2

 

Sweeney était comme étourdie. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui venait de se produire, mais elle en ressentait les effets. L’espace de quelques secondes, elle avait éprouvé une attirance incroyable envers Richard Worth – qui, de son côté, l’avait dévorée du regard ! La jeune femme s’inquiéta de ce chatouillement délicieux dans son bas-ventre.

Encore une manifestation étrange, pensa-t-elle. Comme tous ces changements survenus dans sa vie depuis un an.

Les portes d’entrée s’ouvrirent. Kai eut ce sourire qu’il réservait aux clients.

— Sénateur McMillan, Mrs McMillan ! s’exclama-t-il, tout en se dirigeant nonchalamment vers eux. Quel plaisir de vous voir ! Puis-je vous offrir à boire ? Du thé, du café ? Quelque chose de plus corsé ?

Sweeney fit volte-face, tandis qu’une grande perche au look impossible déclarait d’une voix languide :

— Du thé.

Sa demande fut aussitôt étouffée par celle de son mari, qui lança avec autorité :

— Du café. Noir, s’il vous plaît.

À sa vive surprise, Sweeney reconnut le politicien. Elle ne suivait pas l’actualité, mais ce visage apparaissait souvent à l’écran. Le charisme de Carson McMillan lui avait valu de devenir sénateur de l’État de Washington. L’homme exerçait son second mandat. Il avait de l’argent, du charme, une grande intelligence et de l’ambition – tous les ingrédients requis pour postuler à la présidence des États-Unis.

Sweeney le détesta d’emblée.

Était-ce la suavité de ce type qui la rebutait ? Ou bien ce léger dédain qu’exsudait le séducteur patenté, tels ces effluves malodorants qui s’échappent des bouches d’égout ? Carson McMillan appartenait à cette catégorie de leaders politiques qui, en leur for intérieur, pensent que leurs électeurs sont tous des crétins.

Cela dit, l’homme avait de la prestance et dégageait une impression de puissance, Sweeney, qui se passionnait pour les visages, nota qu’il avait la mâchoire carrée des lutteurs de la Rome antique.

Elle décida toutefois qu’elle ne réaliserait pas son portrait. Elle ne tenait pas à passer une minute de plus en sa présence. Ce matérialiste arriviste n’attachait d’importance qu’à l’apparence. Il aurait fallu qu’elle porte des bijoux et des vêtements de prix pour se voir épargné ce regard condescendant, qui s’était par ailleurs outrageusement attardé sur ses seins. Elle faillit afficher son propre mépris, mais se ressaisit par respect pour Candra. Elle tourna les yeux vers la femme du sénateur, disposée à compatir à son égard.

Cette aspiration charitable s’avéra inutile. Mrs McMillan avait une trop haute opinion d’elle-même pour tolérer la sympathie d’un subalterne. Si le sénateur avait peaufiné le rôle qu’il jouait en public, son épouse, elle, n’avait pas pris cette peine. De toute évidence, son mari n’avait pas intérêt à s’intéresser à une femme plus belle ou plus jeune qu’elle – sa carrière n’y résisterait pas.

Mrs McMillan suivait les diktats de la mode : elle était très mince, stylée, et blasée. Ses cheveux blond platine étaient coupés au carré et laissaient entrevoir des boucles d’oreilles en or serties de diamants. En vraie New-Yorkaise, elle était vêtue d’une robe noire faussement austère qui la faisait paraître émaciée, et avait sans doute coûté aussi cher que toutes les possessions de Sweeney réunies.

Kai reparut avec un plateau chargé de tasses fumantes. Voyant que Sweeney se tenait près des McMillan, le jeune homme sacrifia à ses devoirs d’hôte.

— Pardonnez-moi, dit-il, je ne vous ai pas présentés. Sénateur McMillan, voici Sweeney, la portraitiste dont vous a parlé Candra. Sweeney, voici le sénateur Carson McMillan et sa femme, Margo.

Sweeney tendit la main à cette dernière, et eut l’impression d’être un chien donnant la patte. Ce qui n’avait rien d’exagéré, vu le regard que lui lança l’épouse du sénateur. Hautaine, celle-ci ne lui offrit que le bout de ses doigts. Si Carson McMillan postulait un jour à la présidence du pays, ses conseillers devraient s’atteler à une tâche considérable : faire de sa femme une personne aimable, et l’empêcher d’être un handicap dans sa campagne.

La poignée de main du sénateur, par contraste, s’avéra parfaite. C’est probablement la première chose qu’on apprend à un politicien, songea Sweeney : serrer la main de ses électeurs potentiels, Carson McMillan gâcha toutefois son effet en reluquant de nouveau les seins de Sweeney – ce maudit pull-over, pensa-t-elle.

La porte du bureau s’ouvrit et livra passage à Candra, dont la mine inquiète redevint aussitôt souriante lorsqu’elle aperçut les McMillan.

Richard Worth sortit derrière sa femme. Il observa les personnes présentes puis s’avança tranquillement dans leur direction. L’homme d’affaires se mouvait avec aisance, tel un athlète. Sweeney se rappela la publicité pour le Coca Light et imagina Richard nu sur un lit.

— Carson, Margo, comme c’est aimable à vous d’être venus !

La voix de Candra tira Sweeney de sa rêverie érotique. Elle détourna aussitôt les yeux du milliardaire, consciente de l’avoir longuement dévisagé. La jeune artiste sentit ses joues s’empourprer.

Candra s’avança vers le petit groupe. La minijupe de son tailleur beige orangé mettait en valeur ses jolies jambes gainées de soie.

Candra et Margo s’embrassèrent du bout des lèvres. La directrice de la galerie Worth déploya ensuite tout son charme au bénéfice du sénateur. Carson McMillan se pencha vers elle et déposa un baiser sur sa joue. Sweeney nota qu’il avait pressé brièvement les mains de Candra entre les siennes.

— Je vois que Kai vous a déjà offert à boire, nota Mrs Worth.

— Richard ! s’exclama au même moment le sénateur, dont la voix couvrit totalement celle de Candra.

Déjà quelques instants plus tôt, il avait parlé plus fort que son épouse. Sweeney se demanda si l’homme politique avait pour habitude d’interrompre les dames. Il tendit une main que Richard accepta comme à regret.

Carson McMillan alla jusqu’à recouvrir leurs deux poings de sa main libre, en un geste qui visait à convaincre.

— Quelle mine superbe !

— Bonjour sénateur, répondit Richard, laconique.

Sweeney devina que les deux hommes n’étaient pas les meilleurs amis du monde. Richard Worth broya la main du sénateur, dont les phalanges blanchirent.

Un bras de fer, songea-t-elle, fascinée.

— Comment vont les affaires ? s’enquit Carson McMillan, qui blêmissait, prisonnier de la poigne du milliardaire.

— Je ne me plains pas.

Une goutte de sueur apparut sur le front de McMillan. Richard, qui se fatiguait de ce petit jeu, lâcha brusquement la main de son interlocuteur, lequel parut se retenir de masser ses doigts endoloris.

Sweeney détesta encore plus le politicien à l’issue de cette joute absurde.

— Je crois que tu pars pour Rome, Margo, intervint Candra, très mondaine tout à coup.

— Nous ne partons plus. Carson a une réunion impromptue avec le président demain matin, répondit Mrs McMillan d’un ton suffisant.

Son mari se tourna de nouveau vers Richard. Sweeney se balançait d’un pied sur l’autre, impatiente de retrouver son atelier, sa maison, sa peinture. Les discussions en cours – Rome, la bourse – l’ennuyaient. La jeune femme se demandait pourquoi Richard Worth ne plantait pas là les McMillan. Elle évitait son regard, de crainte de se retrouver sous son charme.

— Je suis heureuse que vous ayez pu rencontrer Sweeney, déclara Candra.

La jeune peintre sursauta et regarda la galeriste, qui lui sourit.

— J’ai deux tableaux à elle ici, mais pas de portraits. Ces travaux-là se font sur commande.

Sweeney s’abstint de tout commentaire et serra sa chemise cartonnée. Elle n’avait nulle intention de montrer ses croquis aux McMillan.

— Peu importe, déclara Margo, d’une voix lasse. Puisque tu nous la recommandes, Candra, je suis sûre qu’elle conviendra. Ce qui m’intéresse, c’est le Van Dern dont tu m’as parlé,… Je suis certaine que les couleurs iront très bien dans le salon.

Sweeney faillit lever les yeux au ciel. Van Dern était un arriviste dénué de talent, qui barbouillait des toiles et appelait cela de l’art. Curieusement, ce faiseur plaisait au public.

— Je n’en doute pas, assura Candra en indiquant d’un geste la direction du Van Dern.

Sweeney ne tenait pas à suivre le petit groupe.

— Il faut que je parte, lança-t-elle brusquement.

Elle avait besoin de l’argent des McMillan, mais elle s’entendit pourtant déclarer :

— Je suis navrée, mais je ne pourrai pas exécuter vos portraits, Mrs McMillan. J’ai déjà un engagement.

Sweeney avait peine à croire à sa propre audace. Du moins avait-elle inventé un mensonge charitable. Une gaffeuse n’aurait pas eu cette présence d’esprit.

— Quoi ?!

Margo McMillan en resta abasourdie. Malgré l’air alarmé de Candra, Sweeney ne prit pas le temps de la réflexion. Elle avait un seuil de tolérance assez faible à la bêtise humaine. Il lui fallait quitter les lieux, au risque d’embarrasser son amie. Elle tourna donc les talons et se dirigea sans tarder vers la sortie.

Elle tendit la main vers la porte en verre fumé. Un bras habillé de noir lui bloqua le passage.

— Laissez-moi vous ouvrir la porte, déclara une voix grave. Je m’apprêtais à partir, moi aussi. Au revoir sénateur, Mrs McMillan, Kai.

La jeune femme fut si surprise qu’elle en oublia de prendre congé. Elle se retrouva sur le trottoir avec Richard Worth, dont la présence la troublait autant que sa courtoisie. Sweeney éprouva de nouveau cette sensation délicieuse dans le bas-ventre et se surprit à désirer ardemment l’homme d’affaires. D’où lui venait cette sensualité débridée ?

— Sweeney ?

Richard passa la main devant les yeux de la jeune altiste, qui cilla, puis rougit : elle avait dévisagé Richard, tout en songeant au réveil de ses pulsions sexuelles.

— Excusez-moi. Vous disiez ?

Il eut un petit sourire.

— Je vous demandais si vous vouliez que je vous dépose. Il commence à pleuvoir.

Sweeney leva les yeux vers le ciel, comme de grosses gouttes s’écrasaient sur le bitume. Elle serra ses dessins contre elle, pour les protéger de la pluie.

— Avec plaisir, Richard. Où est votre voiture ?

— Elle arrive.

Richard Worth leva la main. Une Mercedes gris foncé s’avança sans bruit et stoppa à leur hauteur. Il ouvrit la portière arrière, posa, un bref instant, la main dans le dos de Sweeney. Ce contact était tellement inattendu ! Tellement plaisant ! Elle en frémit d’émotion, avant de se reprendre et de s’avancer sur la banquette en cuir beige.

Le milliardaire glissa son grand corps dans l’auto et s’assit à ses côtés.

— Nous ramenons Sweeney chez elle, Edward, lança-t-il à son chauffeur.

— Très bien, monsieur, répondit celui-ci avec une distinction toute britannique. Quelle est l’adresse de miss Sweeney ?

Richard la lui donna, tandis que la jeune femme s’efforçait de se détendre et de goûter le confort des sièges en cuir.

Puis la tentation l’emporta : elle jeta un coup d’œil à Richard, qui lui-même la regardait, tout sourire. Elle lui sourit à son tour.

— Votre seuil de tolérance à la bêtise doit être aussi bas que le mien, remarqua-t-elle, ce qui arracha un rire à son compagnon.

— J’ai cru que vous alliez tout casser sur votre passage, tellement vous étiez pressée de sortir !

— Je ne sais pas lequel des deux est le pire, du sénateur ou de sa femme. Ils m’ont autant déplu l’un que l’autre.

— Tout le monde l’a vu ! Sauf eux, bien entendu. Kai attendait que les choses dégénèrent, conclut Richard d’un ton neutre.

Sweeney se demanda s’il avait eu vent d’une liaison entre Candra et le jeune homme. Cela aurait pu le décider à divorcer. Richard Worth n’était probablement pas de ces hommes qui tolèrent l’infidélité, ou qui essaient de « surmonter le problème » au moyen d’une thérapie conjugale.

Il se mit soudain à pleuvoir à verse. Les passants se réfugièrent dans les entrées d’immeubles et les parapluies fleurirent comme des champignons. Sweeney adorait le bruit de la pluie, qui ce jour-là était particulièrement évocateur. Il la bouleversait, comme un solo de violoncelle. Un frisson la parcourut tout entière. Elle serra ses bras autour d’elle.

— Edward, montez le chauffage, s’il vous plaît. Sweeney a froid.

— Tout de suite, monsieur.

— Je n’ai pas vraiment froid ! protesta-t-elle.

Elle était complexée par cette frilosité anormale, et ne tenait pas à l’avouer.

— C’est juste qu’écouter la pluie me donne la chair de poule.

— Vous frissonniez, rétorqua Richard. Voulez-vous mettre mon manteau sur vos épaules ?

Il l’avait vue frissonner ! Il l’avait donc observée avec attention – et intérêt. Sweeney se demandait ce qui l’émouvait le plus : cette constatation ou la perspective d’être nichée dans le pardessus de l’homme d’affaires, de sentir sa chaleur, son odeur.

— Sweeney ? dit-il en agitant la main devant ses yeux.

Richard souriait.

— Oui ?

— Voulez-vous mon manteau ?

Il l’enlevait déjà.

— Oh, non ! Je suis navrée. Je me suis laissé emporter par mes pensées.

— J’ai remarqué.

En dépit de son refus, Richard Worth l’enveloppa dans le vêtement.

Elle faillit ronronner de plaisir. La sensation se révélait telle qu’elle l’avait imaginée : une chaleur sensuelle et réconfortante. Elle remonta le col du vêtement sur son nez de façon inconsciente, huma le tissu, respira l’odeur de Richard avec avidité, tel le fumeur qui allume sa première cigarette de la journée.

— Il fallait que je fasse quelque chose pour cacher ce pull-over, déclara-t-il d’un ton badin.

— Ce chandail est maudit. Je le brûlerai dès que je serai rentrée chez moi !

— Ne prenez pas cette peine. C’est ce qu’il y a en dessous qui fait des ravages.

Alors lui aussi…

Sweeney se figea sur son siège et détourna les yeux de Richard, affolée à l’idée de ce qu’elle pourrait lire dans son regard. Il la trouvait désirable, et son désir flattait Sweeney, contrairement à la lubricité des autres hommes. Elle était réellement tentée – sans pour autant se sentir prête à succomber.

Pourtant, l’envie de le contempler, d’étudier ses traits, était presque irrépressible. Elle se surprit à fixer les mains de Richard. Des mains à la fois viriles et racées. Qui lui rappelèrent celles du David de Michel-Ange. Carson McMillan avait été stupide de vouloir se mesurer à ces mains-là.

Sweeney ricana au souvenir de la défaite du politicien.

— Je parie que le sénateur n’essaiera plus de vous broyer la main ! s’exclama-t-elle avec malice.

Richard Worth haussa les sourcils.

— Vous avez remarqué cet affrontement puéril ?

— Oui. C’était amusant. McMillan s’est mis à transpirer. J’avais envie d’applaudir !

Richard rit. Il regarda par la fenêtre, vit qu’ils étaient presque arrivés.

— Ce voyage n’aura pas duré longtemps, déclara-t-il, déçu.

Sa compagne ne lui avoua pas pourquoi les feux avaient tous viré au vert à leur approche, ni pourquoi les voitures s’étaient écartées sur leur passage.

— Voulez-vous dîner avec moi ce soir ? lui demanda-t-il.

Richard se tourna vers Sweeney. Sa jambe frôla celle de la jeune femme, et ce contact l’embrasa tout entière. Elle eut une envie soudaine de réduire encore la distance entre eux, pour voir comment il saurait la réchauffer. Très bien, sans doute.

— Oh mon Dieu, non !

Il rit de nouveau.

— Merci de prendre des gants !

Sweeney rougit comme une adolescente. La diplomatie n’était pas son fort.

— Je ne voulais pas dire que… mais vous compliqueriez ma vie. Vous exigeriez du temps, des relations intimes, or j’ai suffisamment à faire en ce moment.

Richard éclata de rire. Sweeney réfléchit à ce qu’elle venait de dire. Elle s’enferra dans sa franchise.

— Et puis il y a Candra. Elle m’a toujours soutenue. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, bien que vous soyez séparés depuis presque un an.

Richard resta silencieux une minute, les yeux rivés sur Sweeney. Il affichait une expression indéchiffrable.

— Je renouvellerai ma proposition, finit-il par dire.

Cette promesse sonnait comme une menace. Richard Worth n’était pas du genre à accepter une défaite.

— Comme vous le voulez, répondit Sweeney, tandis que la Mercedes s’immobilisait devant son immeuble. Mais je refuserai.

Elle enleva le manteau du milliardaire, le lui rendit et mit la main sur la poignée de la portière.

— Ne soyez pas ridicule, dit-il en mettant sa main sur celle de Sweeney. Pourquoi vous faire tremper ? J’ai un parapluie ! Je vais vous reconduire jusqu’à la porte.

— Ça ira, merci.

— Et votre chemise ?

La pluie tombait fort, effectivement.

Sweeney lui lança un regard de reproche.

— N’ayez pas l’air aussi satisfait, grommela-t-elle, sachant qu’il l’avait piégée.

Richard ébaucha un sourire, tendit la main vers le parapluie.

— Vous n’avez pas idée, chérie, de l’air que j’ai quand je suis satisfait !

Non, mais elle l’imaginait – et cette vision lui noua la gorge. Richard se pencha vers elle et embrassa ses lèvres. Un baiser léger – mais dévastateur.

— Pensez-y, souffla-t-il.

Après quoi il poussa la portière, ouvrit le parapluie et sortit de la voiture.

— Pensez-y, répéta-t-elle en le singeant, ce qui lui arracha un nouvel éclat de rire.

Comme Sweeney glissait sur la banquette, sa jupe remonta sur ses cuisses. Qu’il profite de la vue, pensa-t-elle, car il ne fera jamais que regarder.

Ils coururent jusqu’à la porte d’entrée. Puis l’homme d’affaires regagna sa voiture au pas de course. Et Sweeney son univers. Un monde solitaire, inaccessible à la tentation.

Les couleurs du crime
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