James JOYCE - Ulysse
1922
Sa généalogie remonte aux anciens clans irlandais de la côte ouest, installés du côté de Galway. Son père, chef d’entreprise puis collecteur d’impôts, mit la famille à l’abri des déconvenues pécuniaires.
Aîné d’une fratrie de dix, James Joyce, né le 2 février 1882, entre chez les Jésuites à l’âge de six ans et se tourne tout de suite vers l’écriture. Il n’a que neuf ans et déjà il est publié à compte d’auteur. En 1898, il intègre les classes préparatoires puis l’université, option lettres et langues. Il finira par en maîtriser neuf.
Passionné par le théâtre, il écrit quelques pièces, multiplie les activités littéraires, rédige des articles de presse, fréquente les créateurs et publie, en 1900, un essai sur le dramaturge norvégien Henrik Ibsen, auteur de Peer Gynt et d’Une maison de poupée.
En 1903, James Joyce séjourne à Paris afin d’y étudier la médecine mais passe son temps dans les bibliothèques du Quartier latin. La source financière familiale tarie, il retourne à Dublin et vivote, tour à tour critique littéraire, enseignant et chanteur. Grand buveur, bagarreur, James « le flambeur »trouve dans ses rencontres les plus insolites, dans sa vie dissolue et ses amitiés décousues, matière à alimenter les personnages de ses récits.
Sa vie est un roman. Il tombe amoureux d’une femme de chambre, Nora, et quitte l’Irlande direction Zurich, puis Pola, dans l’actuelle Croatie, et Trieste. Jusqu’en 1905, il enseigne l’anglais à l’école Berlitz. Père d’un petit Giorgio, il déménage à Rome en 1906 pour officier dans une banque. Mais son instabilité chronique le ramène à Trieste. En 1907 naît Lucia. Les allers-retours entre Dublin et le Vieux Continent se multiplient.
1910. James Joyce projette d’ouvrir une salle de cinéma à Dublin. Deux ans plus tard, en conflit avec son éditeur, il quitte définitivement l’Irlande. En son absence, la salle de cinéma périclite. James Joyce a besoin de gagner sa vie. À Trieste, il donne des conférences, publie des articles, enseigne de nouveau chez Berlitz. La guerre éclate. Il rejoint la Suisse.
Sa renommée littéraire grandissante lui attire de nombreuses sympathies. Plusieurs auteurs de renom l’aident financièrement, W. B. Yeats, Erza Pound, H. G. Wells et le peintre anglais Franck Budgen. L’éditrice Harriet Shaw Weaver, son mécène, lui permet d’écrire sans se soucier de son compte en banque. Publiées aux États-Unis en 1917, ses œuvres touchent désormais un large public.
En 1920, invité à passer une semaine à Paris, il n’en repartira qu’au bout de vingt ans. C’est à cette époque qu’Ulysse est publié, qu’il se lie d’amitié avec Valéry Larbaud et Samuel Beckett, rencontre Marcel Proust. Pendant dix-sept années, il travaille sur Finnegan’s Wake, publié en 1939, avant de quitter la France occupée par les Allemands.
James Joyce, considéré comme l’un des auteurs les plus novateurs du XXe siècle, s’éteindra le 13 janvier 1941, à Zurich.
James Joyce est avant tout un poète. Un recueil intitulé Musique de chambre (1907) en atteste. Il regroupe ensuite des nouvelles sous le titre Gens de Dublin (1914). Suivent Portrait de l’artiste en jeune homme (1916) et une pièce de théâtre, Les exilés (1918).
Ulysse lui demande sept ans de travail. James Joyce termine cette œuvre monumentale à la date anniversaire de ses quarante ans. Elle est tout d’abord présentée en feuilleton dans une revue américaine entre 1918 et 1920, avant d’être intégralement publiée en anglais par Sylvia Beach, propriétaire de la librairie « Shakespeare and Company », rue de l’Odéon, dans le Quartier latin. Librairie dont la particularité était de proposer jusqu’en 1941 des livres interdits ou controversés.
Impossible de résumer en quelques paragraphes un ouvrage aussi épais qui suscite des dizaines de milliers d’analyses et autant de thèses, ouvre l’éventail de toutes les critiques possibles, du rejet à la passion exclusive ; une œuvre polyphonique qui s’inspire de L’Odyssée d’Homère pour décaper les procédés de l’écriture et, sous forme de collages, combiner modes d’emploi et notices encyclopédiques, articles de journaux et slogans publicitaires, pastiches et disputes scolastiques, formes musicales et néologismes, absence de ponctuations et dialogues de théâtre.
Les déambulations de Léopold Bloom, armé de sa faconde, et de Stephan Dedalus, portrait de l’auteur, dans un Dublin réinventé durant le 16 juin 1904 – le jour où il tomba amoureux de Nora, sa compagne – est prétexte à de joyeuses correspondances : formes, couleurs, organes, arts, symboles, les dix-huit épisodes revisités par la verve de cet érudit s’enchaînent de façon désarticulée.
Ulysse n’est pas un roman mais une traversée au cours de laquelle les mots ressuscitent, portés par un flux continu. Peu de descriptions, des phrases qui tournoient, une scansion libre : James Joyce s’émancipe des carcans pour créer une langue : la sienne. Le sexe n’échappe pas au mélange des genres et l’on comprend pourquoi, aux États-Unis du début du siècle dernier, une ligue de vertu déposa plainte pour « obscénité ».
Parce qu’il permet plusieurs niveaux de lecture, Ulysse fait naître des plaisirs différents, plus ou moins accessibles, selon que l’on aborde la surface des phrases ou l’imbrication des contenus métaphysiques. Et l’humour affleure à chaque page, parfois jusqu’à l’éclat de rire.