AVANT-PROPOS
« N’oubliez pas, on vit juste pour quelques rencontres », confiait François Cheng à un journaliste, en mars 2002.
Le dictionnaire constitue justement un lieu de rencontre privilégié, celui des mots, des idées et des êtres, et si Rimbaud croyait à « l’alchimie du verbe », on veut également croire à « l’alchimie du dictionnaire ».
Ainsi, lorsque Benoît Jeantet et Richard Escot m’ont fait part de leur passion, la lecture des romans, en l’occurrence celle qui participe de la transmutation de nos personnalités, lorsque j’ai, dans le même temps, pris conscience de leur talent exceptionnel à transmettre ce vif « désir de lire », par seconde nature j’ai immédiatement « pensé » dictionnaire.
Pour qu’un dictionnaire prenne feu, c’est-à-dire rayonne et nous réchauffe, il faut bénéficier de vraies rencontres, d’abord celle de deux auteurs et d’un éditeur, entre lesquels s’installent une estime et une complicité dans les passions respectives, littérature et transmission des enthousiasmes via l’édition, mais aussi rencontre fervente avec le genre même choisi, le genre « dictionnaire », qui devient alors révélateur et tonique.
En quoi le dictionnaire peut-il, pour les œuvres de l’esprit, représenter un « révélateur » ? C’est qu’il repose sur une triple contrainte : tout d’abord la nécessité de classer formellement l’information, pour rendre fructueuse et libre la consultation du lecteur ami ; ensuite l’exigence d’une structuration sémantique du propos, pour mieux l’offrir, ce qui n’empêche pas l’expression de la saine subjectivité ; enfin, la recherche et l’instauration de liens entre les « articles » et, ce faisant, la découverte des analogies auxquelles on n’avait pas tout d’abord songé.
D’où la double richesse de ce Dictionnaire du désir de lire : d’une part les articles consacrés à chaque roman, le fond, la chair ; d’autre part les index, constituant le système veineux, le tissu maillé des rencontres entre les œuvres et les écrivains présentés. En somme, la lecture profonde, nourricière, et la lecture transversale, irradiante.
On va ainsi au-delà du double constat souvent établi, propre au dictionnaire. C’est-à-dire d’un côté, la tendance naturelle de l’homme à établir des classements dans un « univers qui ne paraît guère s’y prêter de bonne grâce », selon la formule d’Alexandre Arnoux en 1961. Et qui dès lors qu’on pousse ledit univers dans ses retranchements offre souvent tout son sel. De l’autre, ce constat de Louis Réau qui, en 1909, dans un ouvrage consacré aux archives et aux bibliothèques, rappelle qu’« un bon classement et des catalogues bien rédigés facilitent l’intelligence des œuvres d’art ».
Avouons cependant l’essentiel : ce dictionnaire représente une de nos plus belles rencontres, rencontre scellée par la littérature, la vive estime transmuée en amitié entre les auteurs, l’éditeur et le préfacier, et l’infini respect du lecteur.
Jean Pruvost