POST-SCRIPTUM
Mes récits me valent généralement des lettres de lecteurs, des lettres fort agréables, la plupart du temps, même lorsqu’elles mettent en évidence un détail embarrassant. C’est ainsi que, après la publication de la nouvelle ci-dessus, j’ai reçu une lettre d’un jeune homme me disant que le raisonnement du Dr Urth l’avait conduit à faire des vérifications afin de savoir si une différence de poids influait véritablement sur la manière dont on lance quelque chose. Au bout du compte, cette expérience lui donna matière à une thèse scientifique.
Ayant préparé un certain nombre d’objets, identiques par la taille et par l’aspect extérieur mais d’un poids différent, il les fit lancer par des sujets ignorant lesquels étaient lourds et lesquels étaient légers. Il constata que chaque jet avait approximativement le même degré de précision.
La chose me tracassa quelque peu mais j’ai fini par considérer que la découverte de mon correspondant n’était pas valide au sens strict du terme. Le simple fait de saisir un objet que l’on se prépare à lancer vous fait – de façon tout à fait inconsciente – estimer son poids et on ajuste l’effort musculaire en conséquence pour autant que l’on soit accoutumé à l’intensité du champ gravifique sous lequel on opère.
Au cours de leurs vols, les astronautes ont généralement été attachés et n’ont pas eu l’expérience de l’apesanteur, sauf au cours de courtes « promenades dans l’espace ». Il semble que ces incursions aient été particulièrement épuisantes et que l’on puisse en conclure qu’une modification de la gravité exige une accoutumance considérable. Après l’avoir subie, une période de réacclimatation tout aussi considérable s’avère nécessaire une fois le retour aux conditions gravifiques prévalant sur Terre.
Ainsi – dans l’état actuel de nos connaissances tout au moins –, je me solidarise avec le Dr Urth.