CHAPITRE XVII

Mike contemplait l'écran de son ordinateur, l'air rêveur. Près d'un mois s'était écoulé depuis l'arrestation de Zorn. L'enquête n'avait guère progressé. En particulier, la provenance des armes restait toujours inconnue. Les investigations étaient maintenant conduites par la Sécurité Galactique de Terre I qui avait autorité sur toutes les planètes de l'Union Terrienne.

Craig et son équipe avaient mené des actions de routine dans le quartier Nord, arrêtant seulement quelques drogués en état de manque. Aucune autre tentative d'agression n'avait été faite contre elle. Le capitaine et Craig arrivèrent à ce moment, sortant Mike de sa rêverie.

— Le général Vaughan, dit Kieffer, a été très impressionné par l'importance du nombre de lapis oniris saisis chez Warren. Il ne pensait pas que ce trafic récent avait déjà pris une telle envergure. Au passage, il m'a chargé de vous féliciter pour ce joli coup de filet.

— Très aimable de sa part, marmonna Mike tandis que le capitaine poursuivait:

— Enchanté de votre efficacité, il souhaite que vous concentriez toute votre activité sur ce type de trafic. Sur la proposition du commandant, il vous détache pour un mois au service de surveillance de l'astroport. Hubner qui le dirigeait avant d'être nommé ici, pense que c'est la seule voie possible d'introduction des lapis oniris et qu'il convient de renforcer la surveillance.

— Je ne peux pas abandonner ainsi mon secteur, protesta Craig.

— Tyson et Mac Nab assureront les affaires courantes. Si besoin, Summer les supervisera. Inutile de récriminer, c'est un ordre ! Vous commencez demain matin. Cela vous laisse juste le temps de transmettre vos consignes à Tyson.

*

* *

Le capitaine Richard Minski, responsable du service de surveillance de l'astroport, était petit, gros, avec des joues rondes et un nez coloré qui ne devait pas sa teinte à

l'absorption d'eau minérale. Il avait largement dépassé la cinquantaine et ne pensait qu'à sa retraite toute proche. A sa droite, se tenait un long type à la chevelure flamboyante, la figure constéllée de taches de rousseur.

A l'entrée de Dana et de Mike, le capitaine ricana:

— Il est amusant que les autorités se souviennent de mon existence. Voici le lieutenant Matt Rink, le seul pilote de notre unique intercepteur. Quand il n'est pas en vol, il m'assiste dans ce bureau. Votre venue, même limitée dans le temps, nous soulagera.

Il désigna un tableau suspendu au mur.

— Nous ne disposons que de quatre agents. Trois se relaient au poste de contrôle. Ce sont les robots qui vérifient l'identité des voyageurs et leurs bagages. Ils fonctionnent parfaitement. Ni vos maudits cailloux ni des armes n'ont pu passer par ici.

— Des lapis oniris ont été saisis. Il a bien fallu qu'ils soient importés, dit sèchement Craig.

— Expliquez-moi comment, ironisa le capitaine, je ne demande qu'à m'instruire. Tout le service est à votre disposition. Le lieutenant vous servira de guide. Allez, maintenant !

A peine la porte refermée, les policiers entendirent le bruit du goulot d'une bouteille heurtant le rebord d'un verre.

— Le patron a besoin de prendre souvent son médicament préféré, sourit Rink. En avant pour la visite !

Pendant la matinée, ils inspectèrent les postes de contrôle des voyageurs et du fret. Tout fonctionnait impeccablement, rodé par des années de pratique.

— Il paraît difficile de passer une marchandise illégale, soupira Dana.

Le rouquin approuva d'un hochement de tête.

— Venez maintenant visiter mon domaine. Nous prendrons un trans car c'est à l'autre extrémité du terrain. Le véhicule s'arrêta bientôt devant un bâtiment sans étage. Il en sortit un petit type brun, vêtu d'une combinaison de mécanicien maculée de taches d'huile.

— C'est Igor Stanov. Il veille sur l'entretien de mon appareil qui n'est pas du dernier modèle.

A une vingtaine de mètres, sur une plate-forme en plastotitane, se dressait un chasseur-intercepteur. De la taille d'un yacht de croisière pour touriste fortuné, il était puissamment armé.

— Un bel engin, dit Mike.

— Notre seule protection contre une attaque de pirate. Je vous emmènerai faire un tour lors de ma prochaine patrouille. Vous constaterez qu'il est plus excitant d'être dans l'espace que de grenouiller dans les cloaques urbains !

Avec un grand rire, Matt ajouta:

— Allons déjeuner ! Malheureusement, vous devrez vous contenter de la piètre nourriture des distributeurs automatiques.