21.

 

Elle marchait à côté de son vélo. Cet été-là, la ville paraissait en état de siège. Il y avait des travaux de voirie partout, des câbles qui pénétraient sous terre et en ressortaient, des machines à asphalter. Plus personne dans la rue, maintenant. Silence complet. Seulement le bruit des voitures, de l’autre côté de ces grands immeubles sombres. Des gens qui dormaient derrière leurs fenêtres obscures. Certains travaillent, au milieu de la chaleur de l’été, et doivent se lever de bonne heure, pensa-t-elle.

À gauche et à droite du parc, c’était éclairé. Au centre, en revanche, il faisait noir. La piste cyclable passait au milieu, elle le savait, n’étant pas née de la dernière pluie. Il y avait une autre piste, non loin de là, un peu plus longue mais un peu mieux éclairée, aussi. De l’autre côté du bassin, il y avait de la circulation. Des voitures tardives, des enseignes de taxis qui brillaient dans la nuit.

Cela sentait l’essence. Quelqu’un avait dû passer par là à bord d’un véhicule à moteur. À moins que l’odeur ne vienne de la rue située à gauche. Une voiture était garée sous un arbre, à l’abri de l’éclairage assez parcimonieux, d’un jaune sale ou plutôt blanc, qui ne servait à rien. Elle pressa l’allure et son pied glissa sur la pédale. La bicyclette fit un écart vers la gauche et le guidon se braqua. Elle eut un coup au cœur mais parvint à redresser sa course, retrouva à peu près l’équilibre et gagna en zigzaguant le réverbère suivant, pas plus efficace que les autres. Elle ressentit alors une douleur au côté. Quelques instants auparavant, elle avait vu une ombre, sur sa droite. Elle prit peur. Il y eut un nouveau choc, qui la projeta à bas de son vélo. Sa peur se mua en un bloc de pierre, dans son corps, tandis que son cœur battait à tout rompre.

Trois heures plus tôt : Winter avait cherché à toucher Hans Bülow et lui avait laissé un message. Il l’appela de nouveau alors qu’il traversait Heden. Soudain, un ballon de football arriva droit vers lui. Il le renvoya d’un grand coup de pied et le jeu reprit sur l’un des terrains. Il aurait aimé en être et suer de délicieuse façon, par cette douce soirée.

Il était tard. Derrière lui, l’horloge lumineuse digitale venait d’afficher 22 heures et quelque.

— Bülow, à l’appareil.

— Winter.

— Ça fait longtemps que j’attendais de tes nouvelles.

— J’ai pas eu le temps.

— Si tu veux qu’on t’aide, il faut que tu fasses des efforts, toi aussi, insista le journaliste.

Winter attendait près de Södra Vägen. Une de ces vieilles voitures américaines conduites par des jeunes passa près de lui, avec la radio qui hurlait Ain’t no cure for the summertime blues, d’Eddie Cochrane. Des filles en jumper. De toute façon, une voiture de ce genre sans filles à bord, cela ne mérite pas qu’on en parle.

— Un instant.

Il traversa la rue et passa près de la terrasse de La Comète. Une table se libéra près du trottoir, un groupe de quatre personnes était en train de se lever, en laissant la note sur la table.

— Si tu arrives à t’arracher à ton boulot, viens me retrouver à La Comète.

— J’y suis dans dix minutes.

Winter commanda une grande bière pression.

Sitôt arrivé, Bülow l’imita.

— Tu as toujours été spécialisé dans les affaires criminelles ? demanda Winter en lui laissant le temps de boire et d’allumer une cigarette.

— Depuis que je sais écrire.

— Je vais te faire une grande confidence.

— Ce n’est pas trop tôt.

— Mais ce n’est pas la première fois.

Bülow but, fuma et attendit. Sa bicyclette était posée contre la rambarde.

— Il est possible qu’un jeune ait été assassiné.

Bülow posa son verre.

— Qui ? Quand ?

Winter ne répondit pas.

— Mon Dieu, Erik.

— Personne n’est au courant.

— Tu ne devrais pas dire ce genre de choses.

— Je t’ai dit que c’était une grande confidence.

— Non.

— Tu n’en veux pas ?

— Mais tu viens de me la faire, bon Dieu. Tu ne veux tout de même pas que je ferme ma gueule à propos d’un meurtre, non ? encore une fois !

— Moins fort, s’il te plaît.

Bülow regarda autour de lui. Personne ne semblait leur prêter attention. La table voisine venait de recevoir de nouveaux clients qui étaient occupés à commander et qui bavardaient en se coupant la parole.

— Je t’écoute, dit Bülow.

— On peut le trouver. C’est mon avis personnel, si tu comprends ce que je veux dire. Mais il faut faire quelque chose pour y arriver, ajouta-t-il en regardant Bülow droit dans les yeux. Il faut que j’essaie de le faire sortir de sa planque.

— Qui ça ? Le jeune en question ?

— Je ne sais pas encore.

— Alors, pourquoi me racontes-tu tout ça ?

— Je voudrais que tu pondes un article.

— Je croyais que tu me demandais le contraire, il y a un instant ?

Son cœur battait, battait, battait. Cela tirait, tirait, tirait. Elle entendit des cris à l’intérieur de sa tête, sentit une haleine contre son visage, une odeur qu’elle ne connaissait pas encore, une forte odeur de sueur. Son cœur battait, battait et se démenait comme un beau diable dans sa poitrine. Cette haleine, cette voix qui disait quelque chose tout près d’elle mais en même temps très loin de là. Et cela tirait, tirait toujours.

Elle gisait sur le sol et voyait son vélo posé à côté d’elle, avec la roue qui tournait encore et un bruit qui pouvait être celui de la roue ou bien… quelqu’un tirait, la traînait, elle sentit qu’on la soulevait et l’emportait et il n’y avait personne à proximité. Oh mon Dieu, pourquoi personne ne vient-il et qu’est-ce que… Elle tenta de glisser sa main dans son sac, qui paraissait ouvert, elle ne savait pas pourquoi, et elle s’efforça d’attraper son portable. Si elle ne parvenait pas à appeler, elle pourrait lui en donner un coup sur la tête… Elle sentit qu’on la soulevait et que les branches des buissons lui éraflaient la tête, elle voulut crier mais une main vint se poser sur son visage avant qu’elle n’ait eu le temps d’ouvrir à nouveau la bouche.

Elle sentit qu’on lui assenait un coup sur la tête. Et cette haleine, à nouveau, toute proche. Quelqu’un dit quelque chose. Une respiration qui ressemblait à une voix. Oui, une voix maintenant, c’était ça. Une voix, des mots, des mots, toujours les mêmes, une sorte de ritournelle. Des bruits, impossibles à distinguer, mon Dieu.

Un autre coup. Du rouge, du blanc, du rouge dans sa tête.

— Un immigrant clandestin ? suggéra Bülow.

— Non.

— Vraiment ?

— C’est autre chose.

— Vous ne le trouverez pas.

— Il faut que quelque chose se manifeste bientôt.

— Et moi, je dois rédiger cet article comme s’il était mort ?

— Comme s’il était possible qu’il le soit.

— Pourquoi ne me le dicterais-tu pas, dans ce cas ?

Winter ne répondit pas. Toutes les tables étaient prises, maintenant et les gens étaient plus ou moins ivres, autour d’eux.

— Tu as payé ? demanda-t-il.

— C’est moi qui régale.

Winter se leva.

— On rentre à pied, dit-il.

Bülow prit son vélo par la main. Devant Pølsemannen, trois hommes étaient en train de se battre, leurs coups mal assurés déchiraient l’air, qui sentait la saucisse grillée. L’un avait le front ensanglanté. L’autre commençait à rendre et des gerbes de vomissures lui sortaient de la bouche. Le troisième riait comme un fou.

Winter et Bülow formèrent un cercle autour d’eux.

— Saturday night is alright[5], dit Bülow.

— On est samedi ?

— Non.

— On se prépare pour le Grand Festin de Göteborg ? demanda Winter.

— Ça ? C’est rien.

La place Vasa était déserte. Un tramway descendait de Landala et on entendait de la musique en provenance de l’un des cafés au coin de la rue.

— C’est d’accord ? demanda Winter.

Bülow éclata de rire.

— On dirait que tu as une confiance illimitée en moi.

— Bonne nuit.

Winter poussa la porte de son immeuble.

— Bonjour à toute la famille, lança le journaliste, mais la porte s’était déjà refermée derrière Winter.

Quatre sonneries. Le répondeur se déclencha et le message d’accueil déchira le silence. Il n’y avait personne pour l’entendre.

La voix d’Anne :

« Je suis absente pour l’instant, mais si tu… »

Puis : le message.

La respiration, le halètement, comme celui d’une bête sauvage, sa voix à elle, puis peut-être une prière… un son qui aurait pu s’élever d’un temple, une ritournelle, une sorte de psalmodie ou de glossolalie, une grosse voix qui semblait venir d’un autre monde, non d’ici, de là, chmép, chméppl !! chmepplu !!!

Quand il rentra, elles dormaient toutes les deux. Il ôta ses sandales, passa dans la cuisine sur la pointe des pieds et ferma la porte derrière lui. Mais celle-ci coinça et grinça légèrement.

Il se prépara du café.

— Tu n’as pas l’intention de dormir, cette nuit ? demanda Angela.

L’ayant rejoint, elle était maintenant assise à la table et, les cheveux dans les yeux, elle bâillait.

— Ce n’est pas comme toi. Parce que tu dors. Assise.

— Tu ne peux pas venir te coucher ? Tu as besoin d’être en forme, demain, non ?

— Je le suis !

— J’ai dit : demain.

— Il faut que je réfléchisse.

— On le fait mieux quand on est en forme.

— Puisque je te dis que je suis en forme !

— Tu n’as pas besoin de crier.

— Je n’ai pas crié.

— Ah b…

— Je n’ai pas crié.

— Elsa dort. Si tu ne l’as pas réveillée.

— Le silence régnait, ici, jusqu’à ce que tu arrives.

— Ha ha.

— Si tu veux bien me laisser tranquille une petite heure, il va revenir et ensuite j’irai me coucher. D’accord ?

Angela ne répondit pas.

— D’accord ?

Elle se leva et cacha son visage entre ses mains. Il entendit un sanglot.

— Mais…

Elle sortit de la pièce et referma la porte derrière elle.

Winter posa sa tasse et eut un instant l’envie de se cogner la tête contre la porte du réfrigérateur. La fenêtre de la cuisine était ouverte et quatre étages le séparaient du sol de la cour. On entendait clairement le bruit des voix. Faudrait-il qu’il se jette par la fenêtre en criant que sa famille avait besoin de dormir ? Silence.

Il alla fumer sur le balcon. Cela sentait la fumée, d’un autre genre toutefois, celle d’un incendie.

Les tramways avaient cessé de circuler.

Angela sortit.

— Excuse-moi, dit-il.

— Nous sommes là, nous aussi.

— Je sais que je me comporte parfois comme un imbécile. Je négli…

— Ce n’est pas ce que je veux dire. Mais on n’est pas forcément une gêne, pour toi. On peut t’apporter de l’aide, aussi.

Elle était comme translucide, à la lumière des réverbères, en dessous, et du ciel, au-dessus.

— Je ne vous ai jamais considérées comme une gêne.

— Je n’ai jamais rien dit à propos de ton travail, n’est-ce pas ?

— Non, non.

— Ne le laisse pas te dévorer.

— J’essaie, Angela.

— Il faudrait peut-être que tu en parles à quelqu’un.

— À qui ? Et de quoi ?

— Il s’est passé bien des choses ces derniers temps.

Est-ce que ce ne serait pas plutôt à elle, se demanda-t-il. De parler à quelqu’un. Il s’était produit en elle quelque chose qu’il ne parvenait pas à se représenter. Il était capable de s’imaginer une ribambelle de morts, mais cela, il n’en était pas capable. Elle avait besoin de parler. Avec quelqu’un d’autre. Et moi, espèce d’idiot, j’exige le silence.

— Tu penses à ton père ?

— Je ne sais pas. Non.

— On n’est pas bien ensemble, Erik ?

— Ce n’est pas ça. Je suis fatigué, c’est tout.

Elle hocha la tête, lui souhaita bonne nuit et rentra à nouveau. Il dirait quelque chose de mieux le lendemain. Il posa son cigarillo et regarda l’extrémité qui brûlait doucement. L’odeur de brûlé en provenance de quelque part persistait. À l’intérieur, le téléphone sonna. Il entendit Angela répondre.

Je voudrais que cela ne finisse jamais
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