10

Elle nettoya délicatement le sang coagulé et la chair déchirée, jetant au feu le tampon de lin dont Huy s’était servi pour étancher la plaie. Elle examina la blessure ; assis, immobile et passif, Huy la regardait. Elle croisa brièvement son regard et sourit.

« C’est un beau gâchis ! Je vais y appliquer une préparation qui va te faire mal, ensuite tu devras boire trois verres d’alcool parce que ce sera encore plus douloureux quand je recoudrai, et je veux que tu te tiennes tranquille. Je vais faire de mon mieux, mais tu conserveras toujours une cicatrice. »

Elle se tourna vers le feu, où des plantes infusaient dans un petit chaudron en cuivre. À travers la porte ouverte sur le jardin, il voyait Hapou cueillir du cerfeuil, de la coriandre et de l’aneth. Les deux oies ro, qui faisaient leur promenade matinale, vinrent jeter à l’intérieur un regard inquisiteur. Huy était assis à une table en bois de sycomore. La pièce était haute, blanchie à la chaux, dénuée de tout ornement. Contre le mur, en face de la cheminée, un lit dur était surmonté d’étagères où étaient rangés des pots, des cornues et des instruments en bronze. C’était l’ancien cabinet de consultation de Horaha, et c’est là qu’elle l’avait conduit sitôt qu’il était arrivé, à la neuvième heure de la nuit.

Elle ne lui avait encore demandé aucune explication ; Huy était trop exténué pour en donner. Il était heureux de s’abandonner aux soins habiles de Senséneb, et reconnaissant de sa retenue.

La lampe sur la table brûlait encore, bien que le soleil fût levé. Combien de temps Horemheb attendrait-il que Kenamoun revienne lui faire son rapport avant d’envoyer quelqu’un à sa recherche ? Huy pensa au chef de la police gisant, le crâne fracassé, bras et jambes écartés, dans la salle de bains de sa demeure. Il l’avait dissimulé sous une couverture avant de partir, trouvant tout juste la force de fermer ses portes à clef. Il savait que sans le secours de la médecine il s’effondrerait, et instinctivement il était venu chez Senséneb, s’étant mis en chemin sans tarder afin d’arriver avant l’aube.

Elle ôta le récipient du feu et le posa sur la table, y trempa un linge doux et se tourna vers lui. Le liquide exhalait une odeur âcre et déplaisante.

« Et maintenant, courage », lui dit-elle.

L’eau bouillante cautérisa la chair, et d’abord l’effet de la potion fut une douleur cuisante qui irradia dans tout le visage ; mais elle fut suivie d’un engourdissement apaisant.

« Ça va ?

— Oui.

— Bien. Maintenant, on attaque le plus difficile. »

Elle lui adressa un sourire d’encouragement. Sans qu’aucun mot fût prononcé, chacun d’eux avait mis de côté les dernières réserves qu’il nourrissait sur l’autre, et ils baignaient tels des lézards au soleil dans la confiance de leurs cœurs. Huy se voyait dans les yeux de Senséneb comme elle se voyait dans les siens.

Elle apporta l’alcool et le plaça tout près de lui, ainsi qu’un gobelet. Elle se tourna pour appeler Hapou qui entra, sourit à Huy et prit position derrière la chaise.

« Des nouvelles de Mérinakhté ?

— Non. Il n’est pas revenu, répondit Senséneb, la mine grave. Mais Hapou veille à ce que le portail extérieur soit fermé, et aujourd’hui il sera à la Maison de Vie. Il a déjà remplacé mon père dans ses fonctions.

— Je plains ses patients.

— Tu as tort. C’est un médecin de grand talent. D’une certaine façon, son ka est déchiré en deux.

— C’est un homme dangereux.

— Oui. Maintenant, bois les trois verres d’alcool. Cela suffira à endormir la douleur. Quand je commencerai, je travaillerai vite. Serre fort les côtés de la chaise. Hapou te tiendra pour t’immobiliser. Aie confiance en lui. Cela ne sera pas long. Veux-tu que nous te bandions les yeux ?

— Non », dit Huy, qui n’en ressentit pas moins de l’inquiétude au fond du cœur.

Elle tira du feu un petit récipient, l’apporta sur la table, se lava les mains puis, ôtant le couvercle, en sortit une aiguille fine dans laquelle elle passa un fil en boyau. Huy but. L’alcool lui embrasa la gorge et l’estomac, laissant derrière lui la douce chaleur familière. L’ancien scribe avait pris l’habitude de boire plus que de raison, et il craignait que trois verres fussent inopérants, mais lorsqu’il eut vidé le troisième la tête lui tournait. Il sentit Hapou le clouer contre le dossier de la chaise et agrippa consciencieusement les côtés.

Senséneb s’approcha et posa la main sur sa joue en plaçant les doigts de part et d’autre de la plaie. Huy vit l’aiguille s’approcher de son œil.

« Maintenant », dit-elle doucement.

 

Elle travailla vite, comme elle l’avait promis, et la vive douleur de l’aiguille transperçant la chair passa presque aussitôt commencée. Lorsqu’elle eut terminé, elle recula en contemplant son œuvre.

« Bien ! » dit-elle, et elle lui tendit un miroir en bronze.

Il examina la blessure. Elle était livide, et les points entrecroisés lui donnaient l’aspect d’un pirate du Fleuve dessiné par un enfant, mais ce visage était le sien, à nouveau bien reconnaissable.

« À présent, tu dois te reposer.

— Non.

— Tu n’as pas le choix.

— Je n’ai pas le temps.

— Tu dois le prendre, insista-t-elle en lui nettoyant la joue à l’eau. Tu peux l’employer à me raconter ce qui t’est arrivé. J’ai cru mourir de frayeur lorsque je t’ai vu entrer. »

Il lui dit tout, et elle l’écouta gravement.

« Il y a plus, ajouta-t-il.

— Quoi ?

— Je prépare tout pour que la reine Ankhsenamon parte dans quelques jours. Je veux que tu l’accompagnes.

— Où ?

— Au sud. J’aimerais que tu l’emmènes à Napata. »

Elle fronça les sourcils.

« Je te l’ai dit, je ne partirai pas d’ici avant d’avoir assisté à l’enterrement de mon père. Et je ne partirai pas sans toi.

— Plus tu restes, plus le danger grandit, dit-il en la prenant dans ses bras.

— Kenamoun est mort.

— Oui. Et cela ne peut rester longtemps un secret. Quand on le découvrira, qui sait ce qui en résultera ? J’ai parlé à Ay, poursuivit-il. Il se porte garant de la conformité des obsèques et des dévotions rendues au ka de ton père.

— Crois-tu qu’il tiendra parole ?

— S’il monte sur le Trône d’Or, il n’aura aucune raison d’agir indignement.

— Ta candeur est touchante, dit-elle en souriant.

— Non. Il voudra produire une bonne impression sur le peuple. Horaha était un serviteur loyal de Toutankhamon. N’oublie pas que les morts sont toujours auprès de nous. Ils nous observent.

— Le crois-tu ?

— La question n’est pas ce en quoi je crois, mais ce qui est admis, éluda Huy en évitant son regard.

— Et que feras-tu, pendant que j’escorterai la reine jusqu’à Napata ?

— Je m’assurerai qu’on ne vous suit pas. »

Elle prit le visage de Huy à deux mains afin qu’il ne puisse pas détourner la tête.

« Tu ne chercherais pas à te débarrasser de moi, par hasard ?

— Que te dit ton cœur ? »

Elle baissa les yeux et le lâcha.

« Tu exiges beaucoup de moi.

— Les risques sont grands, que nous restions ou que nous partions. Les chances sont plus grandes si nous partons. »

 

La matinée était bien avancée quand il traversa le quartier palatial pour rendre visite à Ay. C’était la première fois qu’il venait sans être attendu, et il restait sur ses gardes, au cas où Inény serait là. Mais si l’on n’avait pas encore découvert le cadavre de Kenamoun, le secrétaire n’aurait aucune idée que Huy était informé de sa trahison. Il fallait bien courir le risque.

Il se dirigea vers une entrée latérale, montra l’insigne de sa fonction au garde et fut admis à l’intérieur. Mais le domestique qui vint l’accueillir lui annonça que Ay était en consultation avec Horemheb et les hauts dignitaires de la cité, et le fit patienter dans une antichambre étouffante. Huy n’avait pas le choix.

Quand Ay le reçut, il était d’humeur réjouie. Huy n’avait pas eu longtemps à attendre, bien que cette demi-heure lui eût paru une éternité et que par la fenêtre le soleil eût semblé immobile dans le ciel.

« Nous nous retrouvons plus tôt que je ne le pensais, observa le vieil homme. Des ennuis ?

— Oui. »

Ay fut immédiatement sur le qui-vive, mais son sourire ne s’altéra pas.

« J’imagine que nous pouvons y remédier. Que s’est-il passé ?

— Tout d’abord, je dois être sûr de ta confiance.

— Tu l’as déjà. Et ma gratitude. Nous sommes seuls, personne ne se dissimule dans l’ombre. Parle librement.

— Inény t’a trahi à Horemheb. »

Le Maître des Écuries n’eut pas l’air surpris.

« Si c’est vrai, c’est trop tard. J’ai songé à ta menace d’aller trouver Horemheb si je n’agissais pas comme tu le requérais. Aussi ai-je décidé de prendre les devants et de tout lui dire moi-même. Bien entendu, il fut nécessaire de… broder quelque peu, mais il voit la situation telle qu’elle est. Sois bref. J’ai peu de temps. Il reste de nombreux préparatifs à faire.

— Des préparatifs ?

— En vue de mon intronisation. Tu contemples la face du prochain pharaon. »

Huy resta silencieux, puis sourit.

« Tu n’as jamais cru en la force de ma menace, n’est-ce pas ?

— Je savais que tu m’avais donné assez d’informations pour pendre Horemheb, à condition d’agir vite.

— Et donc tu m’as pris de vitesse.

— Tu es un homme plein de finesse, Huy, comme je l’ai dit plus souvent qu’il ne me plaît de m’en souvenir. Mais Horus lui-même n’a qu’un œil, alors comment blâmer un simple mortel de manquer de clairvoyance ? J’ai fait mettre en lieu sûr le char et les chevaux du roi. J’ai envoyé des hommes chercher le corps du traqueur. J’ai fait boucler le quartier des chasseurs et interner ses occupants. Je sais frapper vite lorsque c’est nécessaire. On croit que parce que je suis vieux, parce que j’avance avec prudence, je ne puis agir quand je le veux ; mais aucun cobra n’est plus preste que moi. Et tu m’as donné tout ce dont j’avais besoin.

— Gloire et Puissance à toi, Khéperkhépérourê Ay. »

Huy se félicita intérieurement d’avoir tant tardé à lui faire des révélations. Le vieil homme retrouva le sourire, mais ses yeux étaient voilés.

« Parle-moi d’Inény. Comment as-tu appris la vérité sur son compte ?

— Par Kenamoun. Horemheb l’a envoyé me tuer, la nuit dernière.

— Et le chef de la police, où est-il à présent ? interrogea le futur pharaon en levant les sourcils.

— Chez moi.

— Mort ?

— Oui.

— À voir ton visage, il t’a manqué de peu.

— J’ai vu la voile de la Barque de la Nuit. »

Ay regarda le soleil par la fenêtre.

« On doit le faire disparaître au plus vite.

— Oui.

— Ne te soucie pas de Horemheb. Trop de choses requièrent sa réflexion pour qu’il s’inquiète d’un pion perdu au senet. Mais il ne laisse rien au hasard.

— C’est pourquoi je suis venu te demander ton aide.

— Qu’est-ce qui te fait penser que je te l’accorderai ?

— Tu as ce que tu voulais. »

Ay eut un petit rire sec.

« Oui, en effet. Et quelque chose me dit de te garder dans mon camp, Huy. Ne veux-tu vraiment pas te joindre à moi ? Tu pourrais être scribe aîné ici, dans le quartier palatial. Cela te plairait-il ? Gardien des archives royales, par exemple ? »

Le cœur douloureux, Huy savait que la décision ne lui appartenait plus. Certainement pas en cet instant. De toute manière, il ne prévoyait pas un long règne pour l’homme qu’il avait devant lui.

« Tu es généreux. Mais j’ai une tâche à terminer.

— Ah ! oui, dit Ay, agitant la main. La petite Ankhsi. Eh bien, emmène-la puisque tu le dois. Elle ne sera pas un danger pour moi, et nous avons eu assez d’effusions de sang. Mais n’oublie pas Horemheb. Je n’ai pas la naïveté de penser qu’il se tiendra longtemps pour battu. Si tu veux mon appui, tu dois me révéler tes plans.

— Et Kenamoun ?

— Laisse-moi faire. Ne rentre pas chez toi cette nuit. Au matin, seul restera le souvenir de sa visite. »

 

Huy passa une grande partie du jour près du port. Sa blessure lui élançait, mais il n’avait pas de miroir pour juger de son apparence et il n’avait pas l’intention de retourner chez Senséneb. Ici, même s’il attirait quelquefois les regards, les gens avaient trop à faire pour lui accorder beaucoup d’attention tandis qu’il se mêlait au groupe habituel de badauds observant les manœuvres de chargement des navires. De larges bâtiments en cèdre, venus de l’est de la Grande Verte, du pays où les arbres verdoyaient ; des convoyeurs d’or en provenance du sud ; des barges transportant le calcaire du nord, le grès et le granit de la Première Cataracte.

Sur trois vaisseaux-faucons[23] embarquait un régiment en partance pour le Delta. Des messagers avaient apporté la nouvelle qu’une armée hittite se constituait avec pour destination, selon la rumeur, le désert du septentrion. Les soldats étaient des jeunes conscrits couverts de poussière et pleins d’appréhension, des petits paysans que tout le monde espérait voir de retour lorsque les eaux se seraient retirées, pour travailler la terre noire au début de peret.

Parmi les navires, Huy en chercha un qui appartînt à Taheb, mais il n’en vit aucun, pas plus qu’un seul visage de connaissance. Le jour s’écoula lentement, mais il eût été vain de rendre visite à Noubenéhem avant le soir. Alors, si elle avait réussi à satisfaire sa demande, tout irait très vite. Ay avait réagi au plan avec scepticisme, mais n’avait pas refusé de s’y prêter. Dorénavant, Huy ne serait plus forcé de tout orchestrer par lui-même, et sa demande de fonds n’avait pas été rejetée ; mais Ay par ses manœuvres avait déjoué ses plans, et il ne parvenait pas à accorder sa pleine confiance à ce nouvel allié qui s’imposait à lui.

Enfin les ombres s’allongèrent et le soleil se fit moins chaud, se parant d’un rouge ardent, grandissant comme toujours à l’approche de sa mort quotidienne, sombrant dans des lueurs émeraude sous l’extrémité du monde pour réchauffer le Royaume d’Osiris. La foule de portefaix et de marchands, de colporteurs et de débardeurs, de marins et de flâneurs se dispersa rapidement, chacun rentrant chez soi ou se hâtant vers les auberges et les tavernes dont les propriétaires allumaient déjà des lampes avares aux murs de brique crue.

Huy emprunta la pente qui remontait vers les ruelles et arriva devant la porte de la Cité des rêves au moment précis où le crépuscule cédait la place à la nuit.

Noubenéhem leva la tête à son entrée. Il sut aussitôt qu’elle n’avait pas de bonnes nouvelles pour lui.

« À quoi t’attendais-tu ? dit-elle. Cette idée-là était insensée.

— Il reste du temps.

— Pas la moindre chance, protesta-t-elle en riant. Je me suis déjà informée tout autour de moi, et c’est un genre de question qui pousse les gens à s’en poser. Si tu tiens à garder ton projet secret, ne viens pas me demander mon aide. Et, ajouta-t-elle après un bref silence, la maison ne rembourse pas.

— Essaie encore. Il reste un jour.

— Je ne veux pas courir le risque davantage, répliqua la grosse Nubienne, le visage fermé. Au train où vont les choses dans cette ville, il est malsain de faire des faveurs, même minimes, à des amis.

— Tu as pourtant été bien prompte à accepter l’argent.

— Je ne suis pas Hathor ! Je ne peux rien pour toi », conclut-elle en lui lançant un regard noir.

Huy partit, le cœur palpitant. Cette idée-là laissait trop de part au hasard. Il faudrait emmener Ankhsenamon sans la faire passer pour morte, au risque d’être poursuivi. Il retourna chez lui et observa sa demeure de loin, mais elle était aussi vide que la place. Il ne pouvait aller chez Senséneb, car il ignorait si Mérinakhté la surveillait. Il songea à Taheb, mais rejeta bien vite cette pensée. Désormais, il ne pouvait plus s’aveugler sur un fait dont il avait conscience depuis longtemps : son genre de vie excluait toute amitié. Il rebroussa chemin vers le port et la lumière des tavernes.

À l’aube, dans la salle de travail de son maître, Inény attendait en se disant qu’il l’avait échappé belle. Bien qu’il eût depuis longtemps dissimulé le sac en cuir plein d’or que Kenamoun lui avait remis avec tant de mépris, sa main s’en rappelait le poids. L’humiliation l’avait piqué au vif, mais ce qui l’horrifiait le plus était le risque qu’il avait pris. Il transpirait de soulagement à l’idée qu’il s’en était tiré, qu’il était toujours dans le camp du vainqueur. Kenamoun était mort. Horemheb avait mieux à faire que de le trahir à Ay et ne paraissait pas désireux d’acheter ses services. Avec chaleur et gratitude, Inény pensait à l’homme qu’à peine quelques heures plus tôt il avait tenté de détruire. Une fois Ay pharaon, quelles voies ne s’ouvriraient pas à lui !

La table de travail n’était chargée d’aucun document, et Inény attendait toujours, indécis. Dix minutes avaient passé depuis que le domestique l’avait fait entrer. Devait-il s’installer sur son siège habituel ? Pour quelque obscure raison, celui-ci paraissait moins engageant, moins sûr qu’avant. Malgré lui, il se sentait comme étranger dans cette pièce.

Il n’y avait pourtant rien d’anormal dans le comportement de Ay lorsqu’il entra, aussi Inény se sentit-il rassuré.

« Assieds-toi, je te prie », dit le vieil homme en lui indiquant le siège et en prenant place dans son fauteuil.

Il prit la cruche de vin posée avec des gobelets sur la table et le servit lui-même. Conscient de l’honneur qu’on lui faisait, Inény bomba le torse. Il n’avait pas mérité pareil destin, mais sa conscience l’encourageait déjà à considérer son acte de trahison comme une aberration. Voilà pourquoi les dieux l’avaient fait échouer !

« Merci, seigneur », dit-il, se levant pour accepter le verre qu’on lui offrait.

Il resta debout. Quelque chose dans l’expression de Ay le fit hésiter.

« Bois, l’encouragea son maître. À mon avenir ! »

Inény continuait de tenir le verre sans se rasseoir. Au fin fond de son estomac, son instinct lui disait de prendre garde, mais il n’avait pas d’échappatoire. Un mouvement se fit dans la pièce et, tournant légèrement la tête, il vit que deux des serviteurs attitrés de Ay étaient entrés. Ce dernier se carrait contre son siège et l’observait avec un détachement un peu amusé, les commissures des lèvres presque imperceptiblement retroussées. Un des hommes s’avança et se pencha vers Ay en chuchotant. Ce dernier hocha la tête, satisfait. Il considéra Inény avec indulgence.

« Bois », répéta-t-il.

Il n’y avait pas d’issue. Ce n’était peut-être rien, après tout. Il leva la coupe puis, dans un sursaut de témérité, la vida.

Pendant un moment, rien d’inquiétant ne se produisit. Il regarda Ay et remarqua même le changement qui s’était opéré sur sa physionomie. Dans ces instants ultimes de son existence, il comprit que Ay savait. Mais comment ?

Alors une douleur perça son crâne tel un ciseau de bronze s’enfonçant au centre de son front et le pourfendant. En même temps son estomac se révulsa, mais quand il vomit, seule de la bile monta à ses lèvres. À cette seconde la lumière du soleil levant explosa dans la pièce, l’emplissant, sembla-t-il à Inény, d’un éclat blanc qui masquait tout le reste, et dont la puissance grandit et grandit, jusqu’à devenir l’univers. Et tous deux ne firent plus qu’un.

La cité des morts
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