18 – LA TRIPLE MATHILDE DE BRÉMONVAL

Pas à pas, pensif et ronchon, le lieutenant prince Nikita descendait l’escalier assez roide et fort peu luxueux de l’immeuble qu’habitait Juve, rue Bonaparte.

— Ce policier n’est pas chez lui. Comment expliquer sa disparition ? Il a pourtant dû recevoir mon télégramme l’avertissant que je n’avais pas retrouvé le portefeuille rouge ? Alors ? comment se fait-il qu’il ne m’ait pas attendu ? et que vais-je faire ?

Débarqué le matin du rapide de Bretagne, le prince russe s’était immédiatement rendu chez le policier, mais comme il ne l’avait pas trouvé, il se sentait perdu.

— Aller à l’ambassade ? songeait-il, ce serait absurde. Il est absolument inutile de mettre notre excellent ambassadeur au courant de ma déconvenue. Alors ? Il faut avouer que, depuis trois jours, je fais un drôle de métier. Avant-hier, le long de la falaise, je retournais des pierres comme un imbécile, à la recherche d’un portefeuille absent d’ailleurs. Puis je sauvais cette jolie femme qui a nom Mathilde de Brémonval, puis encore j’apprenais que son prétendu assassin était le plus honnête homme du monde, au lieu qu’elle-même était une gourgandine. Allez y comprendre quelque chose. Je ne suis pas policier, moi.

Le prince Nikita, tout en songeant de la sorte, suivait le quai en direction du pont des Arts.

— Encore, pensait l’officier, si cet imbécile de Jean-Marie m’avait parlé clairement. Qu’est-ce que c’est que cet individu-là ? pourquoi m’a-t-il affirmé qu’une femme avait volé le portefeuille, que cette femme était en prison à Brest, et que Juve était une fripouille ?

Il fallait prendre une décision.

— Ma foi, se dit-il, je vais toujours tenter l’aventure. Mathilde de Brémonval m’a dit qu’elle habitait rue Laurent-Pichat, allons rue Laurent-Pichat. Si je n’apprends rien d’elle, j’aurai toujours eu le plaisir de la revoir.

Bien que très brave et fort audacieux, le lieutenant prince Nikita eût à coup sûr frémi s’il avait su au juste chez qui il se rendait, alors qu’enfoncé sur les coussins d’un taxi-auto, il réfléchissait à la visite qu’il allait faire, et évoquait par la pensée l’exquise Mathilde de Brémonval.

Il était à cent lieues d’imaginer que cette créature de luxe et de rêve était en réalité… Lady Beltham, maîtresse de Fantômas.

Lorsqu’à la suite des dénonciations de Raymonde, la fille de Fantômas, après les tragiques aventures survenues à Paris-Galeries, Juve et Fandor avaient soupçonné la véritable identité de Mathilde de Brémonval, celle-ci brusquement avait disparu.

Qu’était devenue Mathilde de Brémonval ?

Fantômas, audacieux comme il l’était, n’avait guère eu de peine à persuader sa maîtresse qu’elle pouvait, sans le moindre risque, réapparaître à Paris sous le nom de Mme de Brémonval.

— Nul ne connaît ton identité, avait affirmé le bandit ; nul, sauf, il est vrai, Juve et Fandor, mais j’imagine que, cette fois, ni Juve ni Fandor ne peuvent s’en prendre à toi.

Lady Beltham s’était laissée convaincre.

***

— Mme de Brémonval est-elle chez elle ?

La concierge hésitait :

— Je ne sais pas, monsieur. Je ne saurais vous dire : J’ai vu rentrer sa dame de compagnie, mais j’ignore si Mme de Brémonval l’accompagnait. Voulez-vous prendre la peine de monter, monsieur. C’est au premier étage, à droite.

— Je vous remercie, madame.

Quelques minutes encore, il attendit, puis la porte de l’appartement s’ouvrit. Une avenante soubrette l’introduisit dans un grand salon richement décoré.

— Qui dois-je annoncer, monsieur ?

Le prince Nikita venait de tirer son portefeuille, il tendait sa carte de visite, un transparent bristol, somptueusement gravé :

— Veuillez annoncer, mademoiselle, à Mme de Brémonval que je ne la retiendrai que quelques instants.

— Je ne sais pas si Madame est là, monsieur. Si Monsieur veut attendre quelques secondes, je vais voir.

Déjà la servante avait disparu.

Le prince Nikita ne put s’empêcher de songer qu’en vérité le domicile de la jolie créature était soigneusement gardé.

Le prince Nikita en était là de ses réflexions et se demandait, avec l’anxiété d’un jeune homme qui vient voir une jolie femme, si Mme de Brémonval « allait être là » pour lui, lorsqu’il entendit des pas légers au long de la galerie voisine.

— C’est elle, se disait-il, c’est elle…

La porte s’ouvrit : une très vieille dame entra.

— Vous désirez parler à Mme de Brémonval ? Pour affaire personnelle, monsieur ?

— Oui, madame. Ne pourrais-je pas la voir ?

— Je crains que cela ne soit difficile, monsieur. Mme de Brémonval est encore en voyage ; je l’ai devancée de quelques jours. Je suis sa dame de compagnie, Mme Brigitte.

À coup sûr, tout autre que le prince Nikita se serait excusé, aurait regretté sa démarche vaine, corné sa carte, serait parti.

Le prince Nikita était bien trop épris pour agir de la sorte. Il était venu Voir Mathilde de Brémonval en s’affirmant qu’il voulait par elle apprendre quelques détails relativement à la personnalité de Jean-Marie, à son séjour au château de Kergollen, au portefeuille rouge, mais en réalité, s’il se trouvait dans l’appartement de la rue Laurent-Pichat, c’était en raison du désir qu’il avait de revoir la jolie Mathilde.

— Madame, commença-t-il, je suis fort étonné, j’avais rendez-vous avec Mme de Brémonval.

— Et vous regrettez beaucoup, monsieur, de ne point pouvoir joindre Mme de Brémonval ?

Mais sans doute, tout en parlant, la vieille femme se rendait compte de ce que sa question avait d’étrange, car elle se hâta d’ajouter :

— Vous pouvez me répondre en toute franchise, monsieur. Si vous connaissez bien Mme de Brémonval, elle a dû vous dire que Dame Brigitte était un peu plus auprès d’elle qu’une simple dame de compagnie. Je prétends à son amitié.

— En effet, madame, je regrette infiniment de ne pas rencontrer Mme de Brémonval. Je regrette même à un tel point que, si j’osais me permettre de douter de vos paroles, j’insisterais pour que vous m’assuriez encore une fois que Mme de Brémonval est absente.

— Mais monsieur, je vous l’ai déjà dit.

— Je demande une simple confirmation.

— Ah ?

— Madame, madame, reprit le prince Nikita, dites à Mme de Brémonval… qui n’est pas là… que je lui serais mille fois reconnaissant de bien vouloir, pour moi, consentir à être là.

— Vous demandez l’impossible, monsieur, répondit Dame Brigitte, mais vous le demandez si bien que je ne puis vous résister plus longtemps. Veuillez attendre quelques instants.

Et elle sortit. Le lieutenant se prit à songer.

Soudain, Mathilde de Brémonval elle-même entra dans le salon, mais, à vrai dire, elle ne paraissait pas le moins du monde en colère. Plus jolie que jamais, plus blonde qu’un rayon de soleil, elle fit son apparition dans la pièce, souriante, bien que gardant une attitude un peu hautaine et fière, une attitude séduisante autant que mystérieuse.

— Monsieur, déclara-t-elle en saluant l’officier, qui, très bas, s’inclinait devant elle, vous faites vraiment un avocat extraordinaire. Je n’étais ici pour personne, vous avez su convaincre ma gouvernante que j’y étais pour vous. C’est un véritable succès d’éloquence.

— Laissons ce succès, madame, il n’ajoute rien au bonheur que j’ai à me trouver devant vous.

— Cela vous fait donc bien plaisir ?

— En doutez-vous, madame ?

— Mon Dieu…

Le prince Nikita se leva. Quittant le fauteuil où il était assis, il s’avança de deux pas vers le canapé sur lequel Mme de Brémonval venait de se jeter :

— Vous êtes cruelle, madame, vous savez fort bien quel bonheur j’ai à pouvoir, comme je le fais en ce moment, prendre votre petite main mignonne et…

Mais, au même moment, tandis que le lieutenant Nikita voulait saisir la main de Mathilde de Brémonval, et peut-être la porter jusqu’à ses lèvres, celle-ci se levait, l’air subitement devenu hautain :

— Je vous en prie, dit-elle.

Et, sans affectation, la jeune femme allait s’asseoir sur un siège plus éloigné du prince Nikita.

Comme il n’apparaissait cependant pas que son audace eût exagérément déplu à celle qu’il courtisait, le prince Nikita ne fut nullement troublé.

— Madame, reprit-il, vous êtes très méchante aujourd’hui. Voulez-vous donc que je pense réellement avoir forcé votre porte et que ma présence vous désoblige ?

Cette fois, un sourire passa sur le visage gracieux de Mme de Brémonval.

— Là, là, vous employez tout de suite les grands mots. Et d’abord, pourquoi voulez-vous que j’ajoute foi à vos déclarations ? Vous prétendez que vous avez plaisir à me voir, c’est fort galant à vous, mais qui me prouve que vous m’êtes réellement dévoué ?

— Oh, oh, songea le jeune homme, me serais-je donc réellement fourvoyé ? Vais-je avoir discrètement une invitation à passer chez le bijoutier ?

Voulant pousser l’aventure jusqu’au bout, le prince n’hésita pas :

— Vous n’avez pas de preuves, madame, de mon dévouement, je le reconnais, répondait-il en souriant, mais il ne tient qu’à vous d’en avoir autant qu’il vous sera agréable ; parlez donc : votre chevalier servant vous écoute et, soyez-en certaine, vous obéira.

— Je me contenterai de savoir qu’il ne m’a pas désobéi.

Cette phrase, le prince Nikita ne la comprit pas :

— Vous avoir désobéi, madame ? en quoi ? mon Dieu, vous m’aviez autorisé à me présenter chez vous, j’espère…

— Il ne s’agit pas de cela.

— De quoi donc, alors ?

— Je vous ai demandé, monsieur, de renoncer à chercher le portefeuille rouge que vous étiez venu reprendre en Bretagne. Vous occupez-vous encore de cette affaire ?

— Madame, répondit le prince Nikita, mon devoir est de m’occuper de cette affaire, je n’y saurais faillir. Je m’en occuperai donc encore, croyez-le bien, sauf…

— Sauf quoi, monsieur, quelles conditions mettriez-vous à abandonner une recherche qui me fait peur pour vous ?

— Une condition, madame, que sans doute vous ne sauriez imaginer. Je dois aller m’occuper du portefeuille rouge, gardez-moi prisonnier près de vous, je n’irai pas.

Et, en achevant cette réponse, précise à en être insolente, le prince Nikita, qui savait qu’une femme pardonne toujours qu’on lui manque de respect parce qu’elle en est toujours flattée, leva les yeux, cherchant à deviner sur le visage de Mme de Brémonval la réponse qu’elle allait lui faire et qui, sans doute, allait être décisive.

Or, la jolie femme, loin de l’écouter, maintenant, prêtait l’oreille, l’air fort inquiète.

— Qu’avez-vous donc, madame ?

— Ne bougez pas, monsieur, ne bougez pas, je reviens dans deux minutes.

Resté seul, Nikita tendit l’oreille.

De la galerie voisine, des bruits de voix arrivaient jusqu’à lui, des bruits de voix qu’il ne parvenait pas à comprendre nettement, mais où il démêlait néanmoins, par moments, des intonations qui trahissaient l’organe de dame Brigitte, puis encore des accents masculins.

— Bigre, pensa l’officier, assez inquiet de la suite des événements ; qui diable peut survenir si malencontreusement ? Dame Brigitte n’a point l’air satisfaite. Oh, oh, aurais-je la mauvaise fortune d’être sur le chemin d’un mari peu complaisant ?

Quelques secondes, le prince s’efforçait encore d’écouter les conversations voisines, puis, subitement, il tressaillit.

Brusquement la porte du salon s’ouvrit. Un homme entra dans la pièce, d’une quarantaine d’années, élégamment vêtu, que dame Brigitte suivait à distance respectueuse.

— Que désirez-vous, monsieur ? demanda le visiteur.

Le prince Nikita s’inclina, avec une nuance d’impertinence :

— Pardon, mais à qui ai-je l’honneur de parler ?

— Peu importe. Vous ne me connaissez pas. Veuillez me dire tout bonnement, je vous en prie, la cause de votre visite ici. Vous étiez venu voir Mme Brigitte ?

Était-ce un quelconque M. de Brémonval ?

— Mille grâces, monsieur, répondit le prince Nikita. J’ai eu le plaisir d’être reçu par madame, en effet, mais j’ai eu le bonheur, ensuite, de voir Mme de Brémonval, et je serais encore avec elle, j’imagine, si, pour échapper à vos importunités, je suppose, elle n’avait cru bon de me demander de l’attendre deux minutes.

— Impossible, dit l’autre, Mme de Brémonval n’est pas à Paris.

Et c’était là une phrase, en vérité, extraordinaire pour le prince Nikita.

— Je vous le répète, je causais avec elle quelques secondes avant votre arrivée.

L’inconnu alors se retourna vers Dame Brigitte :

— Je suppose, lui demanda-t-il d’une voix que la rage faisait trembler, qu’il ment ? Répondez, Brigitte.

Dame Brigitte n’eut pas à répondre.

Avant même qu’elle eût pu ouvrir la bouche, le prince Nikita, d’un geste furieux, venait de tirer son portefeuille, d’y prendre une poignée de cartes de visite qu’il jetait à la figure de l’inconnu qui osait le soupçonner de mensonge, en hurlant.

— Vous me rendrez raison.

L’inconnu eut un sourire froid et très calme :

— Vous rendre raison ? Me battre avec vous ? Vous êtes fou, monsieur. Je n’en ai nul motif et nulle envie. Vous êtes grotesque. Sortez. N’éternisez pas une scène ridicule. Sortez donc vous dis-je. Puisque vous êtes familier de la maison, vous devez connaître le chemin.

Et telle était l’autorité avec laquelle cet inconnu parlait que le prince Nikita sortit, en effet, mais non sans s’être incliné gravement devant Dame Brigitte et lui avoir déclaré :

— Vous voudrez bien présenter mes hommages respectueux à Mme de Brémonval et lui affirmer que je saurai, coûte que coûte, la débarrasser d’un goujat qui se permet de parler chez elle en maître et n’en a sûrement pas le droit, puisqu’il n’ose pas se nommer.

***

— Ainsi, disait à présent l’inconnu, s’adressant à la femme de charge de Mme de Brémonval, ainsi voilà ce que tu fais ? Tu sais que je suis aux prises avec les pires difficultés, tu sais que je joue ma tête, tu sais que Fandor et Juve ont juré de me faire monter à l’échafaud, que je frôle la mort tous les jours, et c’est ce moment-là que tu choisis pour me trahir, pour me tromper, pour t’acoquiner avec des officiers étrangers, avec un Russe, avec ce prince Nikita, qu’un jour peut-être je devrai combattre comme j’ai combattu tous ceux qui ont fait obstacle à ma route. Oh ! sans doute, je sais ce que tu penses. Ta pauvre cervelle de femme trouve des excuses à ta conduite. Vous autres, vous avez une imagination folle dès qu’il s’agit de vous justifier. Tu inventes en ce moment que c’était ton droit de me trahir ? que j’ai eu des maîtresses ? que tu te vengeais ? Hé, malheureuse, faut-il donc que je plaide devant toi la différence qui fait moindre la trahison de l’homme que la trahison de la femme ? Trahie. Tu penses que je t’ai trahie ? Était-ce quand je recherchais ma fille à Paris-Galeries et que tu t’imaginais que Raymonde était ma maîtresse ? Réponds.

Mais Dame Brigitte se taisait toujours.

— Ton silence prouve, peut-être mieux que n’importe quoi, ton inconscience. Je t’aimais, entends-tu. Je t’aimais. Moi, moi qu’on dit incapable d’amour, moi qu’on croit impassible, moi qui passe aux yeux de tous pour une brute sans cœur, je t’aimais. J’avais pour toi des trésors de tendresse, des vertiges d’adoration. Et il faut que je m’aperçoive que tu me trahissais lâchement, bêtement, sottement.

La voix de Fantômas – car l’inconnu qui entretenait Dame Brigitte, qui venait de jeter à la porte le prince Nikita, n’était autre que Fantômas – semblait sombrer dans un sanglot muet.

Le bandit, bientôt, maîtrisa pourtant son émotion :

— Je t’aimais, dit-il encore, je t’aimais, mais je ne t’aime plus. Je ne veux plus t’aimer, comprends-tu ? Il faut que je ne t’aime plus.

Mais, comme il prononçait ces mots de désespoir, brusquement, d’un élan insensé, la duègne aux cheveux blancs, se jeta à ses genoux.

— Il faut que tu ne m’aimes plus, cria-t-elle. Ah, ne dis pas ça, ne blasphème pas. Gurn, mon amant, ma joie, ma vie, mon âme. Il est impossible que tu ne m’aimes plus ? c’est impossible.

— Tu m’as trahi.

— Non, ce n’est pas vrai.

— Pourquoi recevais-tu cet officier ?

— Tu sais bien que je frémis chaque fois que je sais que quelqu’un contrarie tes plans, tes projets. Écoute. Tu ne peux pas m’en vouloir ? Tu ne peux pas exiger, toi que j’aime, que je sois à ce point aveugle, que j’oublie qui tu es ? ce que tu fais ?

— Tu me reproches mes crimes ?

— Je n’ai pas la force de rien te reprocher. Mais, pitié. Écoute-moi. Ne me dis pas que tu m’aimes plus, toi que j’aime. Écoute pourquoi je recevais cet officier, ce Nikita ? Oh, pas pour te trahir, crois-le bien. Tout simplement pour le supplier de ne plus s’occuper du portefeuille rouge, pour l’écarter de ta route, pour le sauver de toi qui es le maître de tout, de toi que rien n’arrête, de toi que j’aime quand même follement, furieusement. Je te le jure.

Et, tandis que Dame Brigitte adressait à Fantômas cette prière passionnée, voilà que tout d’un coup elle se relevait, elle se reculait et, d’un geste fou, arrachait sa perruque, dépouillait son corsage, enlevait sa jupe. Et ce n’était plus Dame Brigitte alors. C’est, dans tout l’éclat de sa beauté affolante, dans la tiédeur de sa chair passionnée, dans la griserie de son corps jeune et svelte, la séduisante lady Beltham qui se jeta au cou du bandit.

— Pardonne-moi ? supplia-t-elle, puis elle expliqua : c’est tout à fait par hasard, alors que Jean-Marie voulait m’assassiner, que le prince Nikita est parvenu jusqu’à moi, à Kergollen, au moment où, prête à m’endormir, je venais de quitter mon déguisement de Dame Brigitte. Il m’a vue, il m’a trouvée belle. Mais je suis belle pour toi, pour toi seul. Écoute, j’ai su qu’il s’occupait du portefeuille rouge. Je l’ai supplié de te laisser la route libre. Aujourd’hui, s’il a vu Mme de Brémonval, c’est pour le faire céder. Mais je n’aime que toi au monde.

Fantômas convaincu par son accent passionné, pardonna en effet. Il repoussa doucement sa maîtresse :

— Va, dit-il, je te crois, je veux te croire. Si tu m’aimes, je t’aime aussi, je ne veux pas t’arracher de moi, mais je ne veux plus de cette existence perpétuellement malheureuse qui est la nôtre. Maud, je t’en conjure, quitte Paris, ne sois plus ni lady Beltham, ni Mme de Brémonval, ni Dame Brigitte, ni quoi que ce soit au monde. Accepte de ne rien être que la femme que j’aime. Pars où je te dirai d’aller, où nous vivrons tous les deux, seuls, l’un pour l’autre, à tout jamais.

Et, très doucement alors, lady Beltham répondait :

— Ordonne, commande, je suis ta chose, je t’aime.

L'Arrestation de Fantômas
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