas, avec son bandeau noir, il a une allure sinistre.
Lowe : Donne bien le bonjour à ton frère, Jane.
352 Int. Jane a la porte au bout du vestibule.
Jane : J' le ferai !
353 Int. Lowe dans le vestibule.
La caméra ne le l‚che pas. Il est silencieux, énigmatique.
Lowe (dans un murmure) : Tout doucement.
354 Ext. Le jardin des Coslaw avec Marty. Jour.
Yeux exorbités, il est penché en avant dans son fauteuil.
Marty (dans une sorte de gémissement) : Oh ! bon Dieu ! Et après, qu'est-ce que t'as fait ?
355 Ext. Jane et Marty.
Elle s'est changée et porte un short et un chemisier.
Jane : qu'est-ce que tu crois, imbécile ? J'ai battu mon record du cent mètres. J'ai bien cru que je n'arriverais jamais ici sans m'évanouir. (Une pause.) Marty, qu'est-ce qu'on va faire ? Si on essaye de raconter ça à
quelqu'un, aux adultes surtout, on se moquera de nous. Alors, qu'est-ce qu'on peut bien faire ?
Marty (sur un ton songeur) : Je crois que j' le sais.
356 Int. Une page de cahier d'écolier. Gros plan. Nuit.
Une main, celle de Marty, entre dans le champ et écrit : JE SAIS qUI VOUS
ETES ET JE SAIS CE qUE VOUS TES.
357 Int. La chambre de Marty avec Marty. Nuit.
Il est assis à son bureau. Dans la flaque de lumière de l'abat-jour, une feuille de papier. Il réfléchit un instant, puis se remet à écrire.
358 Int. La feuille de papier. Gros plan.
La main ajoute : POURqUOI NE VOUS TUEZ-VOUS PAS ?
359 Int. Marty à son bureau.
Il étudie le texte une seconde et semble satisfait. Il ouvre un tiroir de son bureau, en tire une enveloppe et glisse la feuille dedans.
360 Ext. Jane dans la grand-rue. Jour.
Elle tient une lettre à la main. Elle s'approche de la boîte aux lettres, en ouvre le couvercle et jette un coup d'oeil à l'enveloppe.
361 Ext. L'enveloppe avec Jane en amorce.
L'adresse est rédigée au crayon :
P»RE LESTER LOWE
PRESBYT»RE DE LA SAINTE-FAMILLE
149, GRAND-RUE
TARKER'S MILLS, MAINE.
362 Ext. Jane devant la boîte aux lettres.
Elle laisse tomber son enveloppe avec l'air de quelqu'un qui vient d'allumer la mèche d'un b‚ton de dynamite. Puis elle repart en direction de chez elle.
363 Int. Le salon du presbytère avec Lowe. Jour.
Il est assis près de la fenêtre et regarde à l'extérieur. Au bout de la table, à côté de lui, il y a une enveloppe déchirée. Lowe tient dans la main le feuillet expédié par Marty. Une profonde haine déforme ses traits, et il froisse lentement la feuille entre ses doigts.
364 Ext. Jane devant la boîte aux lettres de la grand-rue. Jour.
Elle poste une seconde lettre et s'éloigne.
Jane (voix off) : Le lendemain, je postai une nouvelle lettre de Marty...
et une troisième, le jour suivant. Puis, le samedi...
365 Ext. Le parc municipal de Tarker's Mills. Plan général. Jour.
La voiture d'oncle Al est garée au bord du trottoir.
Jane (voix off) : ... nous avons révélé à oncle Al ce que nous avions fait.
(Pause.) Le moins qu'on puisse dire, c'est que sa réaction ne fut pas des plus sereines.
366 Ext. Oncle Al, Jane et Marty dans le parc.
Oncle Al : Nom de Dieu-de nom de Dieu-de putain de bordel de merde !
Jane : Oncle Al !
Oncle Al (à Jane) : que lui, il ait fait ça, ça ne m'étonne pas. Je me dis souvent que sa cervelle est aussi paralysée que ses jambes. Mais toi, Jane ! Toi ! Avec ta petite tête pleine de bon sens !
Jane (très calme) : Tu n'comprends pas !
Oncle Al (avec fougue) : Oh ! Je comprends parfaitement ! Je comprends que ma nièce et mon neveu envoient au curé du coin des lettres anonymes lui suggérant de s'égorger avec un morceau d'ampoule électrique ou de manger une omelette relevée d'une bonne pincée de mort-aux-rats.
Marty : Il m'a attaqué ! Je lui ai tiré une fusée dans l'oeil ! Et maintenant, il porte un bandeau !
Oncle Al : En venant ici, je suis passé chez Peltzer, Marty. Il y a deux jours, le père Lowe lui a acheté une solution optique. C'est une façon fantaisiste d'appeler le collyre. Le père Lowe a une inflammation de la cornée.
Marty : Est-ce qu'il avait une ordonnance ?
Oncle Al : Mais qu'est-ce que ça peut faire ?
Marty : Il n'en avait pas... Je te parie qu'il n'en avait pas ! Parce que pour avoir une ordonnance, il faut aller chez un docteur.
Oncle Al : Marty, Marty, mais écoute c'que tu dis !
Marty : Bon... Est-ce qu'il avait une ordonnance, oui ou non?
Oncle Al : Je n'en sais rien. Mais ce que je sais, c'est que l'autre nuit, tu n'as pas vu de loup-garou. Tu as fait un rêve, Marty ; c'est tout. Un rêve extrêmement réaliste que tu dois à tout ce qui s'est passé ici dernièrement.
Marty : Et la batte de base-ball que Jane a vue dans son hangar ? Tu sais qui possédait une batte comme ça? Mr Knopfler ! Il en était si fier que pour la parade du 4 Juillet il défilait avec ! Jane dit que maintenant, elle ressemble à un cure-dent employé par un géant !
Oncle Al : Tu veux savoir c' que j'en pense ?
Marty : Non... On t'a donné rendez-vous ici juste pour admirer ton beau visage.
Oncle Al : Admire-le, admire-le, mon cher garçon. Moi, je pense qu'elle a eu une hallucination. «a devait être un manche à balai ou un machin dans ce genre.
Jane (indignée) : J'ai très bien vu !Tu veux que je te montre ? J' n'ai pas peur, tu sais ! Allez, viens ! J' vais te le montrer tout de suite !
Oncle Al : Non merci, Jane. Je commence à être un peu trop vieux pour jouer les Hardy Boys (1) contre le Loup-Garou Catholique.
Furieuse contre oncle Al, Jane tape du pied.
Marty : «a n' fait rien, Jane. De toute façon, à l'heure qu'il est, il a d˚
s'en débarrasser.
(1) Le "club des Cinq" américain.
367 Ext. Devant le snack de Robertson. Jour.
La Silver Bullet est garée devant le snack. La porte s'ouvre et oncle Al, Marty et Jane en sortent. Oncle Al porte Marty à cheval sur son dos. Marty tient un cône à la main ; Jane en tient deux. Oncle Al se baisse et dépose Marty dans son fauteuil. Marty met le moteur en marche, Jane rend son cône à oncle Al et tous trois remontent la rue. La caméra les suit.
Jane : Si le père Lowe est un innocent petit agneau, pourquoi n'a-t-il pas décroché le téléphone pour avertir le commissaire Haller que Marty lui envoyait des lettres anonymes ?
Oncle Al : Je suis certain qu'il ne sait pas qui lui envoie ces lettres, Jane. Et ce, parce que je suis certain aussi qu'aucun grand méchant loup n'a attaqué Marty.
Jane : Alors, pourquoi il n'a pas décroché le téléphone pour dire au commissaire que quelqu'un lui envoie des lettres anonymes ?
Oncle Al ne répond rien. Ii n'avait pas pensé à ça. Il regarde vers : 368 Ext. Le presbytère. Plan large avec Oncle Al en amorce.
Lester Lowe avec son bandeau et tout tond sa pelouse.
369 Ext. La grand-rue avec Oncle Al, Marty et Jane.
Oncle Al (un peu perplexe) : Eh bien... Il l'a certainement fait. C'est vrai quoi, il peut très bien avoir déposé une plainte sans faire passer une petite annonce dans le journal en plus, non ?
Marty : J'te parie un quart de dollar qu'il n'avait pas d'ordonnance pour ce produit. Et j't'en parie un autre qu'il n'a rien dit à Haller.
Oncle Al : Marty, regarde donc ton suspect !
370 Ext. La pelouse du presbytère avec Lester Lowe.
Il tond toujours son gazon. Mr Aspinall passe en voiture. Il lui fait bonjour de la main et le père Lowe lui rend son salut.
371 Ext. La grand-rue avec Oncle Al, Marty et Jane.
Marty (l'air sombre) : J'le regarde, j'le regarde.
Oncle Al : Tu crois vraiment qu'un type qui a reçu une fusée dans l'oeil pourrait tondre tranquillement sa pelouse trois jours après ? Soit il serait à l'hôpital, soit il serait mort, enfin !
Marty : quand il l'a reçue, c'était pas un homme, mais un...
Oncle Al : Un loup-garou. Oui. Bien s˚r. Doux Jésus, Jane, tu n'crois quand même pas à cette folie, non ?
Jane : Je ne sais pas exactement à quoi je crois. Mais je suis s˚re que j'ai bien vu une batte de base-ball et non un manche à balai. Et je suis s˚re que ce jour-là, il y avait une odeur étrange dans le presbytère. On aurait dit l'antre d'un animal. Et puis, je crois Marty... y a peut-être des jours o˘ j'ai envie de le tuer tellement il me rend barge, mais ça ne m'empêche pas de le croire. (Silence.) Toi aussi, d'ailleurs, oncle Al.
Durant un instant, oncle Al a l'air d'avoir honte de lui. Puis il lève les bras au ciel avec un air irrité.
Oncle Al : Ah ! Vous les gosses !
Il se remet en marche. Marty regarde Jane en battant des cils avec gentillesse. F‚chée, Jane suit son oncle et Marty fait avancer son fauteuil pour les rattraper.
372 Ext. Un terrain de sport à la périphérie de la ville. Jour.
C'est le milieu de l'après-midi. Une bande de gosses joue au base-ball. Au premier plan, on voit un petit garçon tout seul... Marty, qui observe le jeu dans son fauteuil roulant, le dos tourné à la caméra.
373 Ext. Un vieux coupé. Jour.
Il roule lentement sur un chemin bordé d'arbres, puis s'arrête. Lester Lowe est au volant.
En fond sonore : la partie de base-ball.
374 Ext. Le terrain de base-ball et Marty. Lowe en amorce. Lent travelling avant jusqu'au dos de Marty.
375. Int. Lester Lowe.
Lowe (posément) : Petit salaud !
376 Ext. La balle qui vole.
377 Ext. Le terrain. Plan plus large.
La partie est terminée. Les enfants repartent en groupe vers la ville.
378 Ext. Marty.
L'Outfielder qui a attrapé la balle au vol passe à côté de Marty au pas de gymnastique et lui jette un coup d'oeil.
L'Outfielder : Tu viens prendre un soda chez Robertson, Marty ?
Marty : Non... j'crois que j'vais, rentrer chez moi.
Là, je pense que nous sommes témoins d'un des rares moments de dépression de Marty. Ils peuvent courir et jouer au base-ball, lui non.
L'Outfielder : O.K. ! A bientôt !
Marty : Ouais, à bientôt !
Il met la Silver Bullet en marche et s'éloigne. Seul.
379 Ext. Le coupé de Lowe.
Le moteur se met en marche.
380 Ext. Marty. Lowe en amorce.
Marty escalade une pente herbeuse, avec son fauteuil, et s'engage sur une route goudronnée. On voit les gosses s'éloigner dans l'autre direction.
Marty est tout seul.
381 Ext. Le coupé de Lowe.
Il sort du chemin dans lequel il était garé et s'engage sur la route.
382 Ext. Le fauteuil de Marty. Lowe en amorce.
Marty nous tourne le dos. Au fur et à mesure que Lowe le rattrape, le fauteuil roulant de Marty grossit.
383 Int. Lowe au volant du coupé.
Il se penche en avant avec un immense sourire sadique.
Lowe (il murmure) : Salaud !
384 EXT. MARTY DANS LA SILVER BULLET
Tout en roulant, il rêvasse. Peut-être, dans sa tête, est-il en train de jouer au base-ball dans l'équipe des Dodgers.
Son : le ronflement de plus en plus fort d'un moteur. Marty se retourne.
385 Ext. Le coupé de Lowe rugissant. Marty en amorce.
386 Ext. Marty et le coupé de Lowe.
Marty met les gaz à fond : la Silver Bullet fait une embardée au milieu de la route. Le pare-chocs du coupé l'accroche et le fauteuil est à deux doigts de se renverser.
Le coupé de Lowe dérape, file vers le fossé et ses roues arrière s'y embourbent.
387 Int. Lowe au volant du coupé.
Lowe : Oh! espèce de salaud !
Il accélère à fond.
388 ext. Les roues arrière du coupé. Gros plan.
Elles patinent dans la boue.
389 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il passe à côté du coupé à toute vitesse et fait un pied de nez à Lowe.
390 int. Lowe dans son coupé.
Il est tellement furieux qu'il en grince des dents. Après avoir engagé la marche arrière, il accélère à nouveau à fond.
391 Ext. Le coupé.
Dans un rugissement de moteur, il recule brusquement sur la route en projetant une pluie de boue. Puis il démarre en trombe à la poursuite de la Silver Bullet qui s'éloigne rapidement.
392 Ext. La Silver Bullet avec Marty.
Il entend le coupé de Lowe qui se rapproche et se retourne.
393 Ext. Le coupé.
Il fonce en rugissant vers la caméra.
394 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il tourne la poignée des gaz à fond et le moteur répond.
395 Ext. Montage de la poursuite.
Le metteur en scène la filmera à sa guise. Le principe en est simple : Lowe poursuit le fauteuil au moteur gonflé de Marty sur une route de campagne, à
une allure approchant les quatre-vingts kilomètres heure. Marty, une ou deux fois, pourrait être sur le point de se faire avoir, et il pourrait même à un moment doubler une autre voiture.
On pourrait avoir également une vue de l'arrière du coupé de Lowe; sur le pare-chocs, deux autocollants proclament, l'un : Fréquentez et aidez votre église, et l'autre : Si vous aimez Jésus, donnez un coup de klaxon.
Au fur et à mesure que la poursuite se déroule, il devient évident que Lowe gagne du terrain. Marty a l'air de plus en plus désespéré. Et soudain, son regard tombe sur :
396 Ext. La jauge à essence de la Silver Bullet. Marty en amorce.
L'aiguille est sur le zéro.
397 Ext. Marty.
Il pousse un gémissement.
Son : le moteur du coupé qui se rapproche.
398 Ext. Le coupe et la Silver Bullet.
Lowe fonce sur Marty, la distance qui les sépare diminue rapidement. Marty zigzague d'un côté à l'autre de la route. Il parvient à éviter le coupé de justesse, mais chaque fois le fauteuil manque de se renverser.
Ils longent maintenant une rivière, l'Auger pour être précis.
399 Ext. La jauge de la Silver Bullet.
Désormais, l'aiguille est en dessous du zéro.
400 Ext. Marty.
Marty : Allez, mon p'tit, allez !
Soudain, une lueur d'espoir passe dans son regard. Il vient de voir : 401 Ext. Un panneau. Marty en amorce. L'Auger pont couvert à 500 m interdit à la circulation.
402 Ext. Marty dans la Silver Bullet.
Il tourne la poignée des gaz aussi fort qu'il peut, elle va finir par se casser. Le coupé le serre de près... Et voilà que le moteur de la Silver Bullet se met à avoir des ratés.
403 Ext. Le pont couvert. Marty en amorce.
Il est vraiment délabré. A côté de l'entrée, un grand panneau orange rappelle : Pont dangereux ! absolument interdit aux camions et aux voitures !
404 Ext. La Silver Bullet.
Marty freine, parvient par miracle à négocier son virage et s'engage sur le chemin conduisant au pont. Tandis que le fauteuil fonce en bondissant et rebondissant sur le chemin boueux, on sent que Marty s'accroche désespérément à la vie.
405 Ext. Le coupé de Lowe.
Il dépasse en trombe le chemin dans lequel Marty vient de bifurquer et s'arrête dans un hurlement de freins. Une marche arrière, et il s'engage à
son tour sur le chemin.
406 Ext. La Silver Bullet.
Elle franchit d'un bond la rampe d'accès au pont. Son moteur tousse et crachote.
407 Ext. Le coupé.
Il stoppe brutalement en faisant une embardée dans la boue.
408 Int. Lowe derrière son volant.
Il a une telle expression de haine et de frustration que l'on dirait une gargouille.
409 Ext. Le panneau d'interdiction. Lowe en amorce.
410 Ext./Int. Le pont couvert avec la Silver Bullet.
C'est un endroit sombre et effrayant. Entre les planches voilées et disjointes du sol et des murs filtre un peu de la lumière du jour. Dans son fauteuil, Marty zigzague comme un ivrogne entre les deux trottoirs en planches. La longueur totale du pont ne dépasse pas les trente mètres.
A peu près au milieu du pont, la Silver Bullet toussote et crachote une dernière fois, puis le moteur se tait et elle file de plus en plus lentement en roue libre.
411 Ext. L'extrémité du pont. Marty en amorce.
Marty s'en rapproche. On entend les planches mal jointes craquer sous les roues de la Silver Bullet et l'Auger gronder au-dessous.
412 Ext. Marty. Contre-champ.
Roulant de plus en plus lentement, la Silver Bullet s'approche de la caméra... et s'arrête. Marty est couvert de sueur. Il est complètement dépeigné. Il halète et regarde :
413 Ext. Le chemin qui continue après le pont. Marty en amorce.
Il est champêtre, très agréable, mais ce n'est pas le genre d'endroit o˘
l'on a envie de se trouver en tête à tête avec un individu qui est par moments un loup-garou et, le reste du temps, un maniaque de l'homicide.
414 Ext. Marty à l'extrémité du pont.
Lowe (off, voix douce) : Marty...
Marty tourne vivement la tête.
415 Ext. L'autre extrémité du pont. Marty en amorce.
Nous voyons un carré de lumière éblouissant dans lequel se profile la silhouette du père Lowe. Cette silhouette se met en marche.
Son : bruits de pas sur les planches. Ce sont des Oxford noires, classiques.
Lowe : Tout cela me désole profondément, Marty. Je ne sais pas si tu vas me croire, mais ce que je vais te dire est la vérité. De mon plein gré, jamais je ne ferais de mal à un enfant. Tu aurais d˚ me laisser tranquille, Marty.
Son : le bruit de pas recommence.
Il est paralysé par la peur; et même s'il ne l'était pas, il n'irait pas bien loin sans le moteur de la Silver Bullet.
Lowe (d'une voix douce, apaisante) : Je ne peux pas me tuer, Marty. Vois-tu, notre religion nous enseigne que le péché le plus grave qu'un homme ou une femme puisse commettre, c'est le suicide. Stella Randolph allait se suicider ; si elle l'avait fait, à l'heure qu'il est, elle serait en train de br˚ler en enfer. En la tuant, je lui ai ôté sa vie terrestre, mais j'ai sauvé sa vie éternelle. Vois-tu, Marty ? Vois-tu comment chaque chose sert les desseins de Dieu ? Est-ce que tu le vois bien, espèce de sale petit fouille-merde ?
Il se remet en marche.
419 Ext. Lowe. Marty en amorce.
Il a traversé la moitié du pont, maintenant. Il marche lentement, calmement.
Lowe : Tu vas avoir un terrible accident, Marty. Tu vas tomber dans la rivière.
Son : un moteur de tracteur. Lowe s'arrête, alarmé.
420 Ext. Marty.
Son : le bruit du tracteur s'amplifie.
Le visage de Marty s'illumine. L‚chant Lowe du regard, il se retourne vers :
421 Ext. Le chemin. Marty en amorce.
Le ronflement du moteur devient de plus en plus fort, et voici qu'apparaît Elmer Zinneman sur son John Deere. Le tracteur tire un épandeur à fumier presque vide.
Marty (il agite une main avec frénésie) : Mr Zinneman ! Mr Zinneman !
423 Int. Le pont couvert avec Lowe.
Il recule un peu. Il a une expression de ruse animale. Son esprit court un sacré cent mètres : va-t-il rester et bluffer, ou filer ?
424 Ext. Elmer et Marty.
Elmer vient arrêter son tracteur tout près de Marty qui se retourne vers : 425 Int. Le pont couvert. Marty en amorce.
Plus personne.
Son : faible bruit d'une voiture qui démarre.
426 Ext. Marty et Elmer.
Marty se retourne vers Elmer.
Marty : Je viens de tomber en panne d'essence.
Elmer : Un vrai pont hanté, non?
Marty (avec emphase) : Ah ça ! vous pouvez le dire !
Il se retourne à nouveau vers :
427 ext./Int. Le pont couvert. Marty en amorce.
Long plan fixe sur l'intérieur du pont, sombre, sinistre.
Fondu enchaîné sur :
428 Ext. Le jardin des Coslaw. Jour.
Marty discute avec oncle Al. A l'arrière-plan, Jane fait rouler une balle de croquet sous les arceaux plantés dans la pelouse.
Marty regarde oncle Al avec un air anxieux, tandis que Jane vient les rejoindre.
Oncle Al : «a, bien sur... c'est plus facile à avaler que le coup du monstre avec des poils partout et une gueule pleine de bave. Autre chose : je me suis renseigné pour la solution optique. C'est un produit qui se vend sans ordonnance.
Marty : Je te l'avais bien dit !
Oncle Al : Ferme-la, mon cher garçon, je n'accepte pas ce genre de triomphe tapageur.
Jane (en s'asseyant) : Est-ce que tu as parlé avec le commissaire ?
Oncle Al : Après que Marty m'a raconté sa dernière sensationnelle histoire d'épouvante, je ne pouvais pas faire moins. (Une pause.) Aucune plainte de personnes ayant reçu des lettres anonymes n'a été déposée.
Marty : J'te l'avais bien dit !
Jane : Ferme-la, Marty !
Oncle Al (à regret) : Et y a quelque chose d'autre.
Marty : quoi ?
Jane : quelle autre chose ?
Oncle Al : En fait, je ne devrais pas vous le dire... cette histoire vous rend complètement hystériques. J'ai l'impression de distribuer des entrées de bal gratuites à des victimes de la danse de Saint-Guy.
Marty : Oncle Al, si tu n'me le dis pas...
Marty fait le geste d'étrangler quelqu'un.
Oncle Al (réticent) : J' suis allé jeter un coup d'oeil sur cette aire de repos.
Marty (triomphant) : Et tu as retrouvé la fusée !
Oncle Al : Non... mais j'ai découvert des traces de sang sur le tronc d'un arbre dans le bosquet.
Marty : Alors, tu vois !
Oncle Al : «a ne prouve absolument rien, Marty.
Marty : Et le coup du père Lowe qui m'a poursuivi avec sa voiture pour essayer de me renverser ? Tu ne crois tout de même pas que ça, je l'ai rêvé ?
Oncle Al : Non.
Oncle Al fait le tour de la Silver Bullet et se baisse à côté de Jane. Il regarde :
429 Ext. Le flanc de la Silver Bullet. Gros plan.
A l'endroit o˘ Lowe l'a heurtée, il y a une bosse et une estafilade et, dans la rayure, il reste un peu de peinture.
430 Ext. Oncle Al et Jane. Gros plan.
Oncle Al : La voiture de Lowe est... ?
Jane : Bleue. De ce bleu.
Oncle Al : Bon Dieu !
431 Ext. Le ciel avec la lune. Nuit.
Elle est aux trois quarts pleine.
Panoramique vertical jusqu'à la mairie de Tarker's Mills. La MG d'oncle Al est garée juste devant.
432 Int. Le bureau du commissaire avec Haller et Oncle Al.
Haller est à son bureau, bien calé dans son fauteuil. Les mains derrière la nuque, il regarde oncle Al. Le silence se prolonge. On sent que ce silence met oncle Al mal à l'aise.
Haller : Je te jure que c'est bien l'histoire la plus dingue que j'aie jamais entendue, Al.
Oncle Al : Je sais. J'aurais pu publier ce truc totalement incroyable sans t'en parler, mais j'ai pensé que tu méritais d'en avoir la primeur.
Haller : Voilà. un geste que j'apprécie. Mais une question, quand même : est-ce que toi, tu crois à toute cette histoire ?... Tu y crois, hein ?
Oncle Al : Disons que j'aimerais simplement que tu jettes un coup d'oeil chez Lester Lowe.
Haller se lève.
Haller : Ca n'pose pas de problème.
Ils se serrent la main.
433 Ext. Le presbytère. Nuit.
Une Chevrolet sur la portière de laquelle on lit "Police de Tarker's Mills"
s'arrête devant le presbytère. Joe Haller ouvre la portière et, avant de descendre, il arrange le bas de son pantalon sur ses bottes... de superbes bottes de cow-boy aux coutures apparentes, et non les classiques chaussures noires des flics. Nous serions heureux que le public remarque ces bottes et s'en souvienne. D'ailleurs, Haller les porte probablement depuis le début du film. Il descend de voiture et s'engage dans l'allée.
Haller sonne à la porte.
Personne ne répond. Haller sonne a nouveau. Il attend. Personne ne vient.
Alors, il se penche et regarde par la fenêtre.
434 Int. Le salon et le vestibule. Haller en amorce. Nuit.
L'un des clignotants est cassé. Il y a une rayure sur la peinture et une bosse sur le pare-chocs. Les doigts de Haller entrent dans le champ et se promènent lentement sur la rayure. Ils s'arrêtent.
Zoom avant sur des traces de peinture argent. De même que Marty a des marques de peinture bleue sur son fauteuil, le coupé garde des marques de peinture argent.
435 Ext. Haller. Nuit.
Il redescend les marches, reste un instant planté au milieu de l'allée, puis se dirige vers le hangar. Il ouvre la porte et regarde à l'intérieur.
436 Ext./int. Le hangar. Haller en amorce.
Le coupé de Lowe est là. Entre les piles de boîtes et de bouteilles, il rentre tout juste.
437 Int. Le hangar avec Haller. Nuit.
Haller contourne la voiture et se baisse devant le pare-chocs avant. A l'arrière-plan, on distingue une montagne de boîtes de bière et de soda.
Haller glisse deux doigts dans sa poche de poitrine et sort un Zippo. Il l'allume et regarde :
438 Int. Le coupé. Gros plan.
Ses pupilles s'agrandissent.
Son : un fracas assourdissant provoqué par dix mille boîtes métalliques.
Lowe surgit de la pile qui est dans le dos de Haller. Il est à mi-chemin entre le prêtre et le loup-garou. Dans une main, il tient le PACIFICATEUR
tout abîmé d'Owen Knopfler.
Haller fait mine de se retourner, mais il n'en a pas le temps ; le PACIFICATEUR s'abat sur son cr‚ne.
La caméra panoramique sur le visage de Lowe, tandis que la batte s'élève et retombe... s'élève et retombe. On ne voit pas Haller, et c'est probablement mieux ainsi, mais nous entendons les bruits sourds du bois qui cogne et recogne sur sa tête.
440 Ext. L'aire de repos avec Marty, Oncle Al et Jane. Jour.
Oncle Al a pris le break des Coslaw aujourd'hui. Tous trois sont assis dans le bosquet.
Marty : Mr Haller a dit qu'il allait jeter un coup d'oeil chez lui, et depuis, tu sais quoi ? il a disparu.
Oncle Al : Et après ? qu'est-ce que tu voudrais que je fasse, mon garçon ?
Marty ôte son médaillon de St. Christophe et le tend à oncle Al.
Marty : Je veux que tu me fasses une balle en argent avec ça.
Oncle Al : Tu n'as pas l'intention de laisser tomber, hein ?
Marty : Je sais très bien ce que j'ai vu.
Oncle Al : Marty, ce n'était même pas la pleine lune !
Jane (sur un ton calme) : Dans les histoires traditionnelles, le type qui se transforme en loup-garou ne le fait que pour la pleine lune. Mais il est peut-être tout le temps comme ça, seulement plus la lune devient pleine...
Marty : ... plus il devient loup-garou.
Jane (en tendant son crucifix à Al) : Tiens. Prends le. mien aussi !
Marty : Jane... ne fais pas ça.
Jane : Ne me dis pas ce que je dois faire ou ne pas faire, tête de piaf.
Marty : Jane, tu voudras bien m'épouser ?
Oncle Al : Hé, les gosses, pour commencer, est-ce que vous voudriez bien me dire comment Lowe est devenu un loup-garou?
Marty : Personne ne sait comment débute un cancer, ni ce que c'est exactement... mais ça ne l'empêche pas d'exister.
Oncle Al : Ce gamin a douze ans et il cause déjà comme un jésuite. Un jésuite français, en plus.
Marty : Je pense qu'il va essayer de m'avoir. Un, parce que je sais qui il est, et deux, parce que je l'ai blessé. Mais je ne sais pas s'il le fera sous sa forme humaine.
Oncle Al : Mon pauvre garçon, je crois que cette fois, tu es devenu complètement fou.
Marty : Est-ce que tu feras ce que je t'ai demandé ?
Oncle Al se contente de regarder Marty. On le sent troublé, plein de doutes.
441 Ext. Une route de campagne avec le break des Coslaw. Jour.
Oncle Al ramène ses neveux à la maison. La caméra suit la voiture un moment, puis s'arrête sur un bout de chemin qui conduit à une gravière.
Zoom avant rapide sur un tas de sable duquel dépasse une botte de cow-boy.
Elle est toute m‚chée et couverte de sang.
442 Ext. L'allée des Coslaw. Jour.
Le break s'engage dedans.
443 Int. La voiture avec Oncle Al, Marty et Jane. Jour.
Marty : S'il te plaît, oncle Al. Tu le feras ?
La médaille de St. Christophe et le crucifix sont suspendus par leurs fines chaînes en argent au rétroviseur. Oncle Al les décroche et les regarde.
Oncle Al : D'accord, je me rends. J' le ferai.
Marty : Oh ! fantastique ! Merci.
Jane : Merci, oncle Al.
Oncle Al : Si jamais l'un de vous deux raconte à qui que ce soit que j'ai avalé une seule miette de cette histoire, je vous jure que les loups-garous seront le cadet de vos soucis.
444 Ext./Int. Montage balle en argent. Jour.
(a) Dans une grande ville, oncle Al s'arrête devant la vitrine d'un magasin sur laquelle on peut lire : Armes et munitions, chez Mac. Il sort la médaille de St. Christophe de sa poche, la tourne un instant entre ses doigts et hoche la tête, comme s'il s'engueulait pour sa crédulité et sa bêtise. Puis il entre.
Jane (voix off) : Mac, l'ami d'oncle Al, n'était pas un armurier quelconque ; d'après lui, c'était un véritable artisan, une espèce de sorcier des armes.
(b) A l'intérieur de la boutique, nous voyons oncle Al en train de discuter avec Mac ; le poil blanc, un certain ‚ge, ce dernier a bel et bien l'allure d'un sorcier. Dans la vitrine à l'arrière-plan, il y a un squelette et une lanterne en forme de potiron en papier : le premier signe que nous approchons de Halloween. Oncle Al parle avec animation en gesticulant ; nous ne savons pas ce qu'il raconte, mais le mensonge doit être énorme. Au milieu de son discours, il dépose la médaille et le crucifix dans la main de Mac ; ce dernier tend les chaînes entre ses doigts et les étudie.
Jane (suite, voix off) : Dieu sait quelle histoire oncle Al est allé lui raconter, mais je suis persuadée que pour un type qui a été marié je ne sais combien de fois, les inventions au pied levé doivent devenir une sorte de spécialité.
(c) Dans son atelier, nous voyons Mac verser du bore sur les bijoux et observer le résultat.
Jane (suite, voix off) : L'armurier a confirmé la haute teneur en argent de mon crucifix et du médaillon de Marty...
(d) Une lumière très faible dans laquelle Mac ressemble plus que jamais à
un sorcier : il allume un chalumeau à acétylène et commence à faire fondre les deux bijoux dans un creuset.
Lent travelling avant sur la médaille de Marty et le crucifix de Jane qui se fondent l'un dans l'autre ; ils deviennent un et indissoluble.
Jane (suite, voix off) : ... les a fondus ensemble...
Mac verse l'argent liquide dans un moule à balle.
Jane (voix off, concluant) : ... et en a fait une balle en argent.
445 Int. L'armurerie de Mac avec Mac et Oncle Al.
Venant du fond du magasin, Mac se rapproche avec une petite boîte en marqueterie qu'il dépose sur la vitre du comptoir.
446 Int. La boîte. Gros plan.
Les mains de Mac en train d'ouvrir la boîte ; à l'intérieur, une balle en argent repose sur un petit coussin de velours sombre. C'est une balle de calibre 22, courte, ronde, luisante. Ce serait pas mal d'en exagérer optiquement le côté argenté, lumineux pour lui donner un air magique...
presque de sainteté.
447 Int. Mac et Oncle Al.
Oncle Al saisit la balle respectueusement, l'élève dans la lumière.
Mac : Je crois que je n'ai jamais rien fabriqué d'aussi parfait. Je lui ai mis une charge de poudre fine, afin qu'elle ne se retourne pas. Elle doit être terriblement précise.
Oncle al : C'est une blague, sans plus. Sur quoi tu me vois tirer avec une balle en argent ?
Mac (sur le ton de la plaisanterie) : Pourquoi pas sur un loup-garou ? (Une pause.) Allez, joyeux Halloween, Al !
448 Ext. La pleine lune. Gros plan. Nuit.
Elle remplit presque la totalité de l'écran, et vogue, mystérieuse, dans l'air chaud de la nuit.
Jane (voix off) : La balle en argent de Marty fut donc fabriquée la veille de Halloween... et c'était à nouveau la pleine lune. Plus tôt cet après-midi-là, le cancer qui dévorait mon grand-père depuis sept ans termina son repas.
Panoramique vers le bas sur la maison des Coslaw. Il y a un potiron évidé
sur le rebord de la fenêtre et un bouquet d'épis de maÔs accroché à la porte. La MG d'oncle Al est garée dans l'allée. Le break des Coslaw est en train de reculer vers la route. Oncle Al et Jane sont sur le seuil de la maison. Juste derrière eux : Marty dans la Silver Bullet.
Nan se penche par la portière de la voiture. Elle est vêtue de noir et il est évident qu'elle a pleuré.
Nan : Souviens-toi, Al... Nous serons au Ritz-Carlton de Boston demain soir ! Ou bien à l'établissement funéraire. «a s'appelle Stickney et...
Oncle Al : ... et Babcock, je m'en souviens. Et maintenant, filez !
Le break recule encore un peu, puis Nan remet la tête à la portière.
Nan : Et n'ouvrez pas la porte si des gamins viennent réclamer des bonbons !
Oncle Al : On n'ouvrira à personne !
Le break a atteint la route, mais la tête de Nan surgit à nouveau à la portière.
Nan : Et vous les enfants, couchez-vous à l'heure ! Demain vous allez à
l'école !
Oncle Al : Si tu continues comme ça, tu vas te cogner la tête, soeurette.
Embrasse maman pour moi, et dis-lui que je serai là-bas jeudi !
Nan : Je le ferai... et vous les enfants, soyez gentils !
Marty : Salut, m'man ! Salut, p'pa !
Jane : On le sera ! Salut !
Le break accélère et s'éloigne.
Oncle Al : Vous voulez que je vous dise quelque chose, les gosses ?
Jane : Bien s˚r, oncle Al.
Oncle Al : quand ma petite soeur et moi étions mômes, nous étions exactement comme vous.
Marty : Ah ouais ? Vraiment ?
Oncle Al : Ouais. Vraiment. Et le plus fort, c'est que ça continue. Prenez exemple sur vos aînés, mes chéris.
Il les pousse à l'intérieur et referme la porte.
449 Int. Le break avec Nan et Bob. Nuit.
Bob : Je n'arrive pas à comprendre comment tu as pu laisser les gosses avec lui. Il y a un an cette idée m'aurait fait rire. Il suffisait qu'Al entre dans la maison pour que tu te mettes à cracher du feu.
Nan : Il a changé, tu sais. Cet été, pour être plus précise. Ou bien quelque chose l'a fait changer. Marty, peut-être. Et quant à l'alcool...
j'ai l'impression qu'il a presque arrêté. quoi qu'il en soit, c'est magnifique. Et avec lui, ils ne craignent rien ; ça, j'en suis s˚re.
Bob : Je le sais bien qu'avec lui ils ne craignent rien, mais tu crois vraiment qu'il les mettra au lit à neuf heures et demie ?
Nan (sur un ton ferme) : A partir du moment o˘ je le lui ai demandé, il le fera.
450 Int. L'horloge murale du living des Coslaw. Nuit.
Elle indique une heure du matin.
Son : l'hymne national.
451 Int. Le poste de télévision. Gros plan.
L'hymne se termine. La mire de la station apparaît.
Son : la voix de l'annonceur : "Voici la fin des programmes de la WDML."
L'écran se met à papilloter.
452 Int. Jane sur le divan.
Elle est à moitié assoupie.
453 Int. Marty dans la Silver Bullet.
Lui aussi dort à moitié.
454 Int. Oncle Al dans le confortable fauteuil de Bob.
Lui aussi, il sommeille. Il y a trois ou quatre boîtes de bière vides devant lui, et une cigarette se consume toute seule entre ses doigts. Sur ses genoux, on remarque un revolver, un calibre 22.
455 Ext. La maison des Coslaw vue de biais. Nuit.
Le loup-garou sort en courant du bois et longe la haute haie qui entoure la maison. (Nous sommes du côté opposé à la chambre de Marty.) 456 Ext. Dans les arbustes avec le loup-garou.
Entre la maison et la haie, il y a un espace... l'on dirait une piste d'animaux. Le loup-garou la suit tout doucement, son oeil unique jette des flammes.
Son : faible crépitement de la télé.
457 Int. Le living avec Marty, Jane et Oncle Al. Nuit.
Oncle Al bondit en criant : sa cigarette lui a br˚lé les doigts. Le calibre 22 tombe sur la moquette.
Marty et Jane se réveillent en sursaut.
458 Ext. Dans les arbustes avec le loup-garou. Nuit.
L'oeil étincelant, il fait un bond. De la bave coule de ses babines. Il rampe vers une fenêtre. Le crépitement de la télé s'intensifie.
459 Int. Le living avec Al, Jane et Marty. Nuit.
Oncle Al secoue sa main br˚lée. Puis il ramasse la cigarette qui est tombée sur ses genoux et la jette dans le cendrier.
Jane (d'une voix endormie) : Un jour, tu finiras par cramer, oncle Al.
Oncle Al : Sans doute. Vous les gosses, vous devriez aller au lit !
Marty (vexé) : Mais oncle Al, tu avais dit...
Oncle Al : J'le sais ce que j'ai dit... Mais il est une heure dix. Et il n'est pas venu.
Jane : La lune n'est pas encore couchée...
Oncle Al : Presque, bon sang ! Bon, je resterai là, l'oeil ouvert, avec ce ridicule pistolet sur mes genoux, parce que je l'ai promis, mais vous deux, vous allez vous coucher. Allez, magnez-vous !
Jane se lève et se dirige vers les escaliers.
Marty : Et si j'veux pas, moi ?
Oncle Al : Alors, il faudra que j'te botte le cul, mon garçon. (Plus gentiment :) Allez, va !
Marty commence à faire avancer la Silver Bullet vers les escaliers o˘ se trouve le siège sur rail. Jane l'attend à la porte du living. Marty aperçoit le pistolet sur le sol et s'arrête.
Marty : Si le coup était parti, on n'avait plus qu'à dire adieu à notre balle en argent.
460 Int. Oncle Al.
A cette accusation à peine voilée, oncle Al sourcille légèrement. Il se penche pour ramasser son arme. Puis il ouvre le barillet. Cinq magasins sont vides ; mais dans le sixième, il y a un brillant cercle argenté.
461 Int. Oncle Al.
Il fait tomber la balle en argent dans sa main.
Oncle Al : Eh bien, tu vois, mon garçon ? Elle est parfaitement intacte.
A la fenêtre derrière lui apparaît la tête du loup-garou avec ses yeux verts qui étincellent.
462 Int. La porte du living avec Marty et Jane.
Marty qui regarde oncle Al ne voit rien. Jane, elle, regarde vers la fenêtre et hurle.
Jane (glapissant) : C'est lui ! Le loup-garou ! J' l'ai vu ! C'EST LE LOUP-GAROU !
463 Int. Oncle Al.
Il bondit et se tourne vers la fenêtre... Pour le moment, Al tient le 22
avec le barillet ouvert dans une main et la balle en argent dans l'autre.
En dehors de l'obscurité, il n'y a rien derrière la fenêtre. Oncle Al se retourne vers les gosses.
ONCLE AL (sur un ton sec) : Marty, tu l'as vu ?
464 Int. Marty.
Marty (il secoue la tête) : J'te regardais, toi...
465 Int. Oncle Al.
Soulagé, ses épaules retombent un peu... Maintenant que le moment de panique est passé, son soulagement se teinte d'agacement. Après tout, ce ne sont que deux gosses hystériques, et Jane est vraiment la pire des deux.
Une vraie enragée !
Oncle Al : Je commence à éprouver un sentiment que je connais très bien.
466 Int. Marty et Jane sur le seuil.
Jane pleure.
Marty : C'est quoi, oncle Al ?
467 Int. Oncle Al.
Oncle Al : Je me sens comme un gros couillon.
468 Int. Marty et Jane sur le seuil.
Jane (elle sanglote) : Je l'ai vu, oncle Al, je l'ai vu !
Marty s'approche d'elle et essaye de la consoler en la prenant par les épaules.
Jane : Toi, le morveux, bas les pattes !
Marty : Jane...
469 Int. Oncle Al
Oncle Al : Vous n'voudriez pas aller vous coucher, les gosses ? Je commence à avoir un sacré mal de cr‚ne.
470 Ext. Le flanc de la maison. Trés gros plan. Nuit.
Une main velue et griffue entre dans le champ et se referme sur un c‚ble.
Le loup-garou (off) : Tooout doucement...
Il tire le c‚ble d'un coup sec.
471 Int. Le living. Plan large. Nuit.
Toutes les lumières s'éteignent.
Jane hurle.
Marty : Il est là ! Dehors !
472 Int. Oncle Al.
Oncle Al : Jane, ce n'est qu'une panne de...
Il s'avance vers elle. Au même instant, presque tout le mur et pas seulement la fenêtre par laquelle le loup regardait, mais presque tout le mur s'écroule quand, en rugissant, le loup-garou passe au travers comme un bulldozer.
Oncle Al se retourne d'un bloc et instinctivement, il lève son revolver pour tirer... mais le barillet est ouvert et vide. Le temps que l'on note sa stupeur et la bête l'envoie valdinguer.
473 Int. Oncle Al. Nouvel angle.
Il fait un vol plané en arrière. Le revolver s'envole d'un côté, la balle de l'autre.
474 Int. Le revolver.
Il voltige dans un coin de la pièce.
475 Int. La balle en argent. Au ralenti.
On la voit s'élever dans les airs en tourbillonnant. Puis elle redescend, heurte le sol et roule.
476 Int. Le sol du vestibule avec la balle. Au ralenti.
A l'extrême arrière-plan se trouve une bouche de chauffage. La balle roule vers elle.
477 Int. Marty et Jane.
Marty : Attrape le revolver !
Il fait avancer avec ses mains la Silver Bullet jusque dans le vestibule.
478 Int. La balle en argent (la balle !) et Marty. Au ralenti.
La balle continue à rouler lentement vers la bouche de chauffage. En arrière-plan, on aperçoit Marty qui s'échine comme un forcené dans son fauteuil roulant.
Il se soulève de son fauteuil et s'affale de tout son long en tendant une main. Ses doigts touchent la balle, mais trop tard : elle disparaît dans la bouche de chauffage.
479 Int. Le loup-garou. Gros plan.
Il rugit de rage, son unique oeil jette des éclairs.
480 Int. Le living. Plan large.
Oncle Al gît inanimé contre un mur ; le devant de sa chemise est rouge de sang. Jane court vers le coin o˘ a atterri le revolver et l'attrape.
Le loup-garou soulève le fauteuil de Bob et le balance par le mur qu'il a démoli pour entrer ; il empoigne une petite table et la jette violemment sur le poste de télévision. Puis il découvre Jane et s'avance vers elle.
481 Int. Jane recroquevillée dans un coin.
482 Int. Le loup-garou. Gros plan.
483 Int. Jane.
Elle fait mine de s'enfuir dans un sens.
484 Int. Jane et le loup-garou.
Il ne se trouve plus qu'à un mètre de Jane, mais il joue avec elle... il prend tout son temps.
485 Int. Les instruments dans la cheminée. Gros plan.
Une main ensanglantée saisit un tisonnier.
486 Int. Le loup-garou et Jane.
Alors que le loup-garou bande ses muscles pour bondir sur elle, oncle Al jaillit comme un ressort et lui flanque un coup de tisonnier dans le dos.
Le loup-garou se retourne en rugissant.
Oncle Al le frappe entre les jambes.
Le loup-garou mugit, attrape le tisonnier, le tord, puis le balance au loin. A son air furibond et féroce, on comprend qu'oncle Al ne va pas tarder à subir le même sort.
487 Int. Jane;
Elle bondit de son coin, traverse la pièce en courant vers la porte. Mais à
deux pas du seuil, elle trébuche et tombe.
488 Int. Le loup-garou. Gros plan.
Il tourne brusquement la tête.
489 Int. Marty dans le vestibule.
Il est à plat ventre. Il a retiré la grille de la bouche de chauffage et plongé une main à l'intérieur.
Marty (il hurle) : Janey ! Le revolver ! LE REVOLVER !
490 Int. Jane.
Elle le lui lance maladroitement.
491 Int. Le revolver. Ralenti.
Il glisse sur le sol jusqu'à Marty, comme un disque tordu d'un jeu de galets, le barillet toujours ouvert.
492 Int. Le loup-garou.
Le loup-garou (en grognant) : Maaa-aaa-rty...
Il commence à traverser lentement le living en repoussant tout sur son passage comme une brute.
493 Int. Marty dans le vestibule.
Le revolver glisse jusque dans sa main. Et il recommence à chercher la balle dans la conduite de chauffage...
494 Int. Dans la conduite de chauffage. Trés gros plan.
Elle forme un coude juste en dessous des doigts de Marty qui les tortille dans l'espoir d'attraper la balle... Elle est là, en effet, à peine deux centimètres plus bas.
495 Int. Le loup-garou. Gros plan.
Le loup-garou (les babines pleines de bave) : Maaa-aaa-rty...
496 Int. Jane sur le sol.
Jane (elle sanglote) : Ne lui fais pas de mal ! Ne touche pas à mon frère !
quand il passe à côté d'elle, Jane mord une des chevilles velues du loup-garou.
497 Int. Jane et le loup-garou.
Il rugit de douleur et la repousse d'un coup de pied. Puis il regarde à
nouveau dans le vestibule. Il sourit de tous ses crocs. A mon avis, il est en train de penser que le gueuleton qu'il va se taper surpassera un réveillon gratuit.
Le loup-garou : Tooout doucement, Maa-aaarty...
498 Int. Marty. Gros plan.
Il fouille désespérément dans la conduite tout en observant le loup-garou qui s'avance vers lui.
499 Int. Dans la conduite de chauffage. Très gros plan.
Les doigts de Marty frôlent la balle une fois... deux fois... l'attrapent.
500 Int. Marty dans le vestibule.
Il roule sur le dos, place à t‚tons la balle dans le barillet et le referme d'un coup sec.
501 Int. Le loup-garou. Gros plan.
Le loup-garou : Salaud de Marty !
502 Int. Marty.
Il pointe son arme et appuie sur la détente. On n'entend qu'un CLIC ! Marty prend un air catastrophé.
503 Int. Le loup-garou. Gros plan.
Le loup-garou : Te tuer...
504 Int. Marty.
Il se hisse à la force des bras et s'adosse à moitié contre le mur. Puis il appuie à nouveau sur la détente. CLIC ! Maintenant, il est en proie à
l'épouvante.
505 Int. Le loup-garou.
Il arrive devant la Silver Bullet et l'écarte violemment ; elle s'écrase contre le mur.
506 Int. Marty.
A présent, il tient le revolver à deux mains. Il appuie sur la détente pour la troisième fois. CLIC !
L'ombre du loup-garou le recouvre.
507 Int. Le loup-garou. Très gros plan.
Le loup-garou : Salaud de Marty !
Il se penche sur lui pour l'empoigner.
508 Int. Marty. Très gros plan.
En se pressant contre le mur comme s'il voulait rentrer dedans, il appuie à
nouveau sur la détente.
509 Int. Le canon du calibre 22. Très gros plan.
La balle en jaillit, comme un éclair d'argent.
510 Int. Le loup-garou.
La balle en argent l'atteint en plein dans l'oeil. Le choc l'envoie voler en arrière, les mains collées sur sa face ruisselante de sang... et il s'écroule dans le fauteuil à moitié démoli de Marty. Il demeure assis là, rugissant, et soudain... il commence à se transformer.
511 Int. Le living avec Jane.
Allongée sur le sol, elle sanglote.
Oncle Al (off) : Jane, ça va ?
512 Int. Oncle Al et Jane.
Oncle Al est couvert de sang, il titube, mais il est debout. Il aide Jane à
se lever.
Jane : Moi ça va, mais... Marty ! Ma...
Son : un rugissement assourdissant.
513 Int. Le loup-garou. Très gros plan.
Ses mains s'écartent de son visage. Désormais, il est aveugle des deux yeux, et il est à moitié loup-garou, à moitié Lowe.
Il hurle à nouveau, et dans une ultime convulsion... il meurt.
514 Int. Marty sur le sol.
Marty (il crie) : Tout va bien ! Il est mort !
515 Int. Oncle Al et Jane.
La créature qui gît dans le fauteuil disloqué de Marty ressemble tout à
fait au père Lowe, maintenant. Derrière lui, Marty, toujours par terre.
Oncle Al dépasse le cadavre pour rejoindre Marty. Jane lui emboîte le pas... et Lowe se redresse brusquement et tente de l'attraper à t‚tons.
Elle pousse un hurlement et bondit de côté. Lowe retombe en arrière, vraiment mort cette fois, du moins je crois. Jusqu'à la prochaine.
516 Int. Le vestibule avec Oncle Al, Jane et Marty.
Oncle Al prend Jane par les épaules pour la réconforter ; elle s'est remise à sangloter, mais bon Dieu, je crois bien qu'après un coup pareil moi aussi je sangloterais, et tous deux se baissent vers Marty.
Oncle Al (à Marty) : Tu vois, je t'avais bien dit que les loups-garous, ça n'existait pas.
Ils échangent un sourire plein de tendresse.
Jane (sur un ton nerveux) : Vous êtes bien s˚rs qu'il est mort ?
Oncle Al : S'il ne l'est pas encore, je te jure qu'il le sera quand je lui aurai plongé l'un des chandeliers en argent de votre mère en plein coeur.
Jane (avec une grimace) : Oh non ! oncle Al !
Oncle Al (l'air sinistre) : Oh si, ma petite Jane ! quand je crois à
quelque chose, j'y crois dur comme fer.
Il se lève et s'en va.
Jane : «a va vraiment, Marty ?
Marty : Ouais, ouais, sauf mes jambes, j'ai l'impression que je ne peux plus marcher.
Jane : Tu sais que t'es vraiment un épouvantail.
Marty (avec un sourire) : Jane, je t'aime.
517 Ext. Tarker's Mills. Plan général. Nuit.
Tout est silencieux, tout dort.
Jane (voix off) : Ce n'était pas toujours facile pour moi de lui répondre que... mais cette nuit-là, je l'ai fait, et je peux le répéter aujourd'hui que tous les terribles événements de ce fameux automne ne sont plus que de vagues souvenirs, flous comme un vieux rêve.
518 Int. Le vestibule avec Marty et Jane.
Jane (en le serrant dans ses bras) : Marty, je t'aime.
519 Ext. Tarker's Mills. Plan général. Nuit.
Jane (voix off, dans un simple murmure) : Je t'aime, Marty... bonne nuit !
La caméra panoramique et cadre la pleine lune.
Fondu au noir.
Maître incontesté du suspense et de l'épouvante, il fait partie de ces écrivains qu'il n'est plus besoin de présenter. Carrie, Shining, Christine, Cujo, Simetierre... autant de romans, et souvent de films, mondialement célèbres.
Tarker's Mills, une paisible bourgade du Maine... jusqu'à ce matin de janvier o˘ le cadavre d'un cheminot est découvert, sauvagement lacéré ; jusqu'à cette nuit de février o˘ Stella Randolph croit accueillir l'homme de ses rêves : il ne restera d'elle qu'un corps à demi dévoré... Et chaque fois brillait la pleine lune.
A Tarker's Mills, certains murmurent "loup-garou". D'autres ne veulent croire qu'à un loup affamé en ce terrible hiver. quelqu'un évoque le Dr Jekyll et Mr Hyde. La peur règne et à chaque pleine lune un crime est commis. Le suspense durera douze longs mois...
Outre ce roman, Stephen King nous livre ici le récit de son insolite genèse et le scénario qu'il en a tiré. Un autre passionnant suspense : celui de la création...
Inédit, texte intégrale
Peur bleue est un film produit par Dino De Laurentiis, réalisé par Daniel Attias et distribué en France par Amlf.
IBN 2-277-21999-1