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Huy fut placé par une fille à la peau foncée, qui aurait été entièrement nue sans un large collier doré serti de turquoises ovales et une fine ceinture assortie, posée sur ses hanches. Ses seins étaient petits et fermes, les mamelons à peine plus sombres que sa peau. Comme il s’agissait d’une réception, elle avait enfilé des perles de cornaline sur les poils de son pubis.

Il but quelques gorgées du vin qu’elle lui avait offert et passa rapidement en revue les autres convives. Certains portaient au cou des guirlandes odorantes et la plupart des femmes arboraient des cônes à parfum au sommet de leur perruque noire. Dans la salle à colonnade, cinquante personnes étaient réparties par groupes de cinq à de petites tables disposées autour d’un cercle central, où quatre musiciennes étaient assises en compagnie d’une chanteuse.

Huy s’excusa de son retard auprès des trois invités installés à sa table : une femme aux yeux tristes qui lui était inconnue, son époux, un négociant en céréales qu’il connaissait de vue, et un capitaine mézai du nom de Merymosé. Ils avaient l’air réservé, mais pas plus qu’il ne convenait à des étrangers dont on fait la connaissance, et ils se montrèrent assez cordiaux pour qu’il en conclût qu’ils ignoraient son passé ou ne s’en souciaient pas.

« Où est notre hôtesse ? » s’enquit-il en parcourant la salle des yeux.

L’invitation de Taheb l’avait pris à l’improviste, et tout d’abord il avait songé ne pas accepter. Il ne l’avait pas revue depuis la mort d’Amotjou, et si les circonstances de l’époque les avaient forcés l’un et l’autre à une alliance embarrassante, Taheb avait toujours donné l’impression que ses sentiments envers lui n’étaient nullement chaleureux. Pour cette raison même, il avait résolu d’assister au dîner, vaincu par la curiosité. Si elle avait décidé de l’inviter, elle devait avoir un motif. Il fut plus intrigué que flatté en constatant qu’on l’avait placé à une table entourée de chaises, et non des tabourets attribués aux invités moins honorés.

« Elle va se joindre à nous, répondit le négociant en indiquant la chaise vide entre Huy et le Mézai. Elle est allée donner des instructions à son intendant à propos des acrobates. Ils sont arrivés trop tôt et ils ont ensuite un autre engagement.

— Je ne vois pas pourquoi ils ne donneraient pas leur représentation maintenant, dit sa femme d’un air d’ennui.

— Ils gêneraient le passage des serveuses », expliqua son époux avec bon sens.

Elle saisit la mandragore posée devant elle et en huma l’odeur douceâtre, lançant un coup d’œil à Merymosé qui déclina aimablement son invitation.

« Tu ne crois pas que c’est un peu tôt pour ça ? » remarqua le négociant en désignant le fruit.

Marmonnant tout bas, mais sans animosité, la femme reposa le narcotique et soupira.

Un moment de gêne leur fut épargné grâce à l’arrivée de deux jeunes filles chargées de plateaux dorés, où les convives découvrirent du pain au miel, du concombre, des baies, des falafels[8] et – luxe insigne – du bœuf rôti. Une troisième portait une cruche de vin de grenade et remplissait chaque coupe. L’épouse du courtier vida la sienne d’un trait et la tendit pour se faire resservir. L’homme feignit de ne rien voir.

Pour tenter de détourner l’attention de cet incident, Merymosé demanda si quelqu’un avait vu le grand obélisque brut qui était arrivé de la Première Cataracte une semaine plus tôt, et qui depuis lors était resté sur la troisième jetée, un des mâts de charge s’étant effondré au cours des manœuvres.

« Je pense qu’on l’a placé sur des rouleaux de bois, dit le courtier.

— Le quai n’est-il pas trop étroit pour cela ? demanda poliment Huy.

— On peut être reconnaissant que la pierre ne se soit pas fracturée, poursuivit le négociant. Cet obélisque doit être levé et sculpté pour commémorer les victoires de Horemheb au nord sous le règne de Nebmaâtrê Aménophis.

— Alors, cela aurait été des plus malencontreux s’il s’était brisé », dit Huy d’un ton égal, évitant le regard du Mézai.

Bien que le pharaon Aménophis III fût mort depuis plus de vingt ans, les inscriptions de tous les édifices publics étaient modifiées de façon à suggérer qu’il avait été l’immédiat prédécesseur de Toutankhamon, comme si Akhenaton n’avait jamais existé. Pourtant, pendant le long règne d’Aménophis, l’activité militaire avait été très limitée. Et sous Akhenaton, quand l’Empire du Nord avait été perdu, le commandant en chef n’était autre que Horemheb. Le général, âgé de cinquante ans, venait d’être nommé chef de la police et semblait tenir d’une poigne de fer le pharaon de onze ans.

« Je m’étonne que Horemheb ne fasse pas recouvrir son obélisque d’or, ou tout au moins de bronze, observa l’épouse du courtier.

— Pourquoi ? » demanda Huy.

Il se doutait de la réponse. D’ordinaire, seuls les obélisques consacrés au pharaon ou aux dieux étaient recouverts d’un métal précieux. Étincelants au soleil, ils étaient de puissants symboles du pouvoir suprême. La femme le considéra d’un air espiègle.

« Eh bien ! C’est un signe de modestie. »

Son époux se mordit les lèvres.

« Un des forçats du navire a profité de la panique pour s’échapper », dit Merymosé.

Huy crut apercevoir une lueur malicieuse dans les yeux du capitaine. Sa minceur lui donnait une allure juvénile que démentaient les traits de son visage. Merymosé devait avoir environ son âge, peut-être davantage. Huy se demanda quelle était son histoire.

« L’avez-vous rattrapé ?

— Non. Ce problème est d’autant plus sérieux que c’était un prisonnier politique. Un membre de la cour du Criminel. »

Il s’exprimait avec dureté, et Huy comprit que le Mézai tenait véritablement Akhenaton pour un criminel, un traître à son pays. Qui pouvait être le prisonnier évadé ? Huy le connaissait probablement.

« Le maçon responsable est maintenu en détention à la prison du Sud, continua Merymosé. Il s’avère que le prisonnier et lui étaient amants.

— Que va-t-il devenir ? interrogea la femme du courtier, qui avait réussi à s’emparer d’une cruche de vin au passage d’une serveuse et la gardait à côté d’elle, sur la table.

— Si dans cinq jours le prisonnier n’est pas repris, le maçon aura la gorge tranchée, dit le policier en écartant les mains.

— Et s’il est repris ?

— Alors le prisonnier sera empalé, et le maçon perdra son nez et sa main droite. »

Merymosé conservait une voix neutre, mais Huy y décela de la répugnance. Il observa le capitaine avec curiosité, remarquant pour la première fois les plis amers aux commissures des lèvres.

La femme vida sa coupe, et la remplit.

« Les malheureux ! dit-elle avec une grimace de pitié. L’un perd la vie pour avoir suivi un mauvais chef, l’autre risque de la perdre, et au meilleur des cas d’être réduit à la mendicité. Quel pays que le nôtre !

— Tais-toi ! » souffla le courtier.

Merymosé baissa les yeux et planta son couteau de bronze dans sa nourriture. Il avait certainement entendu. Sans se soucier de cela, l’épouse du courtier fit glisser son pied le long du mollet de Huy, sous la table, et lui dit en le fixant entre ses cils lourds :

« Quels muscles ! Quel métier fais-tu ? »

Les deux luthistes et la joueuse de double flûte avaient commencé à explorer une mélodie très simple, sur laquelle la quatrième musicienne battait un rythme doux de son tambourin. La chanteuse, pour l’instant, restait assise en silence. Son tour viendrait plus tard, lorsque le festin aurait dégénéré. Déjà plusieurs convives étaient ivres. De l’autre côté de la salle, une femme avait appelé pour se faire apporter la bassine de cuivre, et y vomissait, soutenue par deux filles au visage masqué.

Huy vit Taheb apparaître à l’autre bout de la salle et passer de table en table, conversant brièvement avec chacun de ses invités pendant que les servantes ôtaient les assiettes, apportaient les plats suivants et remplaçaient les cônes à parfum fondus sur la tête des dames. Elle était vêtue d’une robe plissée bleue aux motifs somptueux, qui tombait toute droite de la taille au sol. Ses yeux, fardés de malachite et de galène, paraissaient à la fois plus grands et plus profonds que dans son souvenir. Elle était parée d’un mankhet, grand collier qui descendait sur sa gorge jusqu’à ses seins, composé de rangs de perles alternant le lapis-lazuli et la cornaline, et maintenu en place dans son dos brun, sous sa chevelure foncée, par un contrepoids d’argent. Elle ne portait plus de perruque. Depuis la dernière fois, sa silhouette avait perdu sa maigreur anguleuse. Elle traversait gracieusement la salle vers eux, l’incluant dans un sourire dont la chaleur était sincère et non de pure forme. Le bonheur redécouvert pouvait-il, si rapidement, provoquer une telle métamorphose ?

Elle prit des guirlandes fraîches des mains d’une servante et s’approcha de leur table pour en déposer une autour du cou du courtier, de son épouse, de Merymosé et pour finir, de Huy.

« Je suis heureuse que tu aies décidé de venir, dit-elle d’un air qui lui révéla qu’elle s’était attendue à un refus. J’ai souvent pensé à toi, depuis notre dernière rencontre.

— Je suis heureux de voir que tu as si bien pris le dessus.

— Cela n’a pas été facile. Aset a contesté le testament.

— Qu’avait écrit Amotjou ?

— Il ne me laissait rien. Ni aux enfants. On aurait dit que nous n’existions pas. La moitié allait à sa sœur, l’autre à sa maîtresse. Du fait que Moutnéfert avait péri avec lui, Aset réclamait la totalité.

— Elle a peut-être été mal conseillée.

— Ne prends pas sa défense, répliqua Taheb en le dévisageant d’un air pénétrant. Je sais ce qu’elle était pour toi, et quel traitement elle t’a réservé.

— Chacun doit considérer ses propres intérêts, dit Huy, qui se surprit à sourire.

— Il est vrai. N’empêche qu’Aset est une garce, doublée d’une égoïste. »

Huy n’eut pas besoin de répondre – à supposer qu’une réponse fût attendue – car le teint de la femme du courtier avait viré au gris. Elle agrippa le poignet d’une serveuse qui passait.

« Apporte-moi la bassine de cuivre », ordonna-t-elle d’une voix mal assurée.

Les plats succédaient aux plats avec un tel dédain pour l’économie qu’on n’y voyait ni poisson, ni canard, ni porc, et que les vins de Kharga et de Dakhla suivaient une profusion de pièces de bœuf, d’oie, de mouton et d’aigrette. Habitué à une nourriture frugale, Huy mangeait et buvait peu ; il remarqua que Merymosé et Taheb faisaient de même. Toutefois, à mesure que la soirée s’avançait, le courtier en céréales se fit plus expansif ; sa femme devint de plus en plus pâle et taciturne. Les acrobates, convaincus de rester, vinrent donner leur représentation après que les tables eurent été débarrassées, mais à cette heure tardive peu de convives leur accordèrent de l’attention.

Huy regarda les étoiles pâlir dans la voûte céleste, au-dessus des colonnes rouge et or. Puis le firmament passa avec une infinie lenteur par toutes les nuances du gris au violacé. Huy frissonna dans la clarté de l’aube. Taheb les avait quittés pour faire une dernière fois le tour des tables. Le courtier et sa femme s’étaient endormis.

« Veux-tu marcher un peu avec moi ? proposa Merymosé.

— Certainement. »

Huy n’avait pas l’intention de rechercher l’amitié d’un Mézai, mais il connaissait la valeur d’un allié. Le capitaine gardait une expression énigmatique – par habitude professionnelle, sans doute. Huy résolut de lui apprendre qui il était, espérant que c’était un homme en qui il pouvait placer sa confiance. Cela n’était pas sans risque, car cet homme éprouvait de l’amertume à l’encontre d’Akhenaton. Mais quel progrès attend celui qui ne tente rien ?

Ils allaient se lever quand l’intendant de Taheb s’avança vers eux, la mine préoccupée, suivi d’un jeune homme tout aussi inquiet : un gendarme, dont le soulagement à la vue de Merymosé fut manifeste.

« Qu’y a-t-il ? demanda le capitaine.

— On a besoin de toi. On m’a envoyé te chercher. Des chevaux nous attendent au-dehors.

— Des chevaux ? répéta Merymosé en arquant les sourcils. Que s’est-il passé ?

— Mon capitaine, je ne peux faire mon rapport devant tous ces gens. »

La moitié des invités était plongée dans l’ivresse, l’autre dans le sommeil, mais le jeune gendarme avait les yeux fixés sur Huy. Le capitaine se tourna vers celui-ci d’un air d’excuse.

« Voudrais-tu aviser Taheb de mon départ ? Je suis désolé que notre promenade tourne court.

— C’est dommage, en effet.

— L’occasion s’en représentera peut-être. J’aimerais en savoir plus sur toi. »

Une sonnette d’alarme retentit dans le cœur de Huy, qui répondit toutefois :

« Taheb sait où me trouver. »

Merymosé tourna brusquement les talons et partit, escorté par l’intendant et le gendarme. À table, le courtier ronflait doucement. Sa femme s’agita et tourna la tête vers son époux. Le sommeil avait effacé la crispation de ses traits et les rajeunissait. Ses lèvres pincées s’étaient adoucies, les rides sur son front et aux coins de ses paupières s’étaient estompées. Il y avait dans son expression quelque chose d’enfantin et de vulnérable, mais la tristesse demeurait, pleine de sens pour Huy dans le petit jour froid.

Quelle affaire avait donc obligé le Mézai à partir si précipitamment ? L’envoi de chevaux indiquait un événement de quelque importance. L’usage de ces animaux rares était normalement réservé à la famille royale, à l’aristocratie, et à de petites unités de cavalerie au sein de l’armée.

« À quoi penses-tu ? voulut savoir Taheb, qui était debout près de lui.

— Le capitaine a été convoqué. Je me demandais pourquoi.

— C’est bien dommage.

— C’est bien mystérieux.

— Au moins, tu as pu bavarder avec lui.

— Est-ce pour cela que tu m’as invité ?

— Tu devrais prendre garde, dit-elle en souriant, ou ton travail te rendra soupçonneux à tout propos. Nos actes ne sont pas toujours dictés par une arrière-pensée, tu sais.

— Pardonne-moi. »

Elle posa la main sur son bras, en un contact tiède et confiant.

« Mais tu as raison, sans doute, de te demander pourquoi je t’ai invité ici après si longtemps. Il est vrai, poursuivit-elle, pesant ses mots, que je voulais te faire rencontrer Merymosé. C’est un véritable ami, et de longue date. Je pensais qu’il te serait utile de connaître un homme digne de confiance parmi les Mézai.

« Je n’avais rien fait pour t’aider, continua-t-elle, perdant un peu de son assurance coutumière sous le regard de Huy. Je ne savais pas si mon aide serait vraiment la bienvenue. Et puis, après la mort d’Amotjou il y a eu tant de dispositions à prendre ! »

Huy se souvint que son premier geste avait été de lui régler les honoraires dont il était convenu avec son époux. Il avait voulu refuser, mais la nécessité avait eu raison de sa fierté.

« J’aurai d’autres occasions de rencontrer Merymosé et de converser tranquillement avec lui. Sait-il qui je suis ?

— Je ne le lui ai pas dit, mais s’il est curieux il lui suffit de consulter les archives.

— Il n’a aucun lieu de soupçonner que mon nom y figure.

— C’est un bon policier. Il n’apprécie pas le rôle politique que Horemheb fait jouer aux Mézai. Que lui as-tu dit de tes activités ?

— Que j’étais à mon propre compte. Il n’a pas insisté davantage.

— Et s’il l’avait fait ?

— Alors je pense que je lui aurais dit la vérité. Tu es un bon juge des caractères, Taheb.

— Ne crois pas, dit-elle en lui pressant le bras, que cette invitation avait pour seul propos une rencontre entre toi et Merymosé. Reviens me voir. »

 

Le soleil effleurait les toits lorsque Huy descendit vers le quartier populeux où il habitait. Même si par cette saison morte il y avait moins de monde que d’habitude, les rues étroites commençaient déjà à s’animer. Marchant d’un pas vif pour s’éclaircir les idées, il décida de faire un détour par le port pour voir l’obélisque. Après l’atmosphère stimulante de la veille, la brève élévation à l’existence des riches, la compagnie d’autres personnes, il revenait à la réalité. Nul ne l’attendait, nul ne se préoccupait de savoir s’il avait ou non du travail. La perspective de l’oisiveté le démoralisait plus encore. Il se rappela ses derniers jours à la cité de l’Horizon, quand il traînait sans but du côté du port en ruine, pour tuer le temps. Il lui semblait que depuis lors il n’avait pas avancé d’un pouce, mais l’invitation de Taheb et sa rencontre avec Merymosé avaient excité son cœur : il devait y avoir un motif pour que cela fût arrivé à ce moment précis. Ou Horus essayait-il simplement d’organiser sa vie à sa place ?

Après toute une semaine, l’obélisque n’était plus un objet de curiosité. Le courtier en céréales avait dit vrai et le monolithe reposait désormais sur des rouleaux de bois, mais Huy était le seul spectateur tandis qu’une équipe restreinte d’ouvriers, supervisée par un contremaître, enroulait un harnais compliqué de cordes autour de la vaste structure. Ils travaillaient dur et vite, aussi leur tâche fut-elle bientôt terminée. Un bouvier amena un troupeau de dix bœufs, qui furent attelés par des jougs aux câbles de halage. En moins d’une demi-heure, au milieu des cris et des claquements de fouet, la grande masse de granit s’ébranla, glissant sur les rouleaux de bois avec une lenteur extrême. Une nouvelle équipe d’ouvriers récupérait à l’arrière les rouleaux devenus inutiles et se hâtait de les placer sous le nez de l’obélisque, pendant que les bœufs, leur tête patiente baissée sous l’effort, continuaient courageusement leur progression sur la place du port brûlée par le soleil.

Huy avait été rejoint par une petite bande d’enfants qui s’étaient arrêtés sur le chemin de l’école, et dont les regards curieux se divisaient entre les bêtes et lui – ce drôle d’individu qui paraissait ne rien avoir à faire. Gêné, il traversa la place dans la même direction que l’équipe de halage, qu’il eut tôt fait de dépasser, et s’enfonça dans le dédale de ruelles du sud de la cité, où il résidait. Le jour était déjà chaud, et les odeurs mêlées de poisson et d’épices, si familières qu’il les remarqua à peine, montaient à sa rencontre.

Comme celles de ses voisins, sa demeure comportait deux étages et une façade étroite, surmontés d’une toiture en terrasse. Elle était pourvue d’une arrière-cour et, privilège appréciable, donnait non pas sur une autre rangée de maisons similaires, mais sur une petite place. À cette heure du jour, celle-ci était complètement déserte, la plupart des habitants du quartier travaillant sur le Fleuve ou sur les marchés, ce qui signifiait qu’ils se levaient et partaient avant l’aube. Quant aux autres, ils exerçaient un genre tout différent de profession – dans les bordels ou les tavernes –, et ne seraient donc pas debout avant midi. Huy, qui avait cherché consolation depuis qu’Aset l’avait quitté, connaissait quelques-unes des filles.

Il s’arrêta à l’entrée de la place pour contempler sa maison. Devant son aspect si totalement abandonné, l’idée lui vint de ne pas y entrer, mais de tourner à gauche pour suivre la venelle sur deux cents pas, jusqu’à la seconde place sur laquelle elle débouchait. Là, sous une pancarte décolorée annonçant la « Cité des rêves », une porte minable en bois d’acacia conduisait à une enfilade de pièces en sous-sol. À l’intérieur, en échange d’un modeste qite d’argent, on pouvait à toute heure boire, manger ou faire l’amour. La maquerelle, une énorme Nubienne d’une quarantaine d’années nommée Noubenéhem, avait dit à Huy lors de sa première visite qu’elle vendait de la consolation sans interruption.

Mais ce genre de réconfort ne lui était plus d’un très grand secours. Il lui fallait quelque chose de plus absolu : une remplaçante pour Aset, et non un substitut. Il écarta l’idée et traversa la place vers son logis.

Glissant les doigts derrière la porte en grossier tamaris, il effleura le verrou de pierre qu’il trouva déjà ouvert.

Sur ses gardes, il poussa la porte et descendit les trois marches qui donnaient directement dans le salon aux murs chaulés. Il constata d’un coup d’œil que tout était en place. Une table basse et trois chaises formaient l’essentiel du mobilier, ainsi qu’une estrade en brique où étaient étalés la natte en palmier et le drap de lin brodé qui lui servaient de lit de repos pour la sieste de l’après-midi. Les effigies de Bès et d’Horus contemplaient la pièce, imperturbables, du haut de leurs niches respectives.

Immobile au centre du salon, Huy tendait l’oreille, à l’affût du moindre son en provenance de l’étage. Rien ne se faisait entendre au-dessus du plafond de bois, mais cela ne prouvait pas nécessairement qu’il n’y avait personne en haut.

Le regard rivé sur l’escalier menant aux deux chambres à coucher, il se dirigea à pas de loup vers le fond de la pièce, où un passage masqué par un rideau donnait accès à la cuisine et, plus loin, à la salle de bains. Il ne trouva rien ni dans l’une ni dans l’autre, mais manifestement toutes deux avaient été utilisées. Dans la salle de bains, la dalle de calcaire sur laquelle il faisait sa toilette était humide, ainsi que le muret qui l’entourait. Les récipients à eau en poterie rouge étaient vides et une serviette de lin brut, bien que soigneusement pliée, avait visiblement servi. Dans la cuisine, un quignon de pain aux aromates était abandonné sur un plateau de bois, à côté d’un gobelet où restaient quelques gouttes de bière rouge.

Huy s’apprêtait à inspecter l’arrière-cour lorsqu’un faible bruit le pétrifia. Quelqu’un descendait l’escalier. Il remonta rapidement le court passage qui reliait la cuisine au salon et écarta le rideau.

L’homme s’immobilisa sur la marche où il se trouvait et le fixa d’un air mi-sournois, mi-suppliant. Il était grand, âgé d’une quarantaine d’années ; les lignes de son visage suggéraient une impression de force jusqu’au moment où l’on remarquait la mollesse du menton, les lèvres larges, les yeux de gazelle. Ne l’ayant jamais vu sans sa longue chevelure, emblème du pouvoir, Huy ne le reconnut pas, tout d’abord. Puis soudain, avec un sentiment ambigu, il sut qui était son visiteur.

« Sourérê !

— En personne. »

L’ancien nomarque et l’ancien scribe se saluèrent avec une cordialité circonspecte, incertains du rapport de forces qui s’instaurerait maintenant que le premier avait perdu toute autorité. Sourérê parut caresser l’idée de se prévaloir du rang dont il jouissait à la cité de l’Horizon, mais si ce fut le cas, il y renonça très vite. Il n’était qu’un prisonnier évadé et il ignorait où Huy avait placé sa loyauté. Il arbora un sourire.

« Je m’en remets à ta miséricorde. J’espère que ma confiance n’est pas injustifiée.

— Comment m’as-tu trouvé ? »

L’homme eut un léger haussement d’épaules.

« Dans les camps de travail, la rumeur courait que tous n’avaient pas été arrêtés. Les fonctionnaires subalternes avaient été tenus pour quantité négligeable… »

Il laissa sa phrase inachevée, regrettant les termes qu’il avait employés, puis se hâta de revenir en terrain plus sûr.

« Les marins du navire avaient ouï dire qu’un ancien scribe avait aidé à démanteler un réseau de pirates qui sévissait sur le Fleuve. Bien entendu, j’ignorais que c’était toi, car ils ne connaissaient pas ton nom. Puis-je descendre ?

— Certainement. »

Huy abandonna la pose menaçante qu’il avait adoptée involontairement. S’enhardissant, Sourérê descendit dans la pièce sur ses jambes aussi grêles que les pattes d’un phasme.

« Ce fut véritablement par la grâce d’Aton que la barque sur laquelle je me trouvais a accosté ici, reprit-il. Je savais qu’il ne pourrait y avoir de meilleur lieu pour se cacher et trouver de l’aide que la capitale du Sud.

— Que vas-tu faire ? »

Huy ne voulait pas de lui dans sa maison. Sourérê était un homme difficile à vivre. Il avait toujours été un des plus zélés fonctionnaires d’Akhenaton, et en même temps un de ceux dont la dévotion était la plus aveugle. Cette allégeance avait été récompensée par la faveur particulière de la grande reine Néfertiti, bien que son adhésion à l’enseignement d’Aton eût été sincère et profond, totalement exempt des motivations politiques de maints d’entre ses confrères. Son homosexualité n’avait aucune part dans le jugement que Huy portait sur lui. Le sentiment exacerbé de sa propre rectitude avait valu beaucoup d’ennemis à Sourérê, d’autant qu’il était toujours prêt à sacrifier n’importe quoi – et n’importe qui – pour parvenir à ses fins, fermement convaincu que le bien-fondé de ses actes justifiait tous les moyens.

« Je me cache depuis une semaine, et je recherche les amis qui partagent l’ancienne foi. C’est difficile de poser les questions nécessaires sans éveiller de soupçons, surtout quand on est chaque jour plus fatigué, plus sale, plus loqueteux ; surtout quand on a le crâne rasé et que les Mézai poursuivent un prisonnier politique en fuite.

— Alors tu as de la chance de m’avoir trouvé, conclut Huy, omettant de relever que sa question était restée sans réponse.

— Au port, les marins des navires convoyant de l’or m’ont indiqué ta maison. Je ne pense pas avoir éveillé leur curiosité. Ils semblaient te tenir en haute estime. Je suis venu hier, à la nuit tombée. Comme tu n’étais pas là, je me suis introduit chez toi, je me suis lavé et sustenté. Je savais que tu ne refuserais pas l’hospitalité à un vieil… ami.

— Néanmoins, tu as pris des risques. Et tu as mis ma vie en péril. Si les Mézai t’avaient découvert ici… »

Sourérê se rebiffa au souvenir de leur différence de rang mais, alors même qu’une réprimande lui montait aux lèvres, il domina sa colère. Cela n’avait pas échappé à Huy, qui remarqua également un autre détail.

« Les prisonniers sont marqués au fer rouge. Toi, tu ne portes aucune flétrissure.

— Seuls les criminels sont marqués. Pas les prisonniers politiques. »

Huy l’observa en pensant au tailleur de pierre que la police exécuterait d’ici cinq jours, faute d’avoir repris le fugitif.

« Quels sont tes plans ? » répéta-t-il.

Sourérê écarta les mains. Ce geste typique du petit peuple était curieux de la part d’un homme aussi raffiné. Peut-être avait-il pris des habitudes vulgaires dans les camps de détention. C’était la seule explication, même si elle ne satisfaisait pas Huy.

« J’ai besoin de vêtements. Et d’une perruque, foncée et raide. J’ai aussi besoin de sandales et d’un couteau. »

Huy l’interrompit. Ce ton impérieux ne lui plaisait pas. C’était là un trait de caractère qui n’avait pas changé chez son interlocuteur. Cependant, un doute continuait de le tarauder.

« Où iras-tu ? Que feras-tu ? insista-t-il.

— Je cheminerai vers le nord-est, répondit Sourérê, posant sur lui son regard perçant. Il existe une mince bande de terre entre le nord de la mer orientale et la Grande Verte. Je la traverserai et je pénétrerai dans l’ancien Empire du Nord.

— Mais nous avons perdu la région ! Elle est tombée tout entière aux mains des pillards du désert, et la côte est contrôlée par les rebelles Azirou et Zimrada.

— Ils ne peuvent surveiller toute cette étendue. Si besoin est, je conduirai mon peuple au fin fond du désert septentrional et j’y établirai une colonie.

— Ton peuple ?

— Oui ! s’écria l’ancien nomarque, ses yeux sombres étincelant de colère. T’imagines-tu que nous soyons les seuls restés fidèles à la foi d’Aton ? Oh ! J’ai bien remarqué que tu as dans ta maison des représentations des anciens dieux, mais je ne puis concevoir que tu sois retourné à eux. Tu les conserves ici pour écarter les soupçons. »

Ce n’était vrai qu’en partie. Huy ne s’était jamais tout à fait affranchi des croyances anciennes. Bès le nain à tête de lion et Horus à tête de faucon, fils d’Osiris, avaient toujours occupé une place secrète dans son cœur. Il se pouvait aussi, pour être honnête, que leur ascendant sur lui se fût accru à mesure que déclinait l’influence d’Aton, d’autant que, peu de temps auparavant, l’amulette d’Horus qu’il portait au cou lui avait sauvé la vie.

« Où crois-tu trouver des partisans ? Horemheb a décrété la mort d’Aton.

— Un général ne donne pas d’ordre aux dieux ! Loin au sud, hors de l’atteinte de Horemheb, le Temple du Joyau perpétue le culte. Et au nord aussi il y a des avant-postes. De petits centres où la vraie foi conserve sa vigueur.

— Qu’en sais-tu ?

— Nous, les forçats, on nous transporte de camp de travail en camp de travail, de carrière en carrière, d’oasis en oasis, de mine en mine. Les nouvelles voyagent avec nous. On peut bien chercher à briser notre résistance, on ne brisera jamais notre âme. Et il est une chose, encore, à laquelle j’aspire.

— Quoi donc ?

— La vengeance, dit Sourérê avec un mince sourire.

— Aton enseigne la clémence.

— Aton enseigne la justice. Là où il y a eu trahison, il doit y avoir un châtiment. Mais tu as raison, toi aussi. Ne t’inquiète pas. Je n’agirai pas avant d’avoir reçu mes instructions. »

Méfiant, Huy observait l’ancien gouverneur de région, dont l’expression s’était faite plus paisible, et le corps plus détendu.

« Des instructions ? De qui ? »

Sourérê affronta son regard et répondit :

« De Dieu. »

 

Huy résolut d’aider Sourérê, bien qu’il ne fût pas sûr de son chemin dans l’arrière-pays gris du zèle religieux, où le cœur est traqué par les démons de la folie. Il nourrit son ancien maître, lui trouva de nouveaux vêtements puis, vu que lui-même arborait sa chevelure naturelle, s’en fut à la Cité des rêves, où il savait qu’on ne lui poserait pas de question, pour convaincre Noubenéhem de lui procurer une perruque masculine. Comme il l’avait espéré, la grosse Nubienne se montra peu curieuse. Toutefois, elle réclama un prix élevé en échange de ce service urgent.

« Une perruque, assez bonne pour un noble ? Ma foi, ce n’est sûrement pas pour toi. D’ailleurs, tu n’as pas l’air de devenir chauve.

— Combien ?

— Une pièce d’or, répondit Noubenéhem après réflexion.

— Une pièce entière ? »

Elle hocha la tête, d’un air de regret mais résolue.

« Si tu en veux une belle, et si tu la veux aujourd’hui. »

Huy avait songé à aller chez Taheb solliciter son aide – elle avait paru plus qu’amicale la veille – mais il ne la connaissait pas aussi bien que cette maquerelle obèse. Taheb était trop fine pour ne pas deviner ce que cachait la requête d’une perruque masculine.

Impossible de douter, en revanche, de la discrétion professionnelle de Noubenéhem.

« D’accord, dit-il, sachant que tout marchandage serait vain.

— Reviens à la nuit tombée, lui dit-elle, avant d’ajouter en le regardant droit dans les yeux : Trouve le temps de rester, si tu peux. Kafy est libre ce soir. Je sais qu’elle te plaît, et elle n’arrête pas de chanter tes louanges. »

 

Préoccupé, Huy regagna rapidement sa rue, soulevant de la poussière sous ses sandales. Dans la lumière ardente, un chat étique jaillit en travers de son chemin et alla se pelotonner dans une ombre large comme la paume à la base d’un mur, d’où il le fixa, indigné, de ses yeux pâles aux pupilles semblables à celles des crocodiles. Détournant son regard du félin, Huy vit Merymosé et trois officiers mézai qui attendaient devant sa porte. Déjà Merymosé l’avait aperçu. Sans savoir comment, il réussit à ne pas modifier son allure et avança sans accélérer ni ralentir, calculant le temps qu’il lui restait pour recouvrer son sang-froid. La trentaine de pas qui le séparait des policiers n’y suffirait pas. Quelques-uns des passants jetèrent des regards curieux sur le groupe immobile. Huy avait la certitude que personne n’avait vu ni entendu Sourérê durant le court laps de temps que ce dernier avait passé chez lui, mais il avait laissé le fugitif endormi, et rien ne pourrait les sauver l’un et l’autre si les Mézai entraient.

Merymosé le salua d’un ton neutre. Au moins, il n’y avait pas trace d’agressivité sur son visage et dans sa voix, ce qui procura à Huy un bref réconfort. Le capitaine n’avait pas recueilli de dénonciation. Une éternité semblait s’être écoulée depuis qu’ils s’étaient séparés, alors que ce n’était qu’à l’aube de ce même jour. À en juger par ses traits tirés, le Mézai était aussi fatigué que lui.

« Je ne m’attendais pas à te revoir si tôt.

— Moi non plus. »

Le Mézai parlait d’un ton sévère, mais cela provenait peut-être avant tout du caractère officiel de sa visite. Huy s’interrogea sur la présence de l’escorte et se demanda quand il lui faudrait ouvrir sa porte aux policiers.

« Tu ne m’as pas parlé de ton passé, la nuit dernière, reprit Merymosé.

— Je n’ai pas eu conscience que cela t’intéressait.

— Cela aurait pu être embarrassant pour moi d’être vu en compagnie d’un ex-fonctionnaire du Grand Criminel. Taheb aurait dû m’avertir.

— Elle a certainement pensé que nous aurions beaucoup à nous dire et, pour cette raison, nous a placés à la même table. Quant à moi, je n’ai en rien enfreint l’édit qui m’empêche d’exercer le métier de scribe. Si tu as consulté mon dossier, tu sais assurément que je suis l’objet d’une surveillance régulière et que, après tout, je ne suis qu’une minuscule épine dans le pied de l’État. Je doute qu’il remarque mon existence.

— Souhaitons que tu ne sois rien de plus. Ces hommes vont fouiller ton domicile. Simple affaire de routine. On a inspecté les demeures de tous les anciens serviteurs du Grand Criminel afin de retrouver la trace du prisonnier en fuite. Pour moi, j’ai le sentiment que même si tu l’as aidé, tu es beaucoup trop intelligent pour nous en laisser l’indice.

— Alors pourquoi es-tu ici ?

— D’abord, laissons ces hommes faire leur travail. »

Il désigna la porte d’un geste péremptoire, et le bracelet de bronze, emblème de sa fonction, brilla d’un éclat mat à son poignet.

Brusquement oppressé par un poids à la base du sternum, et mesurant le prix de cette belle liberté qu’il était sur le point de perdre, Huy ouvrit la porte et s’écarta. La chaleur du soleil sur son visage ne lui semblait plus réelle. Il regarda les trois policiers entrer l’un après l’autre dans sa maison comme il eût regardé des acteurs. Devait-il, selon la coutume, leur proposer du pain et de la bière ? Cette visite était de nature trop officielle ; d’ailleurs, dans un moment tout serait fini. Il se surprit à regretter de n’avoir pas mieux lié connaissance avec Taheb, lorsque l’occasion s’en était présentée. Elle aurait pu lui être d’un réel secours. Il aurait dû abandonner Sourérê à son sort. Il aurait dû le dénoncer sans tarder. Peut-être eût-il alors été rétabli dans ses fonctions de scribe. Peut-être…

Ils étaient debout dans la rue, face à face. Huy observait le cadre familier comme si les dieux l’avaient soudain placé derrière un écran invisible. Une demi-heure plus tôt il en faisait partie, il y avait sa place, il ne faisait l’objet d’aucune suspicion particulière. Il aurait voulu n’avoir encore qu’un simple problème de solitude et d’emploi, deux broutilles dont il s’était fait une montagne. Le chat étique passa en courant, et Huy ne put croire que c’était l’animal qu’il avait vu quelques minutes plus tôt. En réalité, c’était lui qui n’était plus le même. Comment pouvait-il être victime d’un tel cataclysme sans que son univers s’en trouve ébranlé ?

Merymosé ne marquait aucun désir d’entrer dans la maison mais attendait, nonchalant, ignorant les regards des passants. Les bras croisés, légèrement penché en avant, il écrasait machinalement le sol sous son talon. L’idée surgit dans le cœur de Huy que c’était un comportement bien étrange de la part d’un homme convoqué huit heures plus tôt par ses supérieurs, de façon si urgente qu’ils lui avaient envoyé un cheval. Mais il écarta ce problème de ses pensées. Quelle importance cela aurait-il pour lui, dans quelques minutes ? Après tout, sa situation était l’aboutissement du processus déclenché par cette convocation.

Il scruta les profondeurs de sa maison. Combien de temps avait passé depuis que les policiers y étaient entrés ? Ils l’avaient sûrement trouvé. Sans qu’il pût l’empêcher, l’espoir, ce démon insidieux et enjôleur, grandissait dans son cœur. Cela ne se pouvait pas, non, cela ne se pouvait pas. Même s’il était parti, Sourérê aurait laissé des indices. Il n’aurait pas pensé à dissimuler les traces de son passage.

Alors que ces idées se bousculaient en lui, le premier policier reparut, rapidement suivi par ses deux collègues. C’étaient des jeunes gens de dix-sept ou dix-huit ans, et toute cette histoire de perquisitions, passionnante au début, avait perdu son attrait. Leurs visages étaient mornes et fatigués.

« Alors ? demanda Merymosé, pour la forme.

— Rien, mon capitaine. »

Conscient que Merymosé le dévisageait, Huy se força à conserver une expression indifférente, voire détendue. Il se savait piètre comédien et ne doutait pas que ses efforts seraient flagrants, toutefois le capitaine ne sourcilla pas.

Il renvoya les gendarmes mais ne fit pas mine de partir. Aussitôt, Huy se prépara à une inspection plus minutieuse, plus experte de sa demeure, inspection qui révélerait… Quoi donc ? Sourérê était arrivé les mains vides et il était certainement reparti de même, à moins qu’il eût emporté quelques-unes de ses maigres provisions, ou découvert la vieille boîte en sycomore contenant la poignée de cuivre, d’or et d’argent qui restait des honoraires versés par Taheb, et que Huy conservait dans un trou derrière une brique descellée, sous le chevet du lit.

Le Mézai sembla prendre une décision.

« Viens avec moi, dit-il. Je veux te montrer quelque chose. »

La cité des rêves
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