CHAPITRE XVIII

Poirot s’assit, étira ses jambes et soupira :

— Ah ! cela va mieux…

— Si vous me permettez un conseil vous ne devriez pas porter des chaussures vernies à la campagne. L’ennui avec vous est que vous voulez toujours être chic. Vous vous souciez plus de l’apparence de vos vêtements et de vos moustaches que du confort. Pour moi, le confort est une invention merveilleuse. Après la cinquantaine, je trouve même que c’est la seule chose qui compte.

— Chère madame, je ne suis pas certain de partager votre opinion.

— Vous avez tort car au fur et à mesure que passeront les années, vous serez appelé à souffrir de plus en plus.

Là-dessus, elle ouvrit une boîte au couvercle coloré, et prit une petite quantité de son contenu qu’elle fit disparaître dans sa bouche. Essuyant ses doigts avec un mouchoir, elle articula d’une voix embarrassée :

— Poisseux !

— Ne mangez-vous plus de pommes ?

— Je vous ai déjà dit que je ne voulais plus voir de pommes.

— Et que mangez-vous en ce moment ? Poirot prit le couvercle sur lequel était peint un palmier. Dattes de Tunis. Tiens, tiens. C’est assez extraordinaire !

— Vous trouvez ? Pourtant, bien des gens en mangent.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Ce que je juge extraordinaire, c’est que, toujours, vous m’indiquez la direction, comment dirais-je, le chemin que je dois prendre ou que je devrais déjà avoir suivi. Jusqu’ici, je n’ai pas réalisé à quel point les dattes étaient importantes.

— Je ne vois pas quel rapport il y a entre les dattes et ce qui vient d’arriver ?

— Vous avez sans doute raison, mais tout événement présent a un passé. Un passé qui fait encore partie du présent, mais qui existait déjà hier ou le mois, l’année précédente. Il y a un an, ou deux, ou trois, un crime a été commis dont une enfant fut témoin et à cause de cela, elle est morte il y a quatre jours. C’est votre avis, n’est-ce pas ?

— Oui, enfin… c’est tout au moins mon impression. Il est néanmoins possible que nous fassions fausse route, en tenant pour crime prémédité ce qui n’est peut-être que le geste d’un dément.

— Ce n’est pas cette conviction qui vous a poussée à venir me trouver, madame.

— Non, je l’admets. Je n’aimais pas la manière dont se présentait l’affaire. Et vous savez, j’éprouve encore le même sentiment.

— Vous avez mis le doigt sur le point sensible et je partage votre point de vue, quoique vous n’ayez pas l’air très convaincue de ma bonne volonté.

— Je crains, en effet, que vous ne vous borniez à rencontrer celui-ci ou celle-là, à poser des questions et à décréter que ceux que vous côtoyez sont sympathiques ou non ?

— Parfaitement.

— Et qu’avez-vous appris de cette manière ?

— Des détails. Des détails qui, en temps voulu, s’emboîteront dans les dates auxquelles ils correspondent.

— C’est tout ?

— J’ai aussi appris que personne n’a foi dans la véracité des paroles de Joyce Reynolds.

— Lorsqu’elle affirmait avoir vu commettre un crime ? Mais je l’ai personnellement entendue !

— Bien sûr, mais puisque nul ne l’a prise au sérieux, force nous est d’admettre que ce n’était pas vrai, qu’elle n’a jamais été témoin d’un tel drame.

— J’ai l’impression que vos détails au lieu de vous aider à progresser, vous obligent plutôt à rétrograder.

— Mais non, je suis sûr que tout doit se tenir. Prenez cette histoire de falsification, par exemple. Nous avons une étrangère qui aurait capté l’affection d’une vieille dame très riche pour hériter d’une fortune colossale. L’étrangère a-t-elle falsifié le testament et son codicille, ou quelqu’un s’en est-il chargé à sa place ?

— Mais qui ?

— Il y avait un autre faussaire dans le village, enfin quelqu’un qui fut une fois poursuivi en justice pour avoir falsifié des documents et qui s’en est sorti avec une peine légère parce qu’il s’agissait de son premier délit.

— Est-ce que je le connais ?

— Non. Il est mort.

— Oh ! Depuis longtemps ?

— Il y a à peu près deux ans. Voyez-vous, j’ai l’intuition que certains événements apparemment séparés sont liés les uns aux autres.

— C’est une suggestion qui vaut d’être retenue. Je ne comprends cependant pas…

— Moi non plus, pour le moment, mais je suis convaincu que les dates m’éclaireront. Où se trouvaient, dans le même temps, les personnes m’intéressant, ce qu’elles faisaient, ce qui leur est arrivé. Tout le monde pense que l’étrangère a rédigé le codicille et là-dessus tout le monde a sans doute raison. Elle devait être la bénéficiaire, n’est-il pas vrai ? Mais, attendez, attendez…

— Attendez, quoi ?

— Retournez-vous bientôt à Londres, madame ou avez-vous décidé de demeurer encore ici ?

— Je rentrerai après-demain. Le travail m’attend et je ne puis m’absenter davantage.

— Dites-moi, dans votre appartement, avez-vous de la place pour loger des invités ?

— En principe, je réponds toujours non. Je déteste devoir changer mes habitudes pour de vagues connaissances. Pour des amis intimes, c’est différent. Ceux dont la compagnie m’est agréable sont toujours les bienvenus chez moi.

— Vous pourriez recevoir deux invités, le cas échéant ?

— Je le pourrais. De qui s’agit-il ?

— Connaissez-vous bien votre amie, Mrs. Butler ?

— Non, pas très bien. Nous avons sympathisé au cours d’une croisière et pris l’habitude de visiter ensemble les lieux que nous devions explorer. Je trouvais que Judith possédait une je-ne-sais-quoi d’attachant, d’original. Vous souhaitez donc que j’invite Judith et Miranda chez moi ?

— Pas encore. Pas avant que je n’obtienne l’assurance qu’une de mes petites idées est bien fondée.

— Vous et vos petites idées ! Maintenant, écoutez-moi. J’ai une nouvelle pour vous.

— Madame, vous m’en voyez ravi.

— N’en soyez pas trop sûr. Cela va probablement bouleverser vos petites idées. Que diriez-vous si je vous apprenais que la falsification dont vous venez de m’entretenir si longuement n’est, tout compte fait, pas une falsification ?

— Comment cela ?

— Mrs. Llewellyn-Smythe a bien rédigé un codicille laissant toute sa fortune à sa fille « au pair », et elle l’a signé devant deux témoins qui apposèrent ensuite leur propre signature au bas du document.

 

La Fête du potiron
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