21 juillet – lune au troisième quartier

Angel Delaporte lève une peinture à la lumière, puis une autre, rien que des aquarelles. Les sujets en sont différents, certains se limitant au tracé d’un horizon étrange, d’autres étant des paysages de champs ensoleillés. De pinèdes. La forme d’une maison ou d’un village à mi-distance. Sur son visage, à Angel, il n’y a que les yeux qui bougent, sautant d’avant en arrière sur chaque feuille de papier.

« Incroyable, dit-il. Vous avez vraiment triste mine, mais votre travail… Seigneur. »

Pour information, juste au cas où, sache qu’ils se trouvent à Oysterville. Il y a un salon de famille qui a disparu chez quelqu’un. Ils se sont glissés dans un nouveau trou pour prendre des photographies et voir les graffitis.

Tes graffitis.

Cette allure qu’a Misty, cette incapacité à se réchauffer, même avec deux chandails sur le dos, elle claque des dents. Cette façon qu’ont ses mains de trembler quand elle tend une aquarelle à Angel, la feuille de papier raidie claque comme une bannière. Il s’agit d’un virus intestinal qui traîne encore, séquelle de son intoxication alimentaire. Même ici, dans cette pièce fermée presque obscure dont la lumière est filtrée par les rideaux, elle porte des lunettes de soleil.

Angel traîne au sol sa sacoche photo. Misty apporte son classeur. Le vieux en plastique noir qui remonte à ses années de fac, une mince valisette avec fermeture à glissière qui fait le tour sur trois côtés de manière à pouvoir l’ouvrir pour l’étaler à plat. De minces sangles élastiques maintiennent les aquarelles sur un côté du classeur. À l’opposé, croquis et esquisses sont fourrés dans des poches de différentes tailles.

Angel prend photo sur photo pendant que Misty ouvre le classeur sur le canapé. Lorsqu’elle sort son flacon, sa main tremble avec une telle force qu’on entend les gélules cliqueter à l’intérieur. Elle en pince une, la sort du flacon et dit à Angel : « Des algues vertes. C’est pour les migraines. » Misty glisse la gélule dans sa bouche et ajoute : « Venez jeter un œil à quelques peintures, vous me direz ce que vous en pensez. »

Sur tout le canapé, Peter a laissé des choses peintes à la bombe. Ses mots noirs s’étalent sur des photos de famille encadrées et accrochées au mur. Sur des ouvrages au point de croix. Des abat-jour en soie. Il a tiré les rideaux bien à plat et il a fait gicler sa bombe sur leur envers.

Toi, tu as fait ça.

Angel lui prend le flacon des mains et le lève à la lumière de la fenêtre. Il le secoue, il secoue les gélules qui s’y trouvent. Il dit : « Elles sont énormes. »

La gélule de gélatine qu’elle a dans la bouche se ramollit, et ce qu’il y a à l’intérieur a un goût de papier alu et de sel, le goût du sang.

Angel lui tend une flasque de gin sortie de sa sacoche, et Misty avale sa bouchée amère. Pour information, juste au cas où, sache qu’elle a bu toute sa gnôle. Ce que tu apprends en fac d’arts plastiques, c’est qu’il y a un savoir-vivre quant à l’usage des médicaments. Il faut savoir partager.

Misty dit : « Servez-vous. Prenez-en une. »

Et Angel ouvre le flacon, le secoue et en sort deux. Il en glisse une dans sa poche, en disant : « Pour plus tard. » Il avale l’autre avec du gin et fait une horrible grimace à vomir, en se penchant en avant, sa langue rouge et blanc sortie de la bouche. Il a fermé les paupières.

Emmanuel Kant et sa goutte. Karen Blixen et sa syphilis. Peter dirait à Angel Delaporte que la souffrance est la clé de son inspiration.

Se saisissant des esquisses et des aquarelles étalées sur la canapé, Misty demande : « Qu’est-ce que vous en pensez ? »

Angel repose chaque feuille et prend la suivante. Secouant la tête pour faire non. Un petit mouvement, sans grande amplitude, un genre de paralysie. « Tout simplement incroyable. » Il soulève une autre peinture et demande : « Quel sorte de logiciel utilisez-vous ? »

Sa brosse ? « En poils de martre, répond Misty. Parfois en poils d’écureuil ou de bœuf.

— Mais non, idiote, dit-il, sur votre ordinateur, pour le tracé. Il est impossible d’obtenir ce résultat avec des outils manuels. » Il tapote du doigt le château dans une des aquarelles, puis tapote la chaumière dans une autre.

Des outils manuels ?

« Vous ne vous servez pas uniquement d’une règle et d’un compas, n’est-ce pas ? demande Angel. Et d’un rapporteur ? Vos angles sont parfaitement identiques. Vous vous servez d’un pochoir ou d’un pistolet à courbes, exact ? »

Misty demande : « C’est quoi, un compas ?

— Vous savez, comme en géométrie, au lycée », répond Angel, en écartant pouce et index pour sa démonstration. « Il dispose d’une pointe sur une branche et, dans l’autre branche, vous placez un crayon que vous utilisez pour exécuter des courbes et des cercles parfaits. »

Il lève une peinture de maison sur une colline au-dessus de la plage, l’océan et les arbres n’étant que des nuances différentes de bleu et de vert. La seule couleur chaude est une mouche de jaune, une lumière dans la fenêtre. « Je serais capable de contempler ça pour l’éternité », dit-il. Le syndrome de Stendhal. Il dit : « Je vous en donne cinq cents dollars. » Et Misty répond : « Je ne peux pas. » Il sort une autre peinture du classeur et dit : « Alors combien pour celle-ci ? »

Elle ne peut en vendre aucune.

« Que diriez-vous de mille dollars ? Je vous donne mille dollars pour celle-ci. »

Un millier de biftons d’un dollar. Mais malgré tout, Misty dit : « Non. »

Angel la regarde et il dit : « En ce cas, je vous donne dix mille dollars pour le lot. Dix mille dollars. En liquide. » Misty commence à dire non, mais… Angel insiste : « Vingt mille dollars. » Misty soupire, et…

Angel persiste : « Cinquante mille dollars. » Misty baisse les yeux au sol.

« Pourquoi, dit Angel, ai-je le sentiment que vous diriez non à un million de dollars ? »

Parce que les peintures ne sont pas terminées. Elles ne sont pas parfaites. Il est impossible que les gens les voient, pas maintenant, pas encore. Il y en a d’autres qu’elle n’a même pas attaquées. Misty ne peut pas les vendre parce qu’elle a besoin d’elles comme études pour un projet plus vaste. Ce sont toutes des parties de quelque chose qu’elle ne voit pas. Ce sont des indices.

Qui sait ce pourquoi nous faisons ce que nous faisons ? Misty dit : « Pour quelle raison m’offrez-vous autant d’argent ? Est-ce que c’est un test ou quoi ? »

Et Angel ouvre la fermeture à glissière de sa sacoche et dit : « Je veux vous montrer quelque chose. » Il sort des instruments en acier brillant. L’un consiste en deux tiges effilées qui se rejoignent à une extrémité pour former un V. L’autre est un demi-cercle en métal en forme de D dont le côté rectiligne est gradué en centimètres.

Angel place le D métallique contre le croquis d’une ferme et dit : « Toutes vos lignes sont absolument droites. » Il pose le D à plat sur une chaumière à l’aquarelle, et les lignes de Misty sont parfaites. « C’est un rapporteur, explique-t-il. On l’utilise pour mesurer les angles. »

Angel place le rapporteur sur les peintures, l’une après l’autre, et il déclare : « Vos angles sont tous parfaits. Des angles à quatre-vingt-dix degrés parfaits. Des angles à quarante-cinq degrés parfaits. Il ajoute : « C’est ce que j’avais remarqué dans le dessin du fauteuil. »

Il se saisit de l’outil en forme de V et explique : « Ceci est un compas. On l’utilise pour tracer des courbes et des cercles parfaits. » Il pique une branche pointue du compas au centre d’une esquisse au fusain. Il fait pivoter l’autre branche autour de la première et annonce : « Chaque cercle est parfait. Chaque tournesol comme chaque vasque à oiseaux. Chaque courbe, parfaite. »

Angel pointe le doigt vers les peintures étalées sur le canapé vert, et il précise : « Vous tracez des formes parfaites. Ce n’est pas possible. »

Pour information, juste au cas où, sache que le temps aujourd’hui est en train de devenir vraiment, mais alors vraiment merdique, exactement là, en cet instant.

Le seul individu qui ne s’attend pas à ce que Misty soit un grand peintre, le voilà qui lui explique que c’est impossible. Lorsque ton unique ami explique qu’en aucune manière tu ne peux être un grand peintre, une artiste pleine de maîtrise au talent inné, alors prends une gélule.

Misty répond : « Écoutez, mon mari et moi avons suivi les cours d’arts plastiques en fac. » Elle ajoute : « Nous avons été formés et entraînés à dessiner. »

Et Angel de lui demander : est-ce qu’elle suivait les contours d’une photographie ? Est-ce que Misty se servait d’un épidiascope ? D’une caméra obscura ?

Le message de Constance Burton : « Vous pouvez faire cela avec votre esprit. »

Et Angel sort alors un stylo-feutre de sa sacoche et le lui donne, en disant : « Tenez. » Il indique le mur et dit : « Ici, dessinez-moi un cercle de dix centimètres de diamètre. »

À l’aide du stylo, sans même regarder, Misty lui trace un cercle.

Et Angel place le côté rectiligne de son rapporteur, le bord gradué en centimètres, sur le cercle. Et il fait bien dix centimètres. Il dit : « Tracez-moi un angle de trente-sept degrés. » Deux coups de stylo, un, deux, et Misty inscrit deux sécantes sur le mur.

Lui pose le rapporteur et ça fait exactement trente-sept degrés.

Il demande un cercle de vingt centimètres. Une ligne de douze centimètres et demi. Un angle de soixante-dix degrés. Un S symétriquement parfait. Un triangle équilatéral. Un carré. Et Misty les trace tous en l’espace d’une seconde.

À en croire la règle, le rapporteur, le compas, tous sont parfaits.

« Est-ce que vous comprenez ce que je veux dire ? » demande-t-il. Il lui pointe son compas à la figure et ajoute : « Quelque chose ne colle pas. D’abord ça ne collait pas avec Peter, et maintenant ça ne colle pas avec vous. »

Pour information, juste au cas où, il semblerait qu’Angel Delaporte la préférait quand elle n’était que la grosse putain de pouffiasse. Une bonne au Waytansea Hôtel. Un sous-fifre devant lequel il pouvait étaler sa culture sur Stanislavski ou la graphologie. D’abord elle est l’étudiante de Peter. Ensuite celle d’Angel.

Misty rétorque : « La seule chose que je comprends, c’est que vous êtes incapable d’encaisser le fait que j’ai peut-être en moi ce talent naturel incroyable. »

Et Angel sursaute, étonné. Il relève les yeux, les sourcils arqués par la surprise.

À croire qu’un corps mort venait de parler. Il dit : « Misty Wilmot, voulez-vous bien écouter ce que vous venez de dire ? »

Angel secoue le compas à son adresse et dit : « Il ne s’agit pas seulement de talent. » Il pointe le doigt sur les cercles et les angles parfaits griffonnés sur le mur et ajoute : « Il faut que la police voie ça. »

Occupée à fourrer toutes ses peintures et ses dessins dans son classeur, Misty déclare : « Et pourquoi ça ? » Elle tire la fermeture à glissière et poursuit : « Pour pouvoir m’arrêter parce que je suis une trop bonne artiste ? »

Angel sort son appareil photo et fait avancer sa pellicule d’un cran. Il y adapte un flash sur le dessus. Il cadre Misty dans le viseur et dit : « Il nous faut d’autres preuves. » Il insiste : « Dessinez-moi un hexagone. Dessinez-moi un pentacle. Dessinez-moi une spirale parfaite. »

Et à l’aide de son stylo-feutre, Misty en exécute un, puis le suivant. Le seul moment où sa main ne tremble pas est quand elle dessine ou peint.

Sur le mur devant elle, Peter a gribouillé : « … nous vous détruirons grâce à votre cupidité et vos besoins incessants… » C’est toi qui as gribouillé.

L’hexagone. Le pentacle. La spirale parfaite. Angel prend un cliché de chaque.

Aveuglés qu’ils sont par les lueurs du flash, ils ne voient pas la propriétaire qui passe la tête dans le trou. Elle regarde Angel debout, là, en train de prendre ses photos. Misty, en train de dessiner sur le mur. Et la propriétaire se prend la tête à deux mains et s’exclame : « Mais qu’est-ce que vous fabriquez tous les deux, nom de Dieu ? Arrêtez ! » Elle poursuit : « Est-ce que tout ça serait devenu pour vous un simple projet artistique ? »

Journal intime
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